Abstracts of the Articles / Résumés des articles   






Tamara Nazarova: "Linguistic and Literary Semiotics"

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    This paper is a re-examination of the application of linguistic semantic methodology both to language and literature. Evoking the "agony of semiotics" and a "crisis of theory" articulated by Blonsky (On Signs, 1991), the author attempts to rationalize the ontological approach by which semiotics is to be applied. This begins with a look at the "categorial characteristics" of signs, a questioning of what can qualify as a sign in linguo-semiotic theory. The author goes on to discuss the way signs, which must be strictly defined, are "signals" which, among other things, constitute indices of a cultural and esthetic nature. Finally, Nazarova moves on to literary semiotics as "linguopoetics," the world of "verbal art in the unity of written and oral forms" being its primary object of study.

    Cet article constitue une reconsidération de la méthodologie de sémantique linguistique appliquée à la fois à la langue et à la littérature. Evoquant le « dépérissement de la sémiotique » ainsi qu'un « paysage théorique en crise » que Blonsky (On Signs, 1991) a avancé, l'auteure tente de parvenir à une approche ontologique rationalisée en vertu de laquelle la science sémiotique devrait être appliquée. Ceci en passe par un examen des « caractéristiques catégorielles » des signes, et une interrogation sur ce qui est susceptible de mériter la qualification de signe au sein de la théorie sémiotique de la langue. L'auteure pousse la discussion sur le terrain de la nature du signe, défini au sens étroit, comme signal qui, entre autres choses, constitue un indice d'ordre esthétique et culturel. Enfin, Nazarova en arrive à la sémiotique littéraire en tant que « linguopoétique », l'univers de « l'art verbal unifié par les formes scripturales et orales » étant le premier de ses objets d'étude. [Article en anglais].



Paul Perron & Marcel Danesi: « Sémiotique et Sciences cognitives »

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     La sémiotique se trouve confrontée aux sciences cognitives, mais face aux insuffisances de ces dernières, ses découvertes dans le champ narratologique fournissent des procédures et notions susceptibles de renouveler l'étude de la cognition, vu qu'elle repose sur des formes narratives et que les percepts sont discursivisés selon des modèles narratifs. Si l'on reconfigure les travaux de Greimas en un parcours cognitif tripartite de l'expérience à la cognition, d'une structure profonde à une surface qui la convertit, de la figurativisation à la discursivisation, on s'aperçoit que c'est la simulacration narrative intermédiaire qui joue un rôle essentiel dans la cognition. Le cognitivisme d'obédience computationaliste se cantonne à la surface du traitement des données et délaisse tout un pan d'activités symboliques tels les récits. Le modèle du cerveau-machine, fort ancien, est à ce titre une métaphore trompeuse, car il conduit à des modèles de cognition strictement représentationnels. Certes, la branche expérientialiste, malgré ses zones d'ombre et sa nouveauté apparente, tente d'étudier comment le concept est tributaire d'un encodage de l'expérience. Mais c'est plutôt dans les récits que peut s'explorer le trajet de la pensée. La sémiotique greimassienne, dans ses hypothèses globales, est utilisable par les sciences cognitives car la narratologie définit en fait les virtualités de l'esprit, car le récit convertit l'expérience, et que la structuration mnémonique est similaire à l'entreposage et au scriptage des récits. Elle permet notamment de traiter les domaines du vécu qui ont échappé jusqu'à lors aux computationalistes purs et durs.

    Semiotics, when confronted with the cognitive sciences and their fundamental incompleteness, offers methodological procedures which seem likely to contribute significantly to a renewed examination of the problems of cognition, in that the latter can be seen as being grounded in narrative structures, as its percepts are discursivized according to narrative models. If Greimas's work is reconfigured onto a tripartite cognitive trajectory, from experience to cognition, from this deep structure to a surface structure which figurativizes it, and from this figurativization to a discursivization, it becomes clear that the intermediate process plays an essential role in cognition. The "computer" model of cognition, in contrast, represents nothing more than an account of the surface-level processing of data, which fails to encompass an entire gamut of symbolic transactions such as those understood in tales. The model of the brain automaton, which dates back centuries, is in this sense a false metaphor, as it leads to strictly representational models of cognition. Without doubt, the experientialist cognitivist branch, despite its gray areas and its relative youth, is attempting to study how concepts are related to an encoding of experience. But it is still the narrative which offers more apt means of studying thought-processes. Greimassian semiotics, with its general tenets, can therefore be useful to the cognitive sciences — narratology in fact defines the virtualities of the mind, since narratives convert experience into paradigmatic cogitation, and since mnemonic structuring is analogous to the archiving and scripting of stories. In particular, the greimassian approach allows the consideration of anthropomorphic experiential realities which hard-and-fast computationalists have hitherto been resigned to neglect. [Article in French].



Itamar Even-Zohar: "The Role of Literature in the Making of the Nations of Europe: A Socio-Semiotic Study"

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    Even-Zohar, whose "Polysystem Studies" (see his
bibliography) are steadily gaining acceptance as a multi-faceted semiotic methodology, examines the socio- anthropological institutions, created by and through literature, that he says have shaped the Western concept of the "nation." These institutions, such as the literary canon, the scribe, and the "national language," which originate in the ancient Mesopotamian culture, are responsible for the creation of "socio- cultural cohesion" among groups which would not otherwise have defined a collective identity together, and for instilling "readiness" or "proneness" as a social method of enforcing order and prescribed behavior patterns. One such example, "amply repeated throughout history," is a readiness to go to war for the national cause, despite "being prone to die." Even-Zohar traces these and other similar literary semiotic constructions through various civilizations including Ancient Greece, where, as a socio-semiotic "set of operations," they ultimately develop into a "European model" for nation-building. His study makes its way to modern times, examining the creation of nation-states in Germany and Italy, and suggests that in the nineteenth and twentieth centuries, this European model has been imported by other cultures whose national ambitions require such constructions. His study concludes with an original look at Esperanto, the artificial language, and the socio-semiotic causes of its success.

    Even-Zohar, dont les études du polysystème (confer sa bibliographie) sont de plus en plus généralement reconnues en tant que méthodologie sémiotique intégrant plusieurs niveaux d'observation, se livre à un examen des structures sociales et anthropologiques créées par le truchement de et de conserve avec la littérature, qu'il montre avoir façonné le concept occidental de « nation ». Lesdites institutions, tels que le canon littéraire, les scribes et la « langue nationale », dont l'origine est à trouver en la culture de l'ancienne Mésopotamie, sont responsables de la création d'une « cohésion socio-culturelle » parmi les groupes sans laquelle ces derniers n'auraient jamais pu définir une identité collective commune, et sont aussi responsables de l'apprentissage de « ce vers quoi il faut tendre », de « ce qu'il faut accepter  » comme moyen socialisé de faire respecter l'ordre et divers patrons comportementaux normatifs. Un exemple de la sorte, « maintes fois réitéré à travers l'histoire », est une inclination à prendre les armes pour une cause nationale, malgré « une mort tendanciellement probable ». Even-Zohar retrace, outre celles-ci, des constructions sémiotiques littéraires de la sorte à travers diverses civilisations, dont la Grèce antique, où, en leur qualité d'« ensemble opérationnel » elles finissent par se développer en un modèle européen de construction nationale. Son étude parvient au seuil de la période moderne pour examiner la naissance de nations-états en Allemagne et en Italie, et suggère qu'aux dix-neuvième et vingtième siècles ce modèle européen a été importé par d'autres cultures dont les ambitions nationales nécessitent de telles structurations. Son étude se termine par un regard original sur le cas de l'espéranto, langue artificielle, et sur les causes socio-sémiotiques de son succès. [Article en anglais].








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AS/SA Vol.1, nº 1 (1996):

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21.03.1996