La Marge,
M. Logue, «Langues en marge : l'exemple occitan»
Les Français ont une manière assez particulière de voir leur langue. Pour eux la langue française est presque quelque chose de tangible, et ils n'aiment pas qu'on en change la moindre détail. Même une proposition d'abolir l'accent circonflexe sur certains mots a suscité une vive polémique en France. Le français est à défendre contre l'infuence nuisible des langues étrangères, en particulier l'anglais. La fierté de son identité, de sa langue et de sa culture n'est pas mauvaise en elle-même, mais un nationalisme excessif peut amener les gens à mépriser d'autres peuples, même des peuples appartenant au pays en question. Comme la plupart des pays européens, la France contient des langues minoritaires. Ces langues sont les suivantes: le breton, le flamand, l'alsacien-lorrain1, le corse2, l'occitan, le catalan et le basque.
Faisons un aperçu rapide de la politique linguistique de
la France. La monarchie ne voulait pas imposer la langue française
à tous ses sujets. Après l'Édit deVillers-Cotterêts
de 1539, tous les actes officiels devaient être redigés
en langue maternelle française, mais cet édit visait
surtout le latin et non les autres langues maternelles du pays.
Après la Révolution, l'attitude des dirigeants a
radicalement changé. La nation était une et indivisible.
Tous les citoyens français avaient le devoir de comprendre
le français, la langue nationale, la langue de la liberté,
l'égalité et la fraternité. Or, la majorité
des Français ne savait pas parler français. Des
dialectes ou des langues locales étaient en usage dans
la plupart du pays. L'abbé Grégoire croyait qu'il
était nécessaire de les anéantir. Il a entrepris
une enquête linguistique pour découvrir l'étendue
de la connaissance du français. Il a découvert que
six millions de Français n'avaient pas une connaissance
suffisante de la langue nationale. Bertrand Barère de Vieuzac,
lui-même originaire du Midi, a déclaré la
guerre contre les langues régionales. Ses propos sont maintenant
bien connus (Sanguin, 14) On voit que ce désir de détruire
les langues en France était une manifestation d'une certaine
xénophobie. Les révolutionnaires avaient peur que
les états voisins allaient envahir la France pour détruire
la Révolution. Donc, il fallait détruire l'autre
dans son propre pays. La variété des langues représentait
la tyrannie pour les révolutionnaires, une façon
de diviser le peuple et de prolonger son ignorance. Devenues symboles
d'un passé féodal, ces langues seraient condamnées
à une lente mort.
page