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Ourika et les traditions des littératures anti-esclavagistes1

Margot Irvine, Université de Toronto

Is one half of the human species, like the poor African slaves, to be subject to prejudices that brutalize them [...]?

Mary Wollstonecraft, A Vindication of the Rights of Women, 1792. p. 330.

Mary Wollstonecraft n'est pas la première à lier la situation faite aux femmes à celle faite aux Noirs. En 1688 Aphra Behn avait écrit Oroonoko dans lequel une Africaine subit des tourments que toutes les lectrices de l'époque auraient reconnus pour les avoir vus ou vécus elles-mêmes. Dans les dernières années du dix-huitième siècle une tradition de littérature anti-esclavagiste des Françaises se développe et reprend certaines idées de Behn. Olympe de Gouges écrit une pièce de théâtre intitulée L'esclavage des Noirs en 1786 et la nouvelle Mirza de Germaine de Staël paraît en 1795. L'insurrection des esclaves de Saint-Domingue et la perception qu'ils avaient commis des cruautés atroces pendant cette rébellion dissimule les discours anti-esclavagistes sous l'Empire mais vers 1820 plusieurs femmes tentent de nouveau de contribuer à la cause de l'abolition en écrivant des poèmes, romans, nouvelles et pièces de théâtre2. Parmi ces oeuvres la nouvelle Ourika, écrite en 1821-1822 et publiée en 1824 par Claire de Duras, se distingue par son attitude anti-raciste assez avancée pour son époque, surtout lorsqu'on la compare aux oeuvres des écrivains canoniques de la même période. Je me propose de montrer certains des traits qu'Ourika partage avec la tradition de littérature anti-esclavagiste écrite par des femmes. Je tenterai ensuite de montrer comment Ourika diffère des autres textes, soi-disant anti-esclavagistes, publiés pendant la Restauration.


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La Marge : Article 5, 1/9

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