Notre but ici n'est pas de discuter les détails
de la théorie et de la méthodologie greimassiennes,
mais tout simplement d'explorer la possibilité
que de grandes parties de la cognition sont de nature
narrative. Une lecture des travaux de Greimas nous
permet de construire un modèle de la cognition
ayant trois niveaux fondamentaux : (1) une structure
profonde où les modèles figuratifs de
l'expérience sont forgés en sèmes
nucléaires (l'hypothèse de la figurativité)
; à ce niveau les événements perçus
se groupent en actants ; (2) le niveau suivant du parcours
génératif transforme les sèmes
nucléaires en unités narratives et les
situe dans une grammaire narrative qui répond
à des stimuli contextuels (l'hypothèse
de la contextualité) ; les rôles actantiels
sont formés ici à des moments spécifiques
du parcours et le mode en vigueur de la cognition est
narratif ; (3) une structure de surface où les
rôles actantiels sont convertis en unités
et structures discursives et où les unités
de surface sont narrées ou actualisées.
On remarquera que ce modèle qui a été
construit à partir des écrits de Greimas
n'existe pas en tant que tel chez lui, mais tente de
saisir la dynamique de la relation entre expérience
et cognition.
Le passage des structures profondes aux structures de
surface par l'entremise du mode narratif de la cognition
est le processus qui produit un grand nombre de nos
concepts partagés, de nos lieux communs. Au
niveau de la structure de surface les éléments
contextuels ne se produisent pas entre le corps et
l'esprit mais entre unités au sein de l'esprit,
de sorte que le mode narratif génère
le niveau des artefacts de la cognition. On peut maintenant
définir un concept comme une unité de
pensée non liée au contexte qui résulte
d'un lien narratif entre les unités des structures
profondes. Ce processus de connectivité génère
la pensée abstraite ou conceptuelle. Il transforme
le monde factuel en un monde d'artefacts.