Silvio FERRAZ: « Sémiotique et musique : une approximation supplémentaire »

360





Tercéité de l'expérience musicale

Terminons en abordant la dimension de la tercéité où les relations ne sont plus immédiates, mais toujours médiatisées par des gestes symboliques, par la mémoire, par les concepts (Deleuze, 1968 : 97-98). Au niveau du Geste, la mémoire permet l'élaboration et la codification des objets-sonores en objets-musicaux. Contrairement à la texture et à la figure, le geste remplace le son et peut être remplacé par un autre geste. Du point de vue des gestes, objets- sonores et objets-musicaux ne se touchent plus. Il y a toujours une chaîne de signes complexe qui établit la médiation entre l'un et l'autre. Le geste traduit donc la conscience synthétique où la texture et la figure sont présentes : les gestes dégénérés __ c'est-à-dire les gestes par analogie avec les mouvements corporels, ou même avec diverses figurations naturelles et, deuxièment, les relations de causalité entre instrument et son __ et les gestes purs (les gestes symboliques, les conventions de l'opéra ou les madrigaux de la Renaissance, par exemple). Dans le premier cas, on rencontre le geste rapporté qui met en rapport un son et un mouvement analogues. Dans le second, il s'agit d'un geste indiciel, où une compulsion externe fait penser à plusieurs degrés de relation : l'objet-sonore ne correspond pas exactement à la plasticité du geste. Geste et objet- sonore sont en relation de causalité et non de similarité. Dans le troisième et dernier cas, objet- sonore et objet-musical sont liés par un symbole, où ni la causalité directe, ni la similarité ne sont nécessaires : c'est le lieu du geste arbitraire.

Ferneyhough observe que le geste se rapporte à une « catégorie particulière du domaine sémantique, de signifié établi par convention », mais il ajoute aussi que c'est une équivoque que d'« associer la sémanticité comme évocation d'un état d'émotion (þl'émotion artistiqueþ) » (Ferneyhough, 1990 : 23). On est alors forcé d'inclure dans cet ensemble les objets-musicaux définis historiquement. Cette complexité permet de définir et d'identifier la troisième catégorie du sonore et du musical : le geste.

Néanmoins, il convient de remarquer que le passage de la figure au geste est plus problématique que celui de la texture à la figure __ ce qui est un facteur important dans la perception de la présence du signe, qu'il soit iconique, indiciel, ou symbolique. L'idée de geste chapeaute n'importe quel type de traduction arbitraire des mouvements, et le niveau opératoire auquel se place une traduction de ce genre déborde la présence même du son. Il est concevable de rencontrer un geste musical même sans présence de son. Au niveau du geste l'écoute elle-même est déjà impure : elle est imprégnée par la scène et par le verbe. Toutes les mélodies tonales, même sans paroles, peuvent virtuellement dénoter des contenus verbaux et, de la même façon, tous les rythmes se ramènent aux mouvements du corps. On a donc un geste lié aux idées et aux concepts (au niveau du symbole), un geste lié au mouvement (au niveau indiciel), et un geste lié à sa cause.







Page - 1     Page + 1


AS/SA Nº 6/7, Article 2 : Page 7 / 9

© 1999, AS/SA

E-mail to the editors
Pour écrire à la rédaction

1999.05.31