La Marge, M. Misanchuk, «Boyfriend, tycoon, roadie: le patchwork linguistique des anglicismes en français»

9

Définition d'un anglicisme: emprunt direct, faux-amis et calques

Nous débuterons par un survol des réactions aux anglicismes depuis 50 ans. D'abord, il faut définir ce qu'est un anglicisme. En général, un anglicisme est tout mot ou phrase qui se voit marqué par l'anglais; cette influence peut opérer à tous les niveaux syntaxiques. Les anglicismes les plus évidents sont les emprunts. Dans cette catégorie, nous trouvons des emprunts directs tels rosbif, sport, budget, film, bébé. Ce sont des anglicismes d'antan, c'est-à-dire qu'ils viennent des mots anglais, mais qu'ils sont depuis longtemps assimilés dans la langue française et sont donc des mots français. Ces lexèmes étaient en marge il y a des siècles, mais ils ont été intégrés au français; ils ont une forme et une phonologie françaises. Certains emprunts du début du siècle ont aussi été assimilés et acceptés, mais on peut deviner qu'ils viennent de l'anglais, par exemple, football, squash, lambswool, yacht. C'est au moment de la Seconde Guerre mondiale que le nombre d'emprunts a commencé à croître: twin-set, eyeliner, fan, interview, challenge. Dans les années 80, nous avons vu entrer yuppie, rappeur, smurfer, des mots qui sont dans les dictionnaires actuels, en tant qu'anglicismes. Certains mots que nous avons trouvés au cours du dépouillement ne figurent pas encore dans le dictionnaire, mais certains y paraîtront peut-être un jour: brush-on, glossy, cheap, tycoon, roadie.

Cependant, l'emprunt lexical direct n'est qu'un genre parmi tous les anglicismes mais c'est sous cette forme que les anglicismes sont les plus visibles, les plus faciles à repérer et à corriger. C'est aussi sous cette forme qu'ils se font attaquer le plus souvent, c'est donc les emprunts que nous étudions. Mais il existe des types d'anglicismes beaucoup plus importants, non pas par leur nombre mais par l'impact qu'ils ont sur la langue.

Prenons, par exemple, les faux amis, c'est-à-dire les mots qui se ressemblent par la forme en français et en anglais. La plupart du temps, ces mots anglais sont d'anciens emprunts au français, qui ont subi de légers changements de forme, de prononciation, et de sens. Mais le sens reste assez proche pour que le lecteur ou l'écrivain non-avisé puisse les confondre, par ignorance, ou par hasard. Depuis quelques décennies déjà, nous voyons l'emploi de « réaliser » dans le contexte non seulement de « faire vivre ses rêves, » mais aussi dans le sens anglais de « se rendre compte. » La forme «. I realized that » est devenu en français « J'ai réalisé que, » une forme autrefois défendue. Mais, puisque les gens ont continué à l'employer, cette locution est devenue linguistiquement acceptable.

Les calques sont une autre sorte d'anglicismes: Pergnier (1988, 89) les définit comme « une interférence qui…ne met pas en jeu le signifiant des signes, et porte uniquement sur les structures sous-jacentes du signifié. Ce sont donc les interférences les moins "visibles" et les plus insidieuses ». Les calques sont souvent le résultat d'une traduction mot à mot. En français, on traduirait la phrase « He walked to the station » par « Il est allé à la gare à pied. » Une mauvaise traduction qui crée un calque donnerait « Il marche à la gare. » Le plus souvent, ces phrases existent déjà en français, mais les traducteurs ou les journalistes y voient des faux amis qui les aident à construire des calques tels que « communication longue distance » au lieu de « communication interurbaine » ou « meilleur avant » au lieu de « à consommer avant. » Ces trois catégories sont les anglicismes les plus connus.


précédentepagesuivante

Table des matières

La Marge : Article 2, 2/22

08/97

Pour écrire à la rédaction