La Marge, F. Baider «La Marginalité d'un emprunt ou un emprunt marginal: le cas de l'allemend en français moderne»
De plus des limites chronologiques vont encore plus restreindre l'importance de cet emprunt. En effet, quand la langue française aurait-elle fait ces emprunts? Selon P.Guiraud, le français aurait fortement emprunté à l'allemand au XVème alors que selon H. Walter ce serait au XIXème. Cette divergence d'opinion pourrait s'expliquer par ce qui est considéré comme langue allemande par ces deux auteurs et cette définition fait l'objet de cette section.
Il semble que Guiraud (1965) englobe les apports germaniques et que Walter (1991) se limite à l'allemand. Comme la langue germanique englobe de nombreuses autres langues5 et que les emprunts à celle-ci remontent au XIIème siècle, Guiraud inclut donc des mots de l'ancien haut allemand (a.h.a.), du bas-allemand (b.a), du moyen haut allemand (m.h.a.), du moyen bas allemand (m.b.a.) et du haut-allemand (h.a.) comme emprunt allemand. Ainsi nous trouvons dans sa liste brèche (a.h.a.), sarrau (m.h.a.) et bretelle (h.a.), mots qui font partie du vocabulaire courant. Pourtant, traditionnellement, le terme de langue allemande ne devrait s'appliquer que plus tard, c'est-à-dire à partir du XVème.
En effet, les conclusions contradictoires de différents dictionnaires étymologiques pour la période avant le XVème invitent à la prudence chronologique. Les lexicologues hésitent souvent entre le m.b.a., le m.h.a. et le néerlandais quant à l'étymologie des termes datant d'avant le XVème: par exemple yod ou édredon sont d'origine allemande pour Guiraud alors que pour le T.L.F. ils sont respectivement hébraïque et scandinave. Notre propos sera donc les éléments allemands dans le français dit moderne c'est-à-dire après le XVème siècle, moins sujets à discussion. Après cette limitation chronologique, nous posons la question de ce qu'il faudrait considérer comme emprunt. Est-ce que ce serait tout mot venant de la langue source (en l'occurrence l'allemand) employé dans la langue cible (le français)?
Nous avons évoqué la différence entre xénisme et emprunt dans notre deuxième section. Si nous considérons maintenant les mots d'origine allemande employés dans la langue francaise, comment se sont-ils assimilés dans la langue française?
Il est très rare que l'emprunt affecte le noyau dur de la langue (Hagège, 1985, 48), noyau qui se compose de la prononciation et de la grammaire:6 l'emprunt par excellence est donc lexical. Pour qu'une langue assimile un mot étranger il faudrait les conditions suivantes:
Ce qui nous intéresse plus particulièrement pour
l'emprunt allemand, c'est le deuxième point. En effet les
habitudes articulatoires de la langue allemande sont bien différentes
du français: même si l'orthographe francisée
essaie de neutraliser les éléments ressentis comme
étrangers, ces difficultés de prononciation expliqueraient-elles
la pauvreté de cet emprunt?
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