Sans la moindre prétention d'être exhaustif, je propose
de parler des langues en marge, avec une attention particulière
à la France et à l'Occitanie. Car, malgré
deux siècles d'un état fortement centralisateur
et plus d'un siècle de scolarisation laïque et obligatoire,
destinée à répandre la culture française
à tous les citoyens du pays, il persiste, chez certains
Français, le sentiment d'être différents.
Je vais commencer par donner quelques définitions de langues
minoritaires. Ensuite, je parlerai de la France, de ses tendances
centralisantes et de ses attitudes envers la langue française
: l'histoire de l'Occitanie et de la langue occitane formeront
la prochaine partie de ma présentation. En guise de conclusion
je vous offrirai des opinions sur l'avenir de cette langue. Quel
est cette Occitanie, dont le nom évoque un passé
glorieux, mais dont les limites géographiques restent floues?
Quelle est cette langue occitane que certains croient être
la langue de l'Occitanie, mais dont l'existence est niée
par d'autres?
Avant de commencer, je vais donner quelques définitions préliminaires. Qu'est-ce qu'on veut dire par langue minoritaire? Sans la moindre intention d'être facétieux, je peux dire qu'une langue minoritaire est une langue dont personne n'a entendu parler. Cette définition trop simpliste contient un élément de vérité: les gens ont l'habitude d'égaliser langue et nation; on parle français en France, anglais en Angleterre etc. Malgré l'existence de pays plurilingues bien connus comme la Suisse et le Canada, on a du mal à croire qu'un grand nombre de pays emploient plusieurs langues qui n'ont pas nécessairement de statut officiel. En général, ces langues restent inconnues au grand public. Cela dit, on peut définir une langue minoritaire ainsi : une langue minoritaire est une langue parlée dans un état donné par une minorité des citoyens de cet état. Il existe d'autres termes pour désigner ces langues. On peut parler de patois. Ce terme peut avoir des connotations assez péjoratives. D'ailleurs, le catalan, qui est minoritaire par rapport à l'état espagnol, ne l'est pas en Catalogne. Le terme national fait penser à des langues trop liées à leur territoire, des langues non-internationales. Ce dernier terme, bien que préféré par Pierre Bec, est un terme relatif. Une langue ethnique peut devenir une langue nationale, ce qui est le cas du français. On peut choisir de les appeler "langues sans états", car ces langues appartiennent aux nazioni proibite (nations interdites) , comme dit le titre du livre de Sergio Salvi : ces langues n'ont pas l'appui d'un état-nation. En fin de compte, le choix d'un terme ou d'un autre dépendra de quel aspect on veut souligner. Un occitaniste dirait que sa langue est le moyen d'expression d'un groupe ethnique pour souligner le fait que cette langue n'est ni un patois, ni une langue morte. L'emploi du terme en parlant d'une langue peut ainsi servir à faire valoir sa position par rapport à une langue majoritaire.
Il est à noter que ce n'est pas facile d'être neutre en parlant de ces langues en marge. L'important est de choisir un terme et de dire pourquoi on l'a choisi. Je choisis le terme de langue sans état pour désigner ces langues parce qu'il sert à souligner le fait que les langues minoritaires entrent dans un rapport de force inégale avec les langues majoritiares.
Maintenant, il conviendra de clarifier trois termes, nation, stato-nation et ethnie. Selon Guy Héraud, les gens ont tendance à confondre état et nation. (Héraud, L'Europe des ethnies 9) Il propose les définitions suivantes: la stato-nation est (11) une collectivité humaine forme une ethnie si elle partage une histoire, une culture, un sol, une religion et une langue en commun. Pourtant, il n'est pas nécessaire que tous ces critères soient présents. Pour sa part, Héraud donne beaucoup d'importance au critère de la langue. La langue, plus que toute autre activité humaine, unit les gens. L'ethnie française est partagée entre plusieurs stato-nations, la Suisse, la Belgique et bien sur la France; tandis que la France contient plusieurs nations sans état.
Revenons au problème des définitions de langues.
Il faut distinguer entre deux types de langues minoritaires. Certaines
langues, bien que minoritaires dans le lieu où on les parle,
sont majoritaires dans un autre état, par exemple, le français
dans la vallé d'Aoste. D'autres langues n'ont pas l'appui
d'un état, comme le catalan, le breton ou le basque. Cependant,
toutes ces langues ne sont pas égales. Par exemple, la
langue catalane, bien que dite minoritaire en Espagne, est parlée
par six millions de personnes. L'irlandais a l'appui d'un état,
la République Irlandaise, mais il n'est parlé activement
que par environ deux pour-cent de la population. Il y a même
une langue minoritaire, le cornique, qui est officiellement morte,
c'est-à-dire qu'elle n'est plus une langue communautaire,
mais ses partisans ardents essaient de la faire revivre.
