La Marge, M. Irvine, «Ourika et les traditions des littératures anti-esclavagistes»

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Ourika et l'anti-esclavagisme des écrivaines

Dans Oroonoko d'Aphra Behn, L'esclavage des Noirs d'Olympe de Gouges, Mirza de Germaine de Staël, et Ourika, des femmes africaines sont présentées sous une lumière favorable. En se montrant solidaires des Africaines ces auteures agissent comme les femmes qui ont travaillé dans la sphère politique pour l'abolition de l'esclavage. Clare Midgley remarque à ce sujet:

[w]hat women did was to make [concern for women and the family under slavery] the raison d'être of their organisations and in so doing to bring these aspects of slavery to the forefront of public attention. (Midgley, 95)

Midgley explique que «[s]uch activism on behalf of other women was seen as consistent with woman's role in society and her character» (95). L'étude de Midgley concerne surtout les Anglaises mais Edith Lucas affirme que les Françaises avaient adopté les mêmes méthodes pour se faire entendre. Elle cite l'exemple de Mme Cashin, l'auteure du roman Amour et liberté. Abolition de l'esclavage (1847) à la fin duquel l'auteure:

insère une pétition des dames de Paris aux deux Chambres en faveur de l'abolition. [...] Elle plaide surtout la cause des femmes esclaves en exposant tous les malheurs qu'entraîne l'esclavage de la femme. (Lucas, 26)

Comme les Africaines décrites dans les oeuvres de ses prédécesseurs, le personnage principal de la nouvelle de Mme de Duras est une femme sensible et intelligente. Doris Y. Kadish note que:

[b]y focusing on Ourika's voice and her intellectual accomplishments, Duras used the novel to make much the same argument in the realm of fiction about the intelligence of black individuals that Grégoire made in essay form and that Phillis Wheatley and other eighteenth- and nineteenth-century black writers made through poetry and personal testimony. (1995, 677)

Toutefois, Duras dépasse ses prédécesseurs par le réalisme psychologique de sa nouvelle. Au lieu de peindre des Africains dans leur pays ou en Amérique, ce qui résulte souvent en un exotisme pittoresque et exagéré, l'action d'Ourika se situe en France. Là l'auteure peut explorer l'exclusion et l'isolement social d'une femme noire qui, par son éducation, a adopté et intériorisé les attitudes des aristocrates français envers les Africains. Chantal Bertrand-Jennings remarque que l'aliénation décrite dans Ourika est une «attitude reconnue comme caractéristique aussi de la condition féminine» (43). L'altérité qu'Ourika ressent vis-à-vis de son propre corps, lorsqu'elle tente de cacher la couleur de sa peau sous ses vêtements et qu'elle n'ose plus se regarder dans les glaces peut rappeler la conduite de «certaines toutes jeunes filles cherchant à fuir coûte que coûte la réalité de leur féminité nouvellement révélée» (Bertrand-Jennings, 43). Mme de Duras fait donc appel à son expérience en tant que femme afin de réaliser la description psychologique de son personnage. Selon Bertrand-Jennings dans cette description Mme de Duras lie l'altérité ressentie par son sexe à celle qui est éprouvée par les Noirs.

Oroonoko, L'esclavage des noirs, et Mirza lient aussi la notion de race à d'autres formes d'exclusion. Dans tous les cas une de ces autres formes d'exclusion est celle qui est ressentie par les femmes. Dans Ourika les liens entre race et sexe ne sont pas explicités mais il existe des raisons convaincantes de les lier dans notre interprétation de la nouvelle. Premièrement, Ourika découvre sa couleur et donc son destin vers l'âge de la puberté quand les femmes elles aussi se rendent compte de leur corps et du destin qu'il leur impose. Le destin d'Ourika est lié au destin des femmes. À l'époque de la nouvelle, une femme pouvait uniquement se marier et avoir des enfants. À cause de sa couleur Ourika est frustrée dans son désir d'avoir une famille car «[q]ui voudra jamais épouser une négresse?» (Duras, 36).


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La Marge : Article 5, 2/9

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