Silvio FERRAZ: « Sémiotique et musique : une approximation supplémentaire »

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Un problème surgit à ce point de l'analyse : nous avons tous été habitués à craindre la priméité de la perception pour ce qui est du geste musical, comme l'a souligné la Nouvelle Simplicité1, mais il s'agit déjà là d'une fausse priméité. L'impression immédiate du geste musical est liée à une certaine tradition de la musique mélodique (tonale ou modale), où la figure est étroitement confondue avec la texture. Dans les musiques à base mélodique, le geste mélodique est reconnu après une attribution de signification aux figures mélodiques, lesquelles sont, parfois, des éléments de texture monodique __ le mi-lieu, l'intersection entre texture, figure et geste.


Une expérience musicale de la priméité

Si l'on porte notre attention sur des musiques non mélodiques, et texturellement complexes, la présence de la qualité, des monades, vient au premier plan et provoque chez l'auditeur un certain état de fragilisation. Il est totalement désarmé, les « pores ouverts », quand il écoute, par exemple, des musiques à textures complexes telles que « épode », dans Chronochromie ou le commencement de « Yamanaka Cadenza » d'Olivier Messiaen, les Chemins de Berio, ou même les premières mesures de Funérailles ou de La Chute d'Icare de Ferneyhough. La complexité de ces pièces fait en sorte qu'aucune préparation ne rend les auditeurs aptes à entièrement capter leur texture. Il est impossible de mettre des figures en relation, ou de synthétiser les données texturelles en les recréant dans l'imagination : la texture est irreproductible par la mémoire et, perdu au milieu de textures inabordables, l'écoutant se retrouve dans une sorte de suspens temporel. L'écoute n'est plus rapportée à l'habitude du geste et de la figure, mais elle se tourne vers les changement de vitesse, de densité, vers les détails transitoires du son. On peut alors parler d'une l'écoute de l'oubli.

Mais comment penser aux textures dans les monodies lorsqu'elles suivent de tels arrangements, par exemple ? Le son est déjà une texture complexe et inabordable dans sa totalité : il est présenté seulement dans la dimension qualitative, comme nous le dit Peirce. Ainsi, comme nous le montre l'exemple classique qu'emprunte la Gestalttheorie, si l'on entend une monodie, celle-ci peut être comprise comme une note prolongée en pleine modulation, c'est-à-dire qu'elle peut être reprise et reproduite d'après son profil. Partant, si elle est reproduite, elle l'est par un signe médiateur qui la représente __ les notes musicales, mais qui ne la présente plus. Les trois exemples suivants illustrent précisément cet état de fait :



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1. Sur la proposition d'une musique immédiate basée sur des gestes déjà signifiés, voir la conférence de Wolfgang Rhim (1984), "Trois essais sur le thème de...", contra Ferneyhough, Brian (1984), "Forme, Figure, Style. Une évaluation intermédiaire". [RETOUR]







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1999.05.31