Bien avant les premières critiques célèbres
de René Etiemble, les anglicismes ont provoqué une
énorme réaction à tous les niveaux de la
société francophone. Les manifestes contre les anglicismes,
les lois et les politiques dans certains organismes ne sont que
les réactions les plus récentes aux xénèmes
dans la langue française. Ainsi, au XVIe siècle,
le français a emprunté beaucoup de mots à
l'italien, vocabulaire qui risquait, selon certains, de rendre
le français efféminé. Vers 1930, le nombre
de mots que les Français empruntent à la langue
anglaise a dépassé pour la première fois
le nombre de gallicismes en anglais (Trescases, 1982 , 51). Depuis
50 ans, le déplacement facile et rapide de touristes et
la multiplication des affaires internationales, ainsi que l'omniprésence
des médias suscitent des échanges de langue et de
culture où le français emprunte beaucoup de mots
ayant trait à la technologie et à la culture américaines.
Comme pour toute évolution langagière, on trouve
face à face des partisans de l'acceptation des anglicismes
et ceux qui veulent lutter à tout prix contre l'invasion.
Puisque la langue est étroitement liée à
la conception de la nation et de l'individu, la perception de
nouveaux mots américains qui s'intègrent à
la langue est une attaque directe contre la culture française.
Bien que le sujet soit passionnant, il vaut mieux le traiter de
façon moins passionnée. Cet essai présentera
en résumé, les thèmes généraux
de ma thèse de maîtrise pour laquelle j'étudie
la présence des anglicismes dans deux revues françaises,
L'Express et le Nouvel Observateur, en examinant
des numéros des cinq dernières années. À
partir de ces données, dont j'expliquerai la méthodologie
de compilation plus tard, j'espère pouvoir préciser
quelques tendances générales des anglicismes dans
la presse écrite contemporaine. Cette communication partira
des théories d'emprunt et de recherche sur les anglicismes
pour expliquer des anglicismes trouvés récemment
dans sept publications françaises. Pour les besoins de
la présente, j'ai ajouté à L'Express au
Nouvel Observateur cinq autres titres de magazines que j'ai
dépouillés: Elle, Marie Claire, Spirou, Salut,
et Infosjunior. Je toucherai aussi à l'évolution
de la pensée, souvent réactionnaire, parfois compréhensive,
face aux emprunts, en soutenant l'idée que la langue n'est
pas fabriquée et maniée par un organisme quelconque,
ni offerte au peuple comme un privilège précieux,
mais qu'elle est créée et définie par ses
usagers.
