Silvio FERRAZ: « Sémiotique et musique : une approximation supplémentaire »

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a) Quelqu'un se livre à l'imitation d'un chant d'oiseau, mais le chant imité n'est pas le chant lui-même. Il s'agit d'une interprétation, d'une lecture du chant originel limitée par la capacité de perception et par la capacité de reproduction humaine.

b) Quelqu'un réalise l'enregistrement d'un chant d'oiseau. Encore, le chant originel n'est pas présenté : on entend l'enregistrement du chant, sans l'objet qui l'a produit, et aussi l'accompagnement des bruits de fond.

c) Quelqu'un enregistre un chant d'oiseau à l'aide d'un système digital à raison de 44 100 Hz. Le chant originel est totalement détruit : il est représenté par un système numérique digital et discontinu.

La mélodie apparaît comme une figure se détachant du bruit de fond, se détachant aussi de sa qualité sonore et de son entourage (Schaeffer, 1966 : 274). On est donc au seuil entre la texture et la figure, seuil qui existe mais qui se perd facilement. Pour permettre la reproduction de la texture, le passage par la figure est une étape obligatoire. Sur cette question, Schaeffer propose les notion de grain et d'allure : il saisit ainsi la « figurativité » de la texture.


Secondéité de l'expérience musicale

Si la conception de la qualité est le terrain même de la sensation, la conscience de la polarité est l'espace de l'expérience. Il y a donc l'idée d'un objet « à vivre » qui apporte une sensation de séparation entre sujet et objet, une conscience du double qui nous permet d'associer les éléments et d'extérioriser le son. C'est le champ même de la Figure. Cette figure est autant une phrase rythmique, ou un profil mélodique, qu'une donnée qui dépend exactement d'un signe traducteur venu de l'extérieur. Au niveau figurel, un objet est toujours associé à un autre objet, qu'ils soient co-présents dans le même espace acoustique, ou contigus dans un espace mémorisé.

Cet état de fait enjoint donc à mentionner l'existence d'une « pré- mémoire », parce que si l'on peut représenter, associer immédiatement une figure, on n'est pas encore au point de la signifier. Les figures peuvent être comparées, mais ne sont pas encore interprétables comme de purs signes, comme symboles. Elles n'occupent pas tout à fait la place des objets : elles existent en parallèle à ces derniers, et peuvent être mises en rapport avec ce qui concerne leur degré de similarité logique.







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1999.05.31