Is one half of the human species, like the poor African slaves, to be subject to prejudices that brutalize them [...]?
Mary Wollstonecraft n'est pas la première à lier
la situation faite aux femmes à celle faite aux Noirs.
En 1688 Aphra Behn avait écrit Oroonoko dans lequel une
Africaine subit des tourments que toutes les lectrices de l'époque
auraient reconnus pour les avoir vus ou vécus elles-mêmes.
Dans les dernières années du dix-huitième
siècle une tradition de littérature anti-esclavagiste
des Françaises se développe et reprend certaines
idées de Behn. Olympe de Gouges écrit une pièce
de théâtre intitulée L'esclavage des Noirs
en 1786 et la nouvelle Mirza de Germaine de Staël paraît
en 1795. L'insurrection des esclaves de Saint-Domingue et la perception
qu'ils avaient commis des cruautés atroces pendant cette
rébellion dissimule les discours anti-esclavagistes sous
l'Empire mais vers 1820 plusieurs femmes tentent de nouveau de
contribuer à la cause de l'abolition en écrivant
des poèmes, romans, nouvelles et pièces de théâtre2.
Parmi ces oeuvres la nouvelle Ourika, écrite en 1821-1822
et publiée en 1824 par Claire de Duras, se distingue par
son attitude anti-raciste assez avancée pour son époque,
surtout lorsqu'on la compare aux oeuvres des écrivains
canoniques de la même période. Je me propose de montrer
certains des traits qu'Ourika partage avec la tradition de littérature
anti-esclavagiste écrite par des femmes. Je tenterai ensuite
de montrer comment Ourika diffère des autres textes, soi-disant
anti-esclavagistes, publiés pendant la Restauration.
