
Ecoute toucher son : pour une sémiotique
du temps
Andrea Valle
On a récemment remarqué que la
thématisation de la temporalité est
pratiquement absente du panorama
sémiotique (Fabbri, 1998 :
39) : il n'est peut-être pas hasardeux
de définir le temps comme le refoulé
par excellence de la sémiotique (Caprettini,
1997 : 5.2, 276ss). La difficulté d'un
examen sémiotique de l'argument est
symptomatiquement démontrée par la
démarche d'une reprise explicite du
schématisme kantien : ce dernier est
ramené à la possibilité d'une
structure transcendantale, cependant vidée
de cette même dimension temporelle
originairement constitutive (Petitot,1985 :
319).
Il existe certainement des prospectives
analytiques raffinées sur la
temporalité de la narration, mais ici le
temps est une modalité qui appartient, dans
une certaine mesure seulement, à la
dimension du contenu, soit parce qu'il constitue un
élément de l'aspect discursif et
passionnel dont les textes sont investis
(cf. Greimas, 1976 ; Fabbri,
1998 : 45) ou parce qu'il est
considéré comme une structure
constituée par une pluralité d'ordres
dont les relations sont reconstruites, durant les
promenades inférentielles du lector,
à partir de la dialectique entre plan
historique et plan du récit, entre fabula
et intrigue (cf. Genette, 1972 et Eco,
1979 et 1994).
Nous devons observer qu'une telle conception du
temps, déjà inscrite dans le texte
comme forme du contenu, comme donnée
existant grâce à la médiation
de la culture, ne saisit pas un moment (plus)
primitif du temps, qui agit directement dans la
perception : autrement dit et avec plus de
circonspection, quand la perception se fait
sémiotique, à la limite du seuil
inférieur de la sémiotique, dont elle
constitue la possibilité (cf. Eco,
1975, 0.7 ; 1990, 4 ; 1997, 2.8.2.).
Peirce, ce n'est pas par hasard, a attribué
un caractère de tercéité au
temps comme au signe1 :
la différence que constitue le signe en tant
que résultat d'un pré-clivage est ce
qui en garantit la répétition dans le
temps2.
Plutôt, le concept de
répétition présuppose celui de
temps comme condition de la possibilité de
son existence : dans la perspective
derridienne, comme
« différance »3.
Alors temps et signe se définissent
réciproquement comme résultat d'un
tracer (cf. Ferraris, 1997 : V,
« Iconologie », 469ss). En
étudiant la couche liminaire de la
sémiotique, nous nous sommes de nouveau
rapproché du schématisme, sans
éluder toutefois ce caractère de
procédure qu'il avait, en tant que forme du
temps, dans Kant (Eco, 1997 : 65-66). Le
schéma est alors plutôt une
règle sous laquelle est subsumé le
divers (de l'expérience) sensible, et dans
ce sens, en tant que loi, il assume un
caractère de primordiale
tercéité peircienne, celui qui
règle le rapport de la représentation
entre type et token.
[ASSA No. 10, p. 543]
Dès que nous considérons l'objet
dynamique comme terme a quo (Eco, 1997: 88),
nous avons un enchevêtrement entre
sémiotique et phénoménologie
qui d'autre part est déjà
thématisé par Peirce et qui
résulte d'être basé, en termes
husserliens, précisément sur le
devenir complexe de protensions et
rétentions qui constituent
l'objet 4.
Mais si la thématisation manquée du
temps (considérée dans une telle
acception largement phénoménologique)
permet, peut être, de faire une
sémiotique de la narration, et
peut-être aussi de l'image planaire, par
contre tout projet de sémiotique de
l'écoute et du toucher s'avère
miné dès ses fondements.
Le mouvement exploratoire de la perception
qui certainement agit, dans la vision aussi, comme
les études de Yarbus le montrent et comme
l'avait déjà remarqué
Florenskij (1993) est radicalement central dans
l'écoute et le toucher : ici la
récognition (Eco, 1975 : 3.6.2.) est un
travail sémiotique originant qui se
déploie dans une indissociable
« épaisseur de temps »
(Merleau-Ponty, 1945 : 259), sa
précarité et son caractère
provisoire ne permettent certainement pas une
sémiotique qui conçoive le signe dans
une acception substantielle. Si nous ne sommes pas
au courant d'une sémiotique
spécifique du toucher, nous connaissons
bien, par contre, le statut dramatiquement ambigu
du signe dans la sémiotique musicale, qui en
effet ne s'est jamais questionnée sur le
temps, et a délégué l'argument
aux études psychologiques et l'a ainsi
proscrit de son domaine de
recherches 5.
Mais il ne suffit pas de s'intéresser de la
même façon aux unités d'un
domaine plus vaste et aux processus de
signification (cf. Tarasti, 1994) : ces
derniers présupposent,
précisément, le dépassement,
résolu plutôt comme
thématisation manquée, de ce terrain
marécageux qui est, par contre, le
territoire permanent de négociation entre
opération sémiotique et le
continuum de l'objet dynamique (si on ne
s'arrête pas à « la
sémiologie des
partitions »6).
L'évidence qui est une dimension
spécifiquement visuelle, attribut de l'objet
en pleine lumière, semble en revanche
très fugitive dans les autres domaines du
sensoriel, dans lesquelles la position du
réel prend, plus modestement, la forme de la
(pure et simple) présence cette
espèce de feeling dont parle Peirce
(1992 : 35).
Une sémiotique du temps doit être
alors pensée à partir non de la
parole et de l'image, mais du son et de la
tactilité. Elle ne peut faire abstraction de
la caractéristique d'exploration de devenir
(de se produire) sémiotique : le signe
est parcouru et la tercéité du temps
doit être comprise comme cheminement qui
établit, à partir d'un moment
abductif, une loi de relève qui permet la
production de l'objet en tant que signe.
Paradigmatique, dans ces termes, l'état du
sonore l'est éminemment : discuter,
pour ce qui concerne la musique,
de codes et de narrativité, de
configurations neutres et de modèles
cognitifs (cf. Stefani, 1976 ; Tarasti,
1994 ; Nattiez, 1987b et Lerdhal &
Jackendoff, 1985), implique de considérer
comme évident ce qui est instable à
un degré maximum : il y a dans la
jouissance de la musique un travail fondamental de
relève qui est éminemment abductif,
qui ramène à des morphologies
provisoires un continuum phonique, qui n'est
ni certain ni nécessairement
déstructuré 7,
mais certainement définitoire (et
définitivement) marqué d'une mouvante
fugacité. Il ne s'agit pas d'une
métaphysique de l'origine, mais, au
contraire, de la centralité de la
modalité de la récognition comme
premier travail sémiotique, qui
paradigmatiquement doit assumer
l'« indéterminé comme un
phénomène positif »
(Merleau-Ponty, 1945 : 12) ce qui
semblerait un moment de pure réception est
plutôt une juridique
« reconnaissance formelle », un agir
qui est possible seulement en délimitant
activement quelque chose, en traçant ses
contours.
[ASSA No. 10, p. 544]
Une telle opération est sans doute
qualitativement et quantitativement centrale dans
la signification de la musique comme
conséquence de son enracinement dans le
sonore, et un excès d'embrigadement
débouche dans l'inadéquation
théorique. Ce n'est pas par hasard que la
majeure partie des analyses sémiotiques et
génératives (comme celles
cognitivistes sur le temps musical) se
déplacent avec désinvolture seulement
dans le domaine de la phase plus
grammaticalisée (dans une acception
lotmanienne (Lotman et Uspenskij, 1975 : 69ss)
de la musique européenne, du baroque
jusqu'au romantisme finissant (cf. Barry,
1990 et Epstein,1994). Mais à poser les
défis plus intéressants, et à
démontrer l'inadéquation de beaucoup
de modèles, c'est par contre la musique
contemporaine qui focalise sa poièsis,
intentionnellement et avec une lucidité
extrême, précisément sur le
temps et la matière sonore. Cette
dernière expression, si d'un
côté elle annonce certainement un
paradoxe attribuant une corporéité
excessive à la diaphane manifestation du
sonore, illustre de l'autre la forte
prégnance, avec finesse, du domaine tactile
dans la définition « entendre est
toucher à distance » (Murray
Schafer, 1977 : 24). Certainement si le moment
passif de l'écoute est rapportable à
la forme du toucher, le moment actif du premier est
à un degré inférieur de celui
du second, le toucher ayant comme principal
caractère, précisément, la
dimension de la préhension : mais on
est orienté, de toute façon, vers une
valorisation de la corporéité en des
termes non visifs, qui puissent ainsi souligner
précisément cet aspect d'impact (dans
sa dynamique de déroulement, il s'agit du
temps évidemment) qui à notre avis
est moins dirimant dans la sphère du
visuel.
Une sémiotique du temps devra par
conséquent développer un double cadre
de recherche. D'une part rendre compte de la
constitutivité du temps, dans la double
acception de mouvement traçant qui tresse le
travail sémiotique, et de production
même du temps dans l'activité
sémiotique, par l'activité même
de la sémiotique. Il s'agit peut être
d'un travail à vocation plus
théorique-philosophique, qui devrait
reprendre, la dégageant de la prospective de
la culturologie pour ensuite la projeter dans la
sphère de l'énonciation, les
pénétrantes observations de Lotman
sur la dynamique des systèmes des
signes 8.
Nous prenons ainsi comme modèle du travail
sémiotique de la récognition le
double mouvement de l'explosion et du
déroulement progressif (Lotman, 1992) :
non seulement ceux-ci finissent par être
entremêlés, mais ils opèrent
simultanément une constante restructuration
de la mémoire (culturelle pour Lotman, comme
fonction d'un tracé dans notre prospective).
Nous mettons en valeur ainsi l'aspect
phénoménologique de certaines
observations culturologiques du sémiologue
de Tartu.
[ASSA No. 10, p. 545]
Dans une sémiotique de
l'écoute et du toucher,
il nous parait plus fructueux de repenser trois
concepts de Lotman : le moment explosif
qui, surgissant, « jette un regard
rétrospectif » (Lotman,
1992 : 157) sur le passé, le
redéfinit et le restructure ; la
technique, dont le caractère de
prevedibilité (Lotman, 1992: 29, 79)
caractérisant le développement
graduel est le même qui opère,
à un degré minimum, dans la
tercéité achevée du
signe 9 ;
le possible, comme frontière et
réservoir du sémiotique le futur
devient alors un faisceau de possibilité sur
lequel le présent opère une coupure
(Lotman, 1992 : 78). La condition même
de pure présence, souvent opaque et
résistante, du sonore et du tactile, est
alors un filon précieux pour une
définition ponctuelle de la
caractéristique d'échange continu,
d'attraction et de répulsion entre
système et extra-système qui est
à la base du dynamisme
sémiotique : l'intraduisible
étant, dans la prospective lotmanienne,
réserve et possibilité de la
sémiotique, puisqu'il en garantit la nature
dialogique, « le jeu entre
évolution et homéostasie »
(Lotman, 1980 : 13).
D'autre part, mais simplement comme face de la
même feuille de papier de saussurienne
mémoire, une sémiotique du temps
devra étudier la production concrète
des scansions dans les textes : du rythme
comme ordre actif-passif de l'exploration et
de l'impact 10.
L'argument étymologique peut être
valable : il ramène le rythme non
seulement à la fluidité du mouvement
et à la proportion, mais aussi, et
originairement, à la présence d'une
barrière, d'un obstacle (Jaeger,1933 :
205-206). Dans une optique plus orientée
vers la praxis textuelle, le champ sonore
exploré dans les Imaginary Landscapes
(ou encore plus clairement soundscapes
(Murray Schafer,1977) de la musique du XXe
siècle se montre particulièrement
prégnant pour une étude des saillies
et des configurations. Par exemple, pensons
à la distinction boulézienne entre
temporalité « lisse » et
« striée » (Boulez,
1964 : 100). Nous avons ici une
caractérisation, qui exprime une forme du
contenu, qui si d'un côté elle ne se
fait pas étrangère au champ de la
recherche phénoménologique, de
l'autre prend comme possible domaine commun de
l'écoute et du toucher
précisément une temporalité
instituante. Le temps par métonymie peut
devenir lisse justement parce que le lisse est
plutôt « la manière dont une
surface utilise le temps dans notre exploration
tactile ou module le mouvement de notre
main » (Merleau-Ponty, 1945 : 364).
L'importance sémiotique de la
polarité boulézienne
« lisse/striée »,
étendue au champ d'une plus ample
caractérisation de l'espace et de ses
modèles le musical en fait partie
(Deleuze et Guattari, 1980 : 592ss), on l'a
souligné ailleurs (Volli, 2000 :
194).
[ASSA No. 10, p. 546]
Ce qui se trouve en jeu ici, nous l'avons dit
précédemment, c'est non surtout et
non seulement une dimension à ajouter et
oubliée de la sémiotique
(certainement la musicale) mais sa
possibilité en tant que recherche qui
devient sémiotique dans le travail abductif
de la récognition : il s'agit
simplement de tenir compte que « le temps
est une forme mais est constitué aussi d'une
infinité de formes
élémentaires à lui
subordonnées qui constituent les moments
constitutifs de l'objectivité
même » (Husserl, 1948 : 235).
La détermination de ces formes est une
opération éminemment
sémiotique parce qu'intrinsèquement
traductive : par le medium de la
temporalité on rend compte du mouvement
dialogique entre le faire et le sentir, qui ouvre
un espace commun, n'étant ni positivistement
immédiat (il en va ainsi quand on
considère comme évidente la
communication musicale), ni existentialistement
lointain (il en est ainsi quand on postule la
centralité de l'échec dans le rapport
créateur-bénéficiaire). La
traduction (la traduisibilité) est alors
médiation : à travers le
temps et la technique. Tous les deux
imposent, mieux encore, assurent un écart.
Pour reprendre la
caractérisation précédente (et
étendant à un autre domaine le
concept de traduction) entre les modalités
du lisse et du strié nous pouvons alors
observer « une nécessité
dissymétrique » :
« traduire » un terme par un
autre « n'est pas un acte
simple », il requiert plutôt
« une série d'opérations
riche et complexe » (Deleuze et Guattari,
1980 : 606-607). L'oeuvre de John Cage, pour
établir la fécondité d'une
réflexion historique, est
éclairante : la médiation du
temps implique centralement autant la
processualité de la composition que celle de
l'écoute : travail technique et
attention phénoménologique que se
présupposent l'un l'autre 11.
Ce n'est pas un effet du hasard que le temps est
ce qui assure l'intégration cagienne de son
et silence, c'est-à-dire la praxis
composante exactement. Mais c'est aussi l'espace du
déroulement du temps et de
l'événement, lesquels dans leur
indeterminacy sont, paradoxalement mais
nécessairement,
réglés par des mécanismes
minutieux. La réflexion sur le temps passe
chez Cage (comme pour Peirce 12)
à travers la tercéité
catégorielle de la médiation :
la loi qui, dans le cas du compositeur, se
manifeste dans les techniques d'organisation des
matériaux et de l'écriture. Cette
dernière, plus que jamais dans l'oeuvre
cagienne est à la fois sémiotiquement
« mémoire et projet »
(Ambrosini, 1979 : 309). La différence
entre composer et écouter est alors
située par Cage dans un rapport divers
à l'action de tracer des sentiers dans le
même bois 13 :
cela présuppose non un hiatus mais
plutôt une dépendance
réciproque entre les deux domaines.
[ASSA No. 10, p. 547]
Annotations
1. Le temps est, en termes kantiens, une
continuité synthétique qui assure la
possibilité de la régularité
et, par conséquent, appartient au domaine
catégoriel de la tercéité:
cf. Peirce (1980 : 72; 93ss ;
184-185), (1992 : 36 ; 48 ;
70 ; 74ss.), (1984 : 42 ; 50 ;
112 ; 193 ; 196). Sur la
tercéité, la représentation,
le signe, voir Caprettini G.P. (1980 : 1.2.,
130ss). [RETOUR]
2. « Un Symbole est
une loi ou une règle en vigueur pour un
futur indéfini » (Peirce
1980 : 167). La tercéité de
l'élément symbolique est la
même qui est impliquée dans l'attente
de la régularité du futur (Peirce
1994 : 251). « [L]e signe
possède une caractéristique
asthénie ontologique, affine à celle
du temps : il est (en tant que signe)
seulement s'il n'est pas (comme chose) »
(Ferraris 1997 : 547) . [RETOUR]
3. Derrida (1972) .
C'est-à-dire
« temporisation » et
« espacement » ( 1972 :
8). [RETOUR]
4. Husserl (1928, B81 :
253ss). « Il est essentiel au temps de se
faire et de n'être pas, de n'être
jamais complètement
constitué » (Merleau-Ponty
1945 : 474). [RETOUR]
5. Se référer aux
études des psychologues Francès et
Fraisse est de règle, en effet. Cf.
Stefani (1976) et (1987), passim. Nattiez
(1987a : chap. V,
« Ritmo/metro ») . Le projet de
« musicologie générale et
sémiologie » de Nattiez (1987b) ne
considère pas du tout l'argument, et renvoie
à Nattiez (1987a). [RETOUR]
6. Confer les observations de
Tagg et Delalande sur l'approche de Nattiez dans
Marconi-Stefani (1987) ; aussi: Murray Schafer
(1977 : 174ss). [RETOUR]
7. Cf. Piana (1990:
Introduction, 6-7). La réflexion sur le
temps amène Sciarrino à construire
des objets musicaux qu'on écoute
« en les contemplant »
(1990 : 49). Le compositeur, très
significativement, met en relation la
possibilité d'une écoute comme
« action créative »
infinie avec la nécessité d'une
articulation précise des matériaux:
« Seulement ce qui a une physionomie peut
au fur et à mesure assumer des aspects
différents ; sa polyvalence est
intrinsèque à sa
clarté » (52 : dans le
texte). [RETOUR]
8. Lotman et Uspenskij
(1975) ; Lotman (1992) et (1980). D'autre part
Lotman écrit (1980: 3-4) « la
conviction que, entre l'univers culturel et le
simple texte [...] il existe un rapport
d'isomorphisme » : ces deux domaines
« se présentent comme un unique
secteur de la science et utilisent les mêmes
méthodes de recherche ». nous
comprenons que, de toute façon, le rapport
entre texte et culture est
« dynamique » et
« fonctionnel »: « la
culture informe le texte, mais le texte produit un
sens qui peut modifier l'image propre à une
certaine culture » (Caprettini
1980 : 42 ; en général sur
la prospective de Lotman :
38ss). [RETOUR]
9. Ferraris (1997) observe que
le signe « mis en évidence de la
présence comme moment provisoire,
[...] résulte par contre la
condition de la présence sensible comme de
celle intelligible », c'est à dire
« à travers sa propre et simple
réitération » (261). Le
signe et la technique (interprétée
comme « la possibilité de la
réitération et de la nécessite
d'un support pour la
réitérabilité »,
180) trouvent leur fondement dans une trace
à la fois active et passive :
« dans le plis d'une
répétition » (262) .
« La répétition est un
souvenir en avant » (Deleuze, cit. en
italien dans Arcuri 1996 :
246). [RETOUR]
10. Les maîtres de
tambours africains enseignent l'élève
en exécutant sur son dos les
différentes combinaisons rythmiques
(Giuriati 1999 : 45). Le moment passif,
étant une inscription par canal tactile, est
condition du moment actif. D'autre part
l'intraduisible beat ne signifie pas
seulement « pulsation » (et
« morsure » également)
mais aussi, et le sens en est mieux centré,
« coup ».
[RETOUR]
11. L'attention est un terme
sous-estimé de la critique cagienne,
fourvoyée par une définition dans une
acception « touristique » de
l'écoute
« expérimentale »
(« one is a tourist », Cage
1961c : 13). Il ne faudrait pas oublier la
charge idéologique du texte, un des deux
dédié à l'Experimental
music, qui, en effet, a comme sous-titre
« Doctrine ». Au contraire , en
suivant plutôt Cage (1961b) on doit
établir l'équation « New
music : new listening », qui a comme
corollaire : « Just attention to the
activity of sounds » (10). L'attention,
« cette capacité rare »,
est à la base de la
phénoménologie, et est « la
faculté caractéristique de
l'artiste » (Peirce 1992 : 87).
Enquête phanéroscopique (moment
liminaire de la récognition) et
ré-élaboration mémorielle
constituent une polarité dont l'importance a
été, à juste titre,
soulignée dans le cadre d'une
sémiotique du paysage (Caprettini
1997 : 5.1.1, 266ss). Il faudrait alors tester
l'applicabilité d'une telle
sémiotique exploratrice aux
Soundscapes déjà cités.
D'autre part, précisément dans une
prospective écologique, émerge le
lien profond entre silence et attention :
comme l'observe Sciarrino (1990 : 54),
« le silence est le berceau de tous les
sons. Il nécessite de l'attention et moi je
la sollicite et la multiplie, en baissant le seuil
de la perception ». Cf. Murray
Schafer (1977 : passim) et Volli
(1991 : « Conclusione. Silenzio e
dintorni », 104ss).
[RETOUR]
12. L'étude de l'oeuvre
cagienne est certainement importante dans une
optique peircienne : qu'on examine non
seulement les thèmes du temps et de la loi,
mais aussi la centralité du moment abductif,
comme construction d'hypothèses
(compositrice) innovatrice, et de la pensée
non verbale, diagrammatique.
[RETOUR]
13. « There is
ordinarily an essential difference between making a
piece of music and hearing one. A composer knows
his work as a woodsman knows a path he has traced
and retraced, while a listener is confronted by the
same work as one is in the woods by a plant he has
never seen before » (Cage 1961 :
7).
[RETOUR]
[ASSA No. 10, p. 548]
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