Silvio FERRAZ: « Sémiotique et musique : une approximation supplémentaire »

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II.

Dès lors que l'on adopte les termes d'objet-sonore et d'objet-musical, on est à même de s'apercevoir qu'on est en train de parler d'objets concrets. Or, l'objet concret lui-même n'est rien moins qu'une quantité d'air dérangée en un mouvement vibratoire périodique ou apériodique, mouvement vibratoire qui se met en résonance dans un autre corps, et excite une pure sensation. Même à ce niveau où l'on peut concevoir l'implication d'un être humain __ une oreille __ l'objet-sonore n'existe pas encore. Il ne devient possible de délimiter un objet perçu comme unitaire qu'à partir de l'action d'un Signe, c'est-à-dire d'une médiation entre Objet et Sujet. Cet objet unitaire et intermédiaire se situe au seuil entre le champ du phénomène physique même et celui du phénomène sémiotique, au seuil entre la sensation de vibration et la perception de l'objet-sonore, au sens que lui donne Schaeffer.

Dans la logique de la sensation, les rapports entre vibration-de-l'air et vibration-d'un-corps sont des relations efficientes, mais ils n'en sont pas dans une tentative de qualifier l'idée de son. Pour définir l'idée de son, l'action d'un signe est nécessaire, ce qui nous rapporte à C.S. Peirce quand il observe que la fonction essentielle d'un signe est de rendre efficientes des relations autrement non-efficientes. Cette dernière particularité du signe rend possible l'action simultanée de plusieurs signes qui viendront fatalement remplacer l'objet physique par sa représentation (cf. A. Machado, cité dans Santaella, 1980 : 89). C'est donc à cette étape sémiotiquement nodale que l'on peut remplacer la vibration de l'air par un nouvel objet dynamique, par un souvenir ou par l'imagination d'une qualité de vibration, c'est-à-dire remplacer la sensation par la simulation.

Quels sont donc les éléments mis en jeu dans la perception de cet objet que l'on appelle « sonore » ?

C'est justement cette simulation d'un objet par des chaînes de signes qui nous permet d'entendre ou de comprendre un son. Entre la sensation et l'objet-sonore, ou même musical, le jugement de perception nous conduit à entendre et à comprendre. On passe donc du niveau simple d'ouïr et d'écouter à un palier cognitivement supérieur qui gouverne les activités d'entendre et de comprendre. En effet, ainsi que l'exprime si bien Schaeffer, « L'objet sonore est à la rencontre d'une action acoustique et d'une intention d'écoute » (1966 : 271).







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1999.05.31