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Recherche de et sur l'imaginaire: l'esthétique théâtrale de Jean Pierre Ronfard

Carrie Loffree, Université Laval

1. Introduction

Jean-Pierre Ronfard, fondateur en 1975 du Théâtre Expérimental de Montréal - devenu en 1980 le Nouveau Théâtre Expérimental - met en scène, au sein de cette compagnie, des spectacles résolument marginaux. Le théâtre expérimental étant par définition hors-norme, puisqu'il conteste ouvertement les fondements mêmes des productions conventionnelles, toute uvre qui se réclame de ce théâtre se situe nécessairement en marge de la communauté théâtrale.

Si les mises en scène réalisées par Ronfard au Théâtre Expérimental sont marginales, pourquoi donc s'y intéresser ? Deux raisons, au moins, motivent cet intérêt. D'abord, la marginalité des spectacles de Ronfard est un attrait de tout premier ordre ; en effet, les innovations de ce créateur subversif contribuent à assurer le renouvellement et la survie de l'art théâtral au Québec. Deuxièmement, l'esthétique de Ronfard est particulièrement intéressante et mérite qu'on s'y attarde.

2. Recherche de et sur l'imaginaire

Comment décrire l'esthétique « ronfardienne » ? Ce metteur en scène est connu des inconditionnels du théâtre innovateur à Montréal, en raison de ses spectacles hétérogènes dominés par une expérimentation extrême. D'emblée, ce qui frappe dans l'uvre de Ronfard c'est sa diversité. Cependant, une constante semble sous-tendre l'esthétique variée de cet artiste de la scène : l'imaginaire. Comme le laisse entendre le titre de la présente communication, Ronfard fait effectivement des recherches sur l'imagination (sa nature, ses limites, etc.), tout en étant en quête d'une expression de l'imaginaire, d'une expression donc éclatée, créatrice, libre. L'hétérogénéité manifeste de l'esthétique « ronfardienne » est-elle motivée par la recherche d'une forme d'expression gouvernée par l'imaginaire ? L'expérimentation menée par ce créateur scénique, par laquelle il sonde les possibles de l'art théâtral, est-elle un moyen de repousser les limites de l'imaginaire ? Ce sont là des hypothèses que j'essayerai de défendre dans cette communication.

3. L'hétérogénéité

Parlons d'abord de l'hétérogénéité. Non seulement est-on surpris de la différence remarquable entre les divers spectacles mis en scène par Ronfard, mais (et voilà ce qui est plus intéressant) on est également frappé par la diversité qui alimente chaque spectacle de l'intérieur.

Il n'est peut-être pas surprenant que l'hétérogénéité de l'uvre de Ronfard résiste à la description précise et logique. J'ai essayé tout de même d'évoquer les aspects qui semblaient contribuer le plus à cette hétérogénéité, soit la bâtardise, le mélange des genres et des styles différents, l'intertextualité et l'éclatement spatio-temporel. À la suite d'une brève description de chacun de ces aspects, je proposerai une interprétation possible de la signification du phénomène d'hétérogénéité chez Jean-Pierre Ronfard1.

3.1 Bâtardise

Le mot « bâtardise » décrit bien les mises en scène de Ronfard, car ce dernier présente invariablement des productions théâtrales hybrides, qui tiennent à au moins deux sources d'inspiration différentes. On pense tout de suite à Corps à corps : spectacle qui juxtapose un texte conventionnel (composé de dialogues et de monologues dans la langue orale courante), avec une thématique familière et moderne (les relations amoureuses difficiles) et une gestuelle inattendue (celle des arts martiaux), qui est étroitement liée à la très ancienne tradition orientale et qui est donc étrangère aux occidentaux.


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La Marge : Article 8, 1/8

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