index.html Quels présupposés des méthodes de traduction et d’analyse des textes bibliques ?

 

Gaëll Guibert, Equipe LaLICC

Langage, logique, informatique, cognition et communication

UMR 8139 - CNRS/Paris-Sorbonne

 

 

Résumé

Une question peut être posée eu égard à l‘analyse de textes bibliques, lorsqu’on étudie le discours résultant de l’application de certaines méthodes ou même dans le cadre de la traduction d’un texte. Peut-on déceler une pré-compréhension, une interprétation tacite du texte qui jouerait le rôle d’un présupposé par rapport à l’analyse de texte mise en œuvre ? En ce cas, comment qualifier les résultats d’une telle traduction ou d’une telle analyse ? Qu’apportent des présupposés, s’il en existe, à la mise en œuvre d’une traduction ou d’une analyse textuelle ? Faut-il chercher comment éviter cette mise en œuvre de présupposés dans l’analyse textuelle et pourquoi ? telles sont les questions que nous soulevons, sans pouvoir toutes les résoudre, dans cet article.

 


Introduction

 

Nous voudrions exposer quels peuvent être les présupposés de la traduction et des méthodes d’analyse littéraire ou sémiotique, afin d’interroger sur la possibilité d’une analyse du texte libérée de ces présupposés. De tels présupposés existent-ils ? Quels sont-ils en ce cas ? Comment influent-ils sur les résultats obtenus par l’application de la méthode ou de la traduction qui comportent de tels présupposés interprétatifs ? Si tel est le cas, que dire des résultats obtenus vis à vis du texte ? Tout d’abord, faut-il proposer une traduction sans présupposé interprétatif ? Cette traduction serait-elle seulement possible étant donné le travail du traducteur : compréhension du texte-source, reformulation dans le texte-cible.




AS/SA nº 18, p. 67



       Que dire également, de la méthode utilisée : celle-ci doit elle avoir des présupposés propres au fait qu’il s’agit de tel ou tel texte dans tel ou tel genre littéraire : texte narratif, texte technique, texte biblique ? Doit-on accepter les résultats obtenus sans critique si la méthode utilisée pour les obtenir met en œuvre des présupposés de toute sorte ? identifier de tels présupposés ne revient-il pas alors à pouvoir utiliser la méthode en connaissant à l’avance le statut relatif des résultats obtenus ? Enfin, quel genre de présupposé, une fois décelé, permettrait de mieux juger le résultat de la méthode, et quel serait le genre de présupposé capable d’être bénéfique au résultat de l’application obtenu, à la connaissance donc ? en d’autres termes, faut-il les déceler pour les éliminer ou sont-ils profitables d’un point de vue épistémologique ?

Finalement, quels sont les présupposés mis en œuvre par l’analyse exégétique ? Ces présupposés existent-ils, et quelle est leur nature ? Sont-ils toujours présents ? En quoi diffèrent-ils du “ point de vue ” qui caractérise l’approche par rapport à la méthode, tandis que l’application méthodique n’en comporterait pas ? La question du présupposé épistémologique des méthodes mises en œuvre sur les textes est importante. Il faut également étudier plus en détail les présupposés mis à l’œuvre dans l’application de la sémiotique et de l’analyse de la conversation. Nous aboutissons ainsi à soulever des questions épistémologiques et à réfléchir au type de connaissance ainsi construit. Puis, nous essayons de définir des critères de scientificité, pour le discours de l’exégèse, en continuant à nous interroger sur son type spécifique s’il existe. Nous nous interrogeons alors sur l’objet et les méthodes qui pourraient s’y appliquer, où ces derniers se trouvent définis et quelle pourrait être l’utilité de ce type d’approche.

 

Les méthodes linguistiques, utilisées actuellement par l’exégèse, outre la sémiotique, concernent la traduction du texte, la conversation parlée à laquelle on peut le rapporter, ou encore le niveau narratif du texte. Ces méthodes travaillent au niveau du texte littéraire, en synchronie (au sens du mot dans l’exégèse, sur le texte final) et au niveau historique, qui concerne encore la construction littéraire.

                 La traduction travaille sur la sémantique, afin de donner, dans une langue d’arrivée, les mêmes sens des mots, des phrases et de l’ensemble du texte, qu’ils comportaient dans une langue de départ. Ce niveau sémantique du texte est élargi, ensuite, dans le cas de l’étude de Meschonnic, qui étudie la rythmique du texte de départ, en plus de sa sémantique. Puis, des études comme celle de Person font droit à l’aspect pragmatique du texte, et non plus seulement à la traduction. Ainsi, ils étudient le texte dans sa dimension communicative, même si celui-ci, en temps qu’écriture, rompt au contraire avec la dimension du texte, comme échange parlé. L’analyse du texte, au niveau pragmatique, commence à intégrer la dimension de l’auteur implicite, et du lecteur impliqué, comme éléments actifs, pour établir le sens du texte. Enfin, l’étude du texte au niveau narratif, en temps que pièce de littérature, comme le propose G. Genette, est effectivement réalisée. Cette étude au niveau narratif est également étudiée par J.M. Adam : la « stratégie narrative » se présente comme une recherche de la cohérence (Adam 1985 : 7).

Ces différentes études ne sont pas sans rappeler l’essai sémiotique de Greimas. En effet, la sémantique et la narratologie étaient également des domaines internes, d’une analyse sémiotique, menée au niveau littéraire. Ces domaines ne pouvaient être couverts par l’analyse de l’énonciation, ou toute analyse spécifique des significations internes au texte, comme système de signifiants. Le problème de la traduction n’était pas davantage analysé, il relève du problème linguistique spécifique, puisqu’il concerne le texte et son sens. Le problème de l’intégration de l’aspect pragmatique était, en revanche, soulevé par l’analyse sémiotique. Cet aspect est donc, de plus en plus, intégré dans l’analyse sémiotique. Mais voyons de plus près les domaines respectifs de la traduction, de l’analyse pragmatique et de la narratologie, en  temps que procédés linguistiques et sémiotiques, à l’œuvre dans l’analyse actuelle des textes, qui sont éventuellement appliquées à des textes bibliques. 




AS/SA nº 18, p. 68



            A titre d’exemple, l’ensemble des traductions ou analyses présentées au cours des pages suivantes, porteront sur le livre de Jonas[1]. De cette façon, il sera possible de comparer les résultats entre eux, puis de comparer avec la méthode linguistique proposée dans la deuxième partie. Le lecteur se remémorera ce texte en n’importe quelle Bible, pour mieux comprendre les analyses suivantes.

 

 

3.1. Le problème de la traduction

 

                        Une traduction, si proche d’un texte qu’elle soit, pose cependant de nombreux problèmes. Celle-ci ne peut jamais trouver l’équivalent dans une langue étrangère de la totalité du signifiant langagier d’un texte. Etienne Nodet signale que le surplus de signifiant résiste à l’audition, ou à la lecture d’un texte, résiste à la traduction. C’est d’autant plus vrai, selon lui, que la langue est inconnue ou morte ; le signifié devient infime (Desclés 2000). Cette réalité de la résistance doit être prise en compte a fortiori dans le cas de l’hébreu biblique, même s’il s’agit d’une théorie générale.

En effet, une belle traduction, par exemple, est une reconstruction dans une autre langue d’idées perçues dans l’enchaînement de mots de la langue originale (Greenstein 1989: 97) Pour G. Mounin, dans les problèmes de la traduction, « si elle est belle, elle est infidèle, si elle est fidèle, elle n’est pas belle ». Plus cette traduction du texte tend à s’écrire de façon littéraire dans une langue étrangère, plus elle risque de s’éloigner par rapport au texte de départ, dans la langue en laquelle le texte a été écrit (Meschonnic 1970 : 413)[2]. En tous cas, elle exige de trouver des équivalences en passant d’une grammaire à une autre; or, celles-ci n’existent pas toujours (Nida, Taber 1969: 12)[3].

                 Toutefois, une traduction qui renonce à une certaine esthétique du langage, en essayant d’être plus littérale, ne vaut en réalité pas mieux qu’une belle traduction : il s’agit seulement d’un outil qui permet de comprendre le sens global d’un  texte; c’est le cas de celle que nous proposons ici, qui ne recherche pas à être écrite dans un français littéraire. Elle nous permettra seulement de comprendre quelle est la nécessité de concevoir d’autres voies de compréhension d’un texte en langue étrangère que celle de la traduction. Cette dernière peut cependant être conservée à titre d’outil, puisqu’elle instaure une relation entre une langue de départ et une langue d’arrivée (Meschonnic 1970 : 345).

                 Le problème du texte soumis à différentes traductions, en diverses langues humaines, est qu’il s’exprime, de cette manière, au niveau du phénotype ; or, sachant qu’il existe un langage génotype, il est possible de travailler, dans une langue donnée, à un niveau différent de l’épiphénomène de la traduction. La première analyse que nous effectuerons, sera celle d’un texte soumis à différentes traductions. Le texte que nous choisirons comme texte de référence pour nos applications est celui de la T.O.B., tout en restant conscients de la justesse de certaines remarques par exemple d’un Massignon (cité dans Meschonnic 1970 : 412)[4], qui nous invitent à formuler d’autres propositions que celle d’une traduction.




AS/SA nº 18, p. 69



Par exemple, la traduction de la T.O.B. n’accepte pas les expressions littérales telles que “ la chaleur de son nez ”, désignant la colère de Dieu et ne la mentionne qu’en note. De même, “ les buées de néant ”, expression hébraïque désignant les idoles, n’est pas traduite de façon littérale. Certaines expressions idiomatiques sont en effet intraduisibles en français. Il suffit de comparer deux traductions d’un même texte pour apercevoir qu’elles peuvent diverger, par rapport au texte d’origine. Une traduction travaille avec une « langue source » et une « langue d’arrivée » (Meschonnic 1970 : 365). Elle comportera toujours un écart par rapport à l’expression première du texte dans une langue étrangère; toute notre approche cherchera donc à cerner des invariants. En vue, d’une part, d’une compréhension du texte dans sa langue d’origine; et d’autre part, d’une modélisation plus formelle, allant vers un traitement informatique du langage. Nous verrons donc comment analyser un texte par un autre moyen que celui de la traduction (Desclés 1995 : 53-81).

                 Un enjeu réel de traduction peut apparaître lorsque la traduction réalisée affecte le sens du verset. D’une part, en ce qui concerne la réalité sémantique du verset, d’autre part en ce qui concerne le sens théologique que l’on peut en dégager. Des problèmes célèbres de traduction existent, tel que le fameux Ex 3 : 14, où le ehye hébreu fut traduit par o on en grec, et où la compréhension du verset devint ‘Dieu est l’être’. Il s’agit d’un problème grammatical qui se règle au niveau 2 (génotype). Un autre exemple propose un problème lexical : le texte d’Isaïe 7 : 14 déjà cité, mentionnant la “ almah ” hmly ((« Jeune fille ») dans l’A.T. en langue hébraïque, traduit « parthenos » parqenov ((« Vierge » puis « Jeune fille ») dans la Septante en grec. Ce terme a été lu, compris et traduit dans la T.O.B. par « vierge » dans le N.T. (Mt 1 : 23 citant Is 7 : 14 en grec, mentionne la parthenos du grec de l’A.T.), comme si le mot hébreu était bethoula hlwtb (« Vierge ») et non almah (« Jeune fille »). Pourtant Isaïe avait le choix, puisqu’en 23 : 12, il mentionne bethoula hlwtb (« Vierge ») pour la fille de Sidon. Dans le N.T., en Lc 1 : 27,  parthenos, parqenov ((« Vierge ») est choisi pour dire « une vierge fiancée à un homme, son nom Joseph », puis « le nom de la vierge était Marie », choix du terme confirmé par le verset 1 : 34 où Marie dit : « Comment cela peut-il être, puisque aucun homme ne m’a pénétrée ? ». Or la traduction du N.T. Hébreu des juifs messianiques est “ almah bethoula ” hmly (hlwtb (« Jeune fille vierge »), puis “ almah shema ” hmX hmly « son nom était Marie », traduit « Jeune fille » dans la T.O.B., dont la note précise que le verset 1 : 34 lève toute ambiguïté : c’est une vierge. Mais encore, toujours dans le grec de l’Evangile ou du N.T., le « achréion doulon » de Mt 25 : 30, acreion doulon “ serviteur inutile ”, qui était en réalité un « simple serviteur » (c’est-à-dire un serviteur « sans intérêt »).

Des difficultés de traduction peuvent être réelles, soit parce que le mot original est trop ancien et qu’on en a perdu l’usage au moment où est réalisée la traduction, soit qu’un sens possible est compris en fonction du contexte alors qu’un autre sens devait en réalité être attribué au mot qu’on a traduit. Ou encore, le mot que l’on doit traduire n’a pas d’équivalent dans la langue de traduction, soit que l’objet n’y existe pas concrètement, soit que son concept ne fasse pas partie des concepts de la langue de traduction. En ce sens, le passage d’une langue à l’autre pose problème pour toutes sortes de raisons.

                 Les problèmes posés par la traduction existent dans le domaine de l’exégèse biblique. Par exemple, certaines structures grammaticales existent dans une langue-source, et pas dans une langue-cible (Nida 1980 : 162). Une nouvelle traduction doit par ailleurs répondre à certains critères d’acceptabilité (Nida 1996 : 233) ; comme si le principe de canonicité pouvait s’appliquer aussi aux traductions des textes bibliques. La traduction fut un outil politique au 18° siècle (Chedozeau 1992 : 127) ; mais aujourd’hui, certaines sont scientifiques ou littéraires (Gueunier 1997 : 265) ; les unes privilégient le texte-source, les autres le texte-cible (Gueunier 1997 : 261). Manifestement, la formation exégétique du traducteur est prépondérante, par rapport à sa formation de traducteur (Margot 1979 : 30). Mais C. Taber pense que ce devrait être le contraire (Margot 1979 : 35). Nida soulève le problème de l’analyse componentielle dès 1975 ; ainsi que celui de la signification, faisant appel à des bases linguistiques (Nida 1975 : 64).




AS/SA nº 18, p. 70



     La traduction évolue ensuite, en tenant mieux compte des contextes, et en traduisant des écarts (Escande 1978 : 353, 355) qui existent, entre la représentation et la réception. Enfin, le contexte de départ est considéré (Carroll 1996 : 259). Toujours est-il qu’une analyse exégétique fait partie de la traduction, en tant qu’interprétation du texte à traduire (O’Donnell 1999 : 165). Tel est aussi le sentiment de J. Barrie Evans, alors même que l’environnement cognitif généré par le texte doit être pris en compte (Evans 1997 : 129, 137). Puis, la participation du lecteur devient nécessaire au procès de communication ; l’équivalence dynamique ne suffit plus (Lategan 1993 : 171). L’équivalence transitionnelle représente alors la signification (Louw 1991 : 130), qui est le contenu à communiquer, dont les mots ne sont que les représentants. Mais, pour Greimas, cette traduction n’est jamais innocente ; elle re-crée toujours le sens (Greimas 1983 : 2, 10), même si elle n’a plus les mêmes fins qu’au 18° siècle.

      Par exemple, le manuel à l’usage du traducteur du livre de Jonas est destiné à aider à la traduction du livre de Jonas de l’hébreu en français (Price, Nida, Peter-Contesse 1997 : 125p). L’introduction qu’il comporte débute l’ouvrage, par une relation au sujet du message du livre de Jonas. Puis, la structure et le titre du livre de Jonas sont les critères qui suivent la question du message, dans l’introduction. Le message du livre concerne préférentiellement deux points du livre de Jonas, qui sont deux points de la théologie proposée par ce Le commentaire se veut être un ouvrage linguistique, destiné à aider les traducteurs dans leur travail. Sa seconde préoccupation est de savoir quelle est la structure du livre de Jonas, en tant qu’œuvre littéraire. En effet, deux parties sont visibles, la première comprenant les chapitres 1 et 2, la seconde, les chapitres 3 et 4. Dans les chapitres 1 et 3, Jonas se trouve en compagnie des marins et des ninivites, tandis qu’aux chapitres 2 et 4, il se trouve seulement en présence du Seigneur.

Enfin, “ En hébreu, le livre s’achève sur une question rhétorique, mais la réponse implicite est claire. ” (Price, Nida, Peter-Contesse 1997 : 11-12). Au terme de la détermination de la structure, une question rhétorique se fait jour, cette question est étroitement corrélée à la structure de surface du texte, qui s’achève ainsi sur une ouverture. D’autres y perçoivent la stratégie de communication de l’auteur du texte, avec le lecteur de cette histoire, qui s’y trouve ainsi progressivement impliqué. De fait, la question posée laisse le lecteur face à un choix, ce choix peut être, tout d’abord, celui de la fin de l’histoire. Ensuite, il peut être celui du lecteur qui s’est mis à la place de Jonas. Le commentaire proposé par ce manuel parcourt les différentes possibilités de traduction, à partir de l’hébreu, dans différentes langues. Ces diverses traductions sont envisagées, de façon à rester le plus fidèle possible à la langue-source. Mais, ce faisant, il prend nécessairement des options sur le sens du texte; il réalise donc, simultanément aux propositions de traduction qu’il formule, des choix interprétatifs. Ce manuel, qui se veut linguistique, donc être une étude de langue, manifeste tout à fait à la fois qu’il existe un réel problème de traduction, et que le passage d’une langue-source à d’autres langues ne va pas de soi. Ce passage nécessite une interprétation des expressions de la langue de départ, puis un choix de l’expression la plus appropriée, dans la langue d’arrivée. Mais, d’une part, l’interprétation de l’expression ou du syntagme, dans la langue de départ, relève de l’attribution d’une sémantique aux mots considérés, donc il s’agit d’une interprétation. D’autre part, le choix du syntagme, de l’expression ou de la périphrase dans la langue d’arrivée relève du seul choix du traducteur, ou de l’équipe chargée de la traduction. Pour cette raison, le choix du mot correspondant conserve toujours quelque chose d’arbitraire. Il est aussi lié au contexte, car tout texte est considéré, non pas “ en lui-même ”, mais dans un contexte, où il entre en résonance avec d’autres textes, à travers divers phénomènes, tels que la citation, le motif récurrent d’un texte à l’autre, un palimpseste ...   




AS/SA nº 18, p. 71



                 Dès le titre, le traducteur commence par effectuer des choix, dont il doit pouvoir rendre compte, mais dans lesquels, comme en tout choix, est une part d’arbitraire, relevant de la subjectivité. Car, certains mots sont effectivement traduits différemment, par d’autres traducteurs; cette traduction différente, est tout aussi argumentée, et relève tout autant, en dernière analyse, d’un choix arbitraire. Ces deux raisons principales font de la traduction, fut-elle linguistique, un projet problématique, qui renvoie les linguistes et les logiciens à la possibilité du choix. Or, le choix est ce qui, finalement, explique mieux que tous les autres arguments, les mots préférés par les traducteurs, parmi d’autres mots. Ces choix sont, certes, justifiables par le groupe auquel le texte d’arrivée est censé s’adresser, qui diffère s’il s’agit de la Bible de la Pléiade ou de la Bible en français courant.

                 Ce type de choix présuppose, d’une part, qu’il existe des bons et des mauvais choix, en matière de traduction. D’autre part, les choix de traduction présupposent que le sens du verset, ou de l’expression, en langue originale, est parfaitement éclairci, ou tout au moins, que l’on a opté pour la solution la plus simple, ou la plus claire. Donc, tout d’abord, si certains choix sont finalement meilleurs que d’autres, c’est donc qu’il existe de bonnes et de mauvaises traductions. Pour cette raison, les traductions sont sans cesse refaites, parce qu’elles sont susceptibles d’être améliorées. Les critères qui permettent d’évaluer si une traduction est bonne ou mauvaise, sont établis par les différents groupes de traduction; ceux-ci critiquent, avant de proposer une nouvelle traduction, les traductions anciennes. De bons critères de traduction sont donc présupposés, d’où il est possible de conclure qu’il existe une certaine forme de correspondance, entre les langues humaines.

                 Or, les logiciens et les linguistes contestent, de plus en plus, ce fait que les traducteurs croyaient acquis. De l’hypothèse d’un mentalais, en passant par des correspondances de catégories de pensée, d’une langue à l’autre[5]. Cette correspondance, presque automatique, d’une langue à une autre, est de plus en plus controversée. Depuis trente ans déjà, d’autres hypothèses sont discutées. Par exemple, pour la position universaliste (langage interne), le système central de la pensée (Fodor) est relié au système périphérique linguistique, par la forme logique : constituée de concepts, celle-ci (Sperber et Wilson) est le correspondant logique d’une représentation conceptuelle (Moeschler 1989 : 125). En tant que concept, une représentation mentale est générique (détermine des catégories, des classes extensionnelles d’individus, satisfaisant les informations contenues dans la représentation mentale correspondante) ou spécifique (identifie un individu) (Reboul 2000 : 13). Elle semble pourtant acquise, pour les traducteurs bibliques, qui ne font jamais référence à la possibilité d’invariants du langage. Ce premier présupposé de la traduction biblique, même si elle se veut correspondre au sens du texte de départ, est sans doute une présomption par rapport à ce qu’elle peut faire. Le second présupposé de ces traductions est dans le fait qu’une correspondance existe, malgré tout. Mais, les traducteurs ne font pas toujours état de la nature de cette correspondance, qu’ils jugent pourtant avérée. Leurs options en faveur de tel ou tel type de traduction sont souvent claires et exposées. Par contre, ils ne présentent pas toujours leur théorie de la traduction, ni le niveau auquel cette correspondance présupposée est effective.




AS/SA nº 18, p. 72



                 Un second exemple consiste en la traduction rythmique proposée par Meschonnic, qui fait appel à la rythmique du texte et en particulier, aux accents proposés au 8° siècle, pour segmenter chaque verset. En donnant plein droit d’exercice à ces accents, Meschonnic réalise une traduction originale. Etant donné que la graphie des signifiants utilisés est aussi importante, dans le cadre de la compréhension et de la lecture d’un texte, la graphie de Meschonnic voudrait tenir compte de ce fait acquis. Cette graphie respecte l’accentuation hébraïque tardive, qui permet de découper chaque verset en segments plus petits. Ce découpage est une interprétation, parce que, par ailleurs, en ce qui concerne le verset d’Isaïe, bien connu maintenant, lire “ voix qui crie dans le désert: “ préparez les chemins du Seigneur ”. ”, est différent de lire “ voix qui crie : “ dans le désert, préparez les chemins du Seigneur ”. ”. Il est donc important aussi, en ce qui concerne l’interprétation, car la ponctuation induit un sens. De même, le découpage des versets en sous-segments de la chaîne écrite hébraïque, oriente la compréhension d’un verset, dans telle direction. Cette interprétation s’exerce, jusque sur le corps du signifiant, lorsque la graphie n’est pas restituée. Cette graphie, en tant que projection subconsciente du scripteur, quel qu’il soit, est aussi importante que le texte écrit. C’est pourquoi, le choix de présenter le texte selon les retours induits par les accents, est un choix de donner au texte français, un rythme semblable à celui du texte hébreu. 

                 Ce procédé de traduction présuppose, à son tour, que la rythmique hébraïque, quoique tardive, est  tout à fait digne d’intérêt, en matière de traduction. Il faut supposer que le respect de cette rythmique est une précision, au sujet du sens réel des mots, dans leur contexte, en matière de traduction. Il présuppose, aussi, qu’il est judicieux de décaper le texte de son hellénisation, et de sa christianisation habituelle. C’est pourquoi, il prône ainsi qu’une meilleure traduction tient compte de ce décapage, pour retrouver le sens original des textes bibliques; ceux-ci n’ayant pas été formulés, au départ, à travers les cadres de la pensée hellénique et chrétienne. Mais, au contraire, suivant des schèmes de pensée propres aux langues sémitiques et parmi ces procédés, l’accentuation selon Meschonnic. Dans la traduction qu’il propose, le présupposé épistémologique est donc le suivant: il s’agit de transformer le sens du texte traduit, dans le sens de ce décapage possible. La vérité du sens du texte augmenterait, dans cette perspective, en fonction de ce décapage, qui révèle le sens original. Retrouver les formulations des textes originaux, avant qu’on les traduise et qu’on les interprète, serait donc un moyen de mieux comprendre les textes et de mieux transmettre leur sens premier. Ce présupposé épistémologique, qui permet à Meschonnic de proposer une autre forme de traduction, est le garant de la validité, de la valeur de la nouvelle traduction proposée; en d’autres termes, si l’ancienne manière de traduire avait de meilleures raisons, Meschonnic s’éloignerait au contraire de la vérité du sens réel, contenu dans les textes.

                 Il présuppose effectivement ainsi, que le schème de la pensée hellénique et chrétienne d’une part, et celui de la pensée sémitique d’autre part, ne se correspondent pas. Dans le même temps, il juge nécessaire de retrouver le schème de pensée sémite, qui s’est perdu au fur et à mesure, dans les différentes traductions, de la Septante aux traductions dans les langues courantes modernes. Les présupposés de cette nouvelle traduction proposée apparaissent donc, en conflit avec les anciens présupposés qui ont permis la traduction biblique, jusqu’à aujourd’hui. C’est-à-dire, avant que la rythmique ne soit réhabilitée, par une pensée comme celle de Meschonnic. Certains de ces présupposés épistémologiques, qui garantissent qu’elle puisse être valide, sont mis en œuvre par une pratique de la traduction, telle que celle de Meschonnic.




AS/SA nº 18, p. 73



     Ces réflexions de Meschonnic montrent la neutralité impossible de la traduction. Elle ne peut se détacher de celui qui la pratique, car ce dernier effectue simultanément une herméneutique religieuse, tout en demeurant incapable de comprendre réellement l’univers religieux et culturel dans lequel le texte a vu le jour, parce que cet univers est bien trop ancien. Dans la pensée de Meschonnic, l’Ancien Testament est traduit dans le Nouveau, c’est-à-dire qu’il y est transmis, comme un signifié par le signifiant du Nouveau Testament. Ce signifié fait partie du signe de la lettre et le signifiant qui le porte est l’Ecriture du Nouveau Testament. Mais la conséquence immédiate de cette traduction de l’Ancien dans le Nouveau, qui permet sa transmission, en est aussi une annexion: une christianisation, d’une part, alors que l’Ancien Testament n’est pas chrétien, au départ, une francisation ou occidentalisation, d’autre part, puisque l’Ancien Testament n’est pas indo-européen, mais sémitique.

De surcroît, Meschonnic conçoit ainsi que l’Ancien Testament doit être compris comme le signifié du Nouveau, qui serait le signifiant de l’Ancien. Mais l’établissement d’un rapport de ce type, entre deux corps de texte écrits, ayant chacun été précédé d’une tradition orale, suppose que l’on mette deux choses concrètes, dans le rapport d’une chose concrète avec une chose abstraite. D’une part, le signifié est alors de l’ordre d’un concept, de ce qui est transmis: peut-il être encore lui-même un transmetteur ? Cette comparaison n’est-elle pas trop radicale ? Ne risque-t-elle pas de gommer la réalité signifiante de l’Ancien Testament ? Certes, au profit de ce qu’il signifie, mais en modifiant, là encore, son statut propre, et en ne faisant pas droit à sa matérialité, donc à son histoire, et aux circonstances dans lesquelles il a vu le jour. C’est l’exemple déjà cité que les juifs reprochent encore aux chrétiens : la “ alma ” (en hébreu « jeune fille ») d’Isaïe, devenue “ parthenos ” (en grec « vierge », puis « jeune fille ») dans la Septante, pourtant traduction juive de la Bible hébraïque, et interprétée “ bethoula ” (en hébreu « la vierge ») dans le Nouveau Testament.

     “ La tradition massive porte la traduction biblique vers la langue d’arrivée, du moins en France depuis Lemaistre de Sacy, au XVII ° siècle, qui traduisait d’après la Vulgate. Le transport de la Bible vers le français est une traduction-annexion. ” (Meschonnic 1991 : 31).

              Non seulement l’empreinte, dans le texte traduit, est une empreinte religieuse, mais cette marque est aussi la trace du conditionnement culturel du traducteur. Ce conditionnement est donné à travers la langue, qui permet à celui qui pense dans une langue donnée, de penser avec des catégories de pensée exprimables, qui le précèdent, et au moyen desquelles il peut se faire comprendre, par les autres utilisateurs d’une même langue[6]. Ces catégories sont également présentes, lorsqu’il s’agit de traduire un texte. Or, dans le cas du français, par exemple, par rapport à l’hébreu, la seule certitude que l’on peut concevoir est qu’il existe effectivement des catégories, dans chacune de ces langues. Il ne s’ensuit absolument pas que ces catégories se correspondent, ni que la pensée primitive et de type oral de l’hébreu, puissent être transmises sûrement au moyen du français. En effet, il existe des catégories de pensée propres et internes à la langue de l’hébreu, mais lorsqu’un traducteur, en français, veut transmettre la pensée du texte biblique, il travaille davantage le français, afin de se faire comprendre. Par exemple, les aspects hébraïques ne sont pas réductibles aux temps du français, aucune correspondance stable ne peut être établie, à laquelle on ne trouverait pas d’exceptions : on ne peut pas associer l’inaccompli en hébreu et le futur en français sans plus de discussion, il ne s’agit donc pas d’une simple correspondance d’une catégorie dans telle langue à une autre catégorie dans telle autre langue.




AS/SA nº 18, p. 74



 

 

3.2. Problématique de la méthode d’analyse

 

                  L’analyse de la conversation telle que la pratique Person, sur le texte de Jonas, utilise elle aussi certains présupposés. Cette analyse particulière, réalisée par Person, que nous avons exposée (Desclés 2000), est une analyse linguistique, qui utilise l’approche pragmatique. Pour la pragmatique, tout langage a une dimension de communication; cette dimension doit être prise en compte, et les actes de langage doivent être considérés. Mais, ils doivent être considérés en fonction de la dimension essentielle, grâce à laquelle ils communiquent. Dans cette perspective, l’analyse de la conversation se définit, en fonction de certains paradigmes. Ainsi, certaines répliques sont attendues après telle expression et utilisées dans tel contexte. La conversation utilise certaines “ paires adjacentes ”, des expressions qui fonctionnent en binôme. Elle est, de ce fait, organisée et structurée en relation avec l’organisation de base de tout langage.

                L’objection qui demeure, pour ce type d’analyse, et que Person rappelle lui-même, est la suivante (Person 1996 : 28): tandis que les conversations orales sont généralement composées de “ paires adjacentes ”, même lorsqu’elles sont entrecoupées de plans narratifs, leur mise à l’écrit pose la question de savoir ce qui change, dans leur statut, par rapport à l’oral. Les écrits narratifs ne peuvent représenter complètement les aspects variés de la conversation orale. De plus, l’analyse des intentions, du caractère, de l’atmosphère, et du ton réel, dans le livre de Jonas, supposent qu’il existe en toute narration, susceptible d’être analysée d’un point de vue narratif, une intention, un caractère, une atmosphère et un ton réels.

                 Une telle analyse suppose donc qu’il existe au départ des modèles, qu’il est judicieux d’appliquer à tel et tel texte. Ces modèles sont notamment celui des paires, à l’œuvre en toute conversation, et qui déterminent simultanément le ton, l’intention, le caractère et l’atmosphère de l’histoire. De tels modèles travaillent, eux aussi, avec un présupposé épistémologique, puisqu’ils sont censés servir de catégories adéquates, pour analyser le texte étudié et mettre en évidence sa structure, ses contenus de sens, et toute l’organisation narrative. Cette organisation ne peut être déterminée autrement, qu’à partir des paires adjacentes, qui façonnent l’ensemble du texte; la composition de celui-ci est donc prédéterminée, connue comme composée de paires adjacentes, avant que l’analyse ne débute.    

            Ce type d’étude analyse également la situation du narrateur, dans l’organisation du matériel narratif; elle détermine ainsi l’action de ce narrateur dans les autres paramètres utilisés (Person 1996 : 82-83). La situation du narrateur et son action dans le texte rejoignent l’intenté de l’auteur, étudié par d’autres méthodes. La situation du narrateur est aussi l’empreinte humaine dans ces textes; la façon dont celui qui raconte organise l’histoire, d’une façon plutôt que d’une autre. Cette position du narrateur définit l’intervention de celui-ci dans le matériel à organiser. Le matériel peut venir de plusieurs endroits, de plusieurs strates de la rédaction. D’après Person, dans le livre de Jonas, ce narrateur est clairement omniscient, étant donné qu’il connaît toute l’histoire, il l’organise en toute liberté. Il influe, à travers la manière dont il rapporte l’histoire, sur le lieu laissé au “ lecteur implicite ”. De ce fait, il informe la situation du lecteur, et la façon dont celui-ci sera impliqué dans le texte.




AS/SA nº 18, p. 75



            Un autre présupposé de ce type d’analyse consiste en la notion d’implication du lecteur, d’interaction entre le lecteur et le texte, à travers la notion de lecteur implicite donc impliqué, “ implied reader ”. Dans le dernier couple de décades, les critiques littéraires ont peu à peu accordé plus d’importance à ce rôle du lecteur, dans la création de sens. Ce type de notion suppose que le sens du texte est effectivement différent pour chaque lecteur et varie en fonction de l’implication du lecteur, de la force de l’interaction, entre le texte et le lecteur. Les lecteurs apportent, au fur et à mesure, une nouvelle manière de voir le texte. De ce fait, les lecteurs présupposent une certaine stratégie narrative, à l’œuvre dans le texte. La stratégie du narrateur et sa situation jouent donc un rôle, par rapport à cette implication du lecteur. La situation du narrateur et l’implication du lecteur influent considérablement sur les significations à l’œuvre dans le texte (Person 1996 : 98). La théorie correspondant à ce type d’analyse est une réelle analyse de la logique de conversations, avec constamment la notion de la réplique, attendue, d’une paire adjacente; c’est-à-dire, que dès que quelqu’un dit quelque chose, une réplique implicite est attendue. En fonction de ce critère implicite, chaque proposition est supposée comporter une autre proposition, avec laquelle elle forme une paire. Si cette proposition n’est pas dans le texte, il faut cependant la supposer. Cette théorie est tirée de la logique de H. Paul Grice, dans Logique et conversation. Ensuite, ce type de lecture du récit, nécessite que le commentateur fasse, lui aussi, certaines présuppositions, en entrant dans cette stratégie de la narration. La narration de Jonas comporte ainsi de nombreuses présuppositions, sur lesquelles repose le récit (Person 1996 : 109). C’est-à-dire, en somme, qu’il faut présupposer que l’histoire est cohérente, organisée, et que chaque détail est susceptible d’entrer dans la stratégie du narrateur. Cette stratégie rend finalement raison de tous les éléments du texte, dont aucun ne peut plus être qualifié d’étrange. Tous les éléments présents dans le texte sont ainsi justifiés, à travers une logique d’analyse conversationnelle. Le texte de Jonas ne comporte plus aucune faille, aucun élément n’est étranger à cette logique conversationnelle, qui les prend tous en charge. Le présupposé majeur qui résume cette suite de faits devant être tenus pour acquis, si le lecteur veut entrer dans cette analyse de la conversation, est que ce texte est un texte cohérent, dont chaque élément fait partie d’une stratégie narrative, et dont aucun n’est laissé au hasard. Là où il y a une stratégie narrative mise à jour, apparaît nécessairement, encore, un intenté de l’auteur.

     Finalement, une fois que la stratégie du narrateur a fait entrer le lecteur dans le texte, en interaction avec lui, la narration de Jonas devient celle du lecteur. En effet, le lecteur finit par lire sa propre histoire, en lisant une histoire, dans laquelle il est impliqué complètement. Cette implication est en réalité l’intention narrative, c’est-à-dire l’intention de la situation du narrateur, de l’organisation stratégique qu’il fait du matériel dont il dispose. Le présupposé de cette stratégie est donc qu’il existe, de façon implicite, dans le texte, un narrateur, qui écrit en fonction d’une certaine stratégie et un lecteur, qui s’implique dans le texte, en fonction de l’interaction qu’il possède avec le texte en question. Le narrateur joue avec le lecteur, ainsi qu’avec ses attentes. Comme le lecteur impliqué le sait, le narrateur omet parfois le dialogue, en vue de ses propres buts. De tels buts sont à l’œuvre dans le texte, et la narration les sert avant tout. Donc, si le narrateur veut créer un récit satirique, il peut le faire en fonction de ces intentions. Mais analyser de cette façon le report du refus des marins, et celui du refus de Jonas, revient à présupposer que le narrateur a effectivement un tel jeu et une telle intention, en plus de la stratégie narrative qui vise à impliquer le lecteur. Le lecteur n’est pas seulement impliqué, le narrateur possède de surcroît une intention précise, en rapportant cette histoire de telle manière spécifique. Cela suppose encore que le lecteur, en entrant en interaction avec ce texte, est acheminé vers une intention précise, fixé par le narrateur. Une telle intention est sans doute, elle aussi implicite, puisque le livre de Jonas est supposé être un livre prophétique. Elle a trait au genre littéraire de ce livre, qui est ici, de cette façon, défini comme une satyre. Cette prise de position de l’analyse de la conversation, au sujet de l’intention du narrateur, revient à définir un genre littéraire, lié à l’intention de l’auteur, selon d’autres méthodes littéraires, dont il semble qu’on retrouve ici une des particularités. 




AS/SA nº 18, p. 76



 

     Un autre exemple de méthode d’analyse est la méthode sémiotique. Les essais de Greimas expliquent et tentent de mettre en œuvre la sémiotique. Cette méthode s’apparente à la conception de F. de Saussure, selon laquelle la langue est un système de signes, et de relations entre ces signes; elle a évolué depuis, sous l’influence de linguistes (Klinkenberg 1996 : 22)[7]. La sémiotique, bien que sa relation avec la sémantique soit sujet à controverse dans la linguistique, ne devrait pourtant pas être exactement un mode d’analyse littéraire des textes. Elle devrait plutôt se situer au niveau de la structure profonde des textes, et les envisager comme systèmes de signes, en étudiant les relations profondes qui y sont solidaires de leur existence comme unité; c’est-à-dire, enfin, comme texte. De fait, son objet principal est la communication et la signification (Klinkenberg 1996 : 81) ; la structure élémentaire de cette signification étant le carré sémiotique (Klinkenberg 1996 : 167). Or, cette sémiotique produit une analyse littéraire des textes, basée sur le principe d’opposition (comme c’est le cas dans la description du carré) :

 

l’opposition structure tout l’univers sémiotique (Klinkenberg 1996 : 168)

 

     Cette grille d’analyse induit une pré-compréhension du texte sur la base d’oppositions. La signification se fonde sur la constitution interne du signe, et non sur le rapport des signes aux choses; cette dernière relation relève de la fonction référentielle du signe. Dans cette perspective, les mots relèvent d’une structure de discours, et gardent la mémoire de leurs emplois, en contexte de discours. Dans le cas de l’étude d’une langue morte, la signification de chaque mot fait appel à tous ses autres emplois en contexte (corpus fermé). La signification dont elle traite est davantage liée à une organisation logique, qu’à des mécanismes sémantiques, ou une interprétation.

            Dans les années quatre-vingt, l’étude du langage en action s’est beaucoup développée, sous forme d’analyse pragmatique, d’étude des actes de parole, d’analyse conversationnelle, ainsi que d’études littéraires, s’intéressant à la coopération du lecteur. Les études sémiotiques s’orientent vers l’instance que le discours présuppose et la recherche porte peu à peu sur l’organisation discursive et sa compétence, ou le sujet de l’énonciation qu’appelle l’articulation du discours. L’organisation discursive est le lieu de la recherche de structures narratives, puis de structures profondes ; elle constitue l’objet de l’étude sémiotique.

     La sémiotique comprend également une étude de l’énonciation, bien que cette dernière soit peu pratiquée dans l’application aux textes bibliques, hormis le CADIR et ses précurseurs. Cette étude de l’énonciation a tout d’abord été appliquée au langage de la foi par le P. J.-P. Sonnet s.j., en 1984 (Sonnet 1984). Celui-ci propose d’adapter la théorie des actes de langage, qui vient d’Austin puis de Searle, ainsi que la linguistique de l’énonciation, au langage de la foi ; tout au moins, de se rendre compte de leurs points communs. Cette adaptation est rendue possible par la relation entre le signe et l’acte, qui est le symbole chez Peirce ; cette relation permet de penser le signe “ transi ” par l’actualisation, et par le fait même la réalité dont il parle rendue présente par sa seule présence. Comme si l’horizon du langage constituait ce dont il est le media, une réalité invisible mais existante. Le “ symbole ” rend présent ce qu’il représente, car il en est le témoin, tandis que l’actualisation par le dire transit le signe (Sonnet 1984 : 67 )[8]. L’énonciation elle-même est tout d’abord l’énonciation évangélique, puis la ré-énonciation, par l’Eglise, du récit évangélique (Sonnet 1984 : V-VI de la préface). Cette “ énonciation ”, en temps qu’étude linguistique, est adaptée au récit évangélique, qui est lui-même au départ une énonciation (Sonnet 1984 : 124 )[9].




AS/SA nº 18, p. 77



     Dans la pratique sémiotique, l’énonciation ne se réduit pas à un jeu de structures en transformation. Elle s’atteste, par l’agencement des figures de contenu. Cette énonciation sera conçue comme une instance immanente de mise en discours. Le texte est ensuite envisagé comme un système clos, en temps qu’unité globale de signification. L’analyse sémiotique est alors l’étude de la structure des significations, comme le dit très justement Louis Panier, dans un article de 1997, “ Du texte biblique à l’énonciation littéraire et à son sujet ” (Panier 1997 : 323). L’énonciation littéraire concerne la lettre, le statut d’écriture dans lequel se trouve le “ média ” (le texte) d’une relation entre le lecteur et l’écrivain (Panier 1997 : 316-317). L’antériorité de la parole est fondatrice de la spécificité du sujet humain en temps que sujet parlant. L’écrit, comme répercussion d’une parole vive et spécifique, doit être analysé comme tel, comme énonciation scripturaire ou littéraire, réitérée à la fois par la lecture et par l’écriture. Ce type d’analyse, clairement différencié des analyses au niveau littéraire du texte (niveau de l’intenté de l’auteur) se situe au-delà d’une considération de l’écrit comme « objet-message ». Un texte est ainsi davantage qu’une somme ou une juxtaposition d’énoncés, comportant différentes strates de rédaction, il forme un système, un ensemble ayant sa propre cohérence.

           

            Il convient de proposer dès maintenant la théorie de l’énonciation de Jean-Pierre Desclés ; car l’énonciation n’est pas seulement un mot, mais encore un outil original d’analyse, pouvant être utilisé pour étudier des textes. Jean-Pierre Desclés fait une distinction préalable, empruntée à Charles Bally, entre le Dictum et le Modus. Le Dictum est le corrélatif du procès qui constitue la représentation, tandis que la modalité, composée du verbe et du sujet modal, constitue le modus. Le sujet énonciateur, à la suite d’E.Benveniste, est le sujet modal qui compose le modus ; le sujet prend en charge le dictum, i.e. « ce qui est dit » (Desclés et Guentchéva 2000 : 79). Le sujet énonciateur ne va pas sans un sujet récepteur, qui est lecteur du texte. La pragmatique étant, dans la distinction de Charles Morris, une sous-division de la sémiotique, l’intérêt pour l’acte de lecture peut être une sous-partie de l’intérêt pour l’énonciation; le texte s’adresse encore, de façon actuelle, au lecteur. Cette prise en compte du sujet est appel à interprétation pour l’herméneutique.

Le sémioticien voit et met en scène des actants : le sujet et l’objet.

 

Un Sujet sémiotique existe comme sujet s’il est en relation avec un objet ; de même un objet, s’il est visé par un sujet (en relation avec un sujet) (Coquet 1989 : 10).

 

     Entre ces deux instances, le langage est mis en action ; l’actant sujet est le lieu d’une combinatoire modale (Coquet 1989 : 11). Dans cette combinatoire : pouvoir, devoir, savoir, vouloir, s’origine sans doute un certain nombre d’oppositions. La définition modale octroie à ces quatre modalités, des traits génériques et spécifiques capables de caractériser les actants. L’identité sémiotique se construit avec l’actant sujet et ces modalités ; le programme de cet actant sujet est objet de l’analyse sémiotique (Coquet 1989 : 30-38). Ce programme peut être en fonction de diverses modalités : programme d’appropriation, d’acquisition. L’actant peut être sujet destinateur et non-sujet :

 

Il n’est pas exclu d’ailleurs que l’on puisse faire apparaître, du moins à l’occasion de certains textes, le double statut de l’actant, à la fois sujet et non-sujet.

 

     C’est ce qu’a tenté de faire Julia Kristeva, auteur de l’une des théories les plus fortes de la dernière décennie. Si le sujet, dit-elle, est soumis aux principes de la raison (il se manifeste dans les écrits scientifiques par exemple) le non-sujet « se meut dans un espace « vide » [ situé au] pôle opposé de notre espace logique dominé par le sujet parlant ( Shmeiwtikh Seuil 1969, p . 274) » (Coquet 1989 : 105). Ce non-sujet est constitué par l’actant sujet entré dans la catégorie du non-sujet, une fois réduit à l’opérateur grammatical ; dans cette catégorie, l’actant est en jonction aléatoire avec le pouvoir, ou réduit à la fonction qu’il exerce malgré lui (Coquet 1989 : 110). La catégorie du non-sujet se caractérise par un actant opposé au sujet comme choisissant librement son acte et demeurant un actant destinateur. Il s’agit d’un actant individuel ; seul le sujet cartésien est un actant collectif, avec pour trait identitaire pertinent l’invariance (Coquet 1989 : 178). Le sujet du discours est donc très important en sémiotique ; il fait partie des actants du texte : sujet, objet, accusatif. La primauté du sujet caractérise ainsi l’analyse sémiotique, au détriment de la référence (Bertrand 2000 : 69). Le texte peut-il s’organiser sans sujet, le discours sans auteur vivant ? Certes, cette approche a le grand mérite de faire droit à la réalité du sujet. Toutefois, nous voudrions analyser un objet ; un discours-objet, avec lequel la subjectivité du récepteur n’entre pas, dans un premier temps, en interaction. De ce fait, est-ce bien les actants du texte que nous devrons chercher en tant que sujet, destinateur, objet, ou bien l’ensemble des protagonistes sans les caractériser dans ce modèle ? Les énonciateurs dans le texte sont des instances de prise de parole et donc d’action, susceptibles d’être non seulement, de ce fait, actants, mais encore acteurs. 




AS/SA nº 18, p. 78



     Un dernier problème consiste à analyser un texte-discours et un texte-récit. La sémiotique a permis de mieux connaître le récit (Coquet 1997 : 224)[10].

 

     Ces différentes instances sont l’expression du sujet dans et par le texte, énoncé en discours. Dans le cas des textes qui sont lus, tout récit devient ainsi discours en retrouvant une instance extérieure qui le ré-énonce. De ce fait, le texte-récit lu, retrouve sa dimension de discours, à condition qu’il ait déjà des instances internes de prise de parole, d’énonciation. La sémiotique a pris en compte le récit ; elle a également pris en compte l’énonciation ; elle est ainsi susceptible d’étudier le discours.

                  Le commentaire biblique est un discours à part entière, qui ne peut servir le texte commenté sans s’en servir. L’analyse sémiotique est provoquée par ce qui se passe entre eux. Traiter de la relation entre le commentaire et le texte revient à traiter une relation de discours; c’est compter avec l’instance d’énonciation de l’un et celle de l’autre.

                 La question de savoir ‘qui parle à qui’, dont fait état l’article ‘sémiotique ’, est-elle suffisamment posée au texte ? La question de l’énonciation, qui indique l’énonciateur ultime du texte, au-delà des auteurs implicites, et des lecteurs impliqués, est-elle suffisamment examinée dans les textes ? Qui en a tenu compte, depuis le travail du P. Sonnet sur l’énonciation, hormis quelques rares et très récentes publications, paraissant dix années plus tard ? L’écriture qui a donné sa pérennité à une parole n’est-elle pas un objet privilégié d’analyse pour la théorie de l’énonciation ?

 

                 Dans ses essais sémiotiques (1970, 1983), A.J. Greimas n’applique pas forcément ses modèles sémiotiques aux études bibliques; il les présente, comme modèles susceptibles d’avoir un intérêt pour les analyses littéraires. Nous voudrions résumer ici celui du texte-invariant. Un texte-invariant est, sans doute, plus sûrement décrit par un modèle algorithmique (c’est-à-dire une procédure), qui détermine quelles sont les fonctions-prédicats du texte. Dans cette perspective, il faudrait commencer par représenter chaque prédicat du texte par un modèle abstrait, une fonction. Dans cette perspective, le récit est algorithme (Greimas 1970 :185-187 )[11] L’ensemble des transformations contenues dans la séquence étudiée est susceptible d’être subsumé, sous forme d’un algorithme dialectique. Un algorithme peut, par exemple, regrouper des procédures identifiables (Greimas 1970 : 219).

     Comme l’énonciation (Greimas 1983 : 67), qui est une présupposition logique, assertée à propos du texte, les algorithmes sont susceptibles de se situer dans un autre registre que celui de l’intenté de l’auteur, et de fournir ainsi une analyse sémiotique du texte. Les algorithmes narratifs de la sémiotique sont pour la linguistique textuelle aujourd’hui un modèle théorique susceptible de permettre l’analyse d’un texte et de rendre compte de sa spécificité (Adam 1985 : 77 et ss.). Une telle recherche de procédures est à l’ordre du jour dans les recherches de psychologie cognitive, telles que celle de M. Fayol (1994 : 122)[12].

     La recherche d’une structure d’ensemble sous-jacente au texte, faisant intervenir la notion de niveau de représentation et de macro-structure permet de chercher, avec l’apparente organisation linéaire d’un texte, une structure arborescente représentative des significations du texte. Cette structure est une première organisation arborescente du texte. François Rastier propose également une structure de significations représentée par un graphe sémantique:

 

un sentiment est une structure actantielle où un actant humain se trouve affecté d’évaluations. Cette structure peut être représentée par un graphe sémantique, qui décrit sa molécule sémique. (Rastier 2001 : 197-198)




AS/SA nº 18, p. 79



 

     La molécule sémique figurée comprend des actants et différents sèmes ; elle représente un thème et non pas une structure profonde, mais il s’agit quand même d’une certaine organisation du sens dans un texte. 

                 La pensée à laquelle le texte biblique nous confronte, est une pensée autre; il s’agit davantage d’une pensée procédurale, et non d’une pensée conceptuelle ou scientifique. La pensée biblique ne donne pas lieu à des généralisations; elle n’est pas du type de l’induction, qui ne cesse de dégager des généralisations, à partir des données observables. En ce sens, ce n’est pas une pensée qui tire une leçon, une norme ou une loi, à partir de quelques faits remarqués. Cette pensée ne déduit pas non plus de conséquences; elle est essentiellement symbolique et parabolique (analogique), et fonctionne par analogie plutôt comme un proverbe, un mashal (une parabole). Pourquoi la recherche de procédures, d’un texte-invariant, n’a-t-elle pas été faite ?

 

     Ainsi considéré comme organisation signifiante, et significative par le fait même, le texte est comparable à n’importe quel autre système symbolique, production langagière ou non de l’être humain. A ce stade de l’étude, il n’est plus question de sémantique, mais réellement de sémiotique, c’est-à-dire de science des significations; celles-ci ne peuvent être reconstruites au niveau littéraire du texte, au niveau de son message, coïncidant avec l’intenté de l’auteur. L’analyse sémiotique, telle que nous la voyons pratiquée pour l’instant, ne peut en rendre compte; pourtant, ce type d’analyse sémiotique ressortit effectivement de ses possibilités.

                 Les présupposés d’une telle analyse, telle qu’elle est pratiquée actuellement, sont ceux de toute analyse littéraire. Pour ce type d’analyse, les mots sont organisés en phrases, et ces dernières forment une somme. Le sens du texte est celui de l’intenté de l’auteur, c’est pourquoi, la sémantique (c’est-à-dire, en ce cas, l’interprétation) attribuée aux phrases, influe sur la sémantique attribuée au texte. Le sens est fonction des différentes phrases, conçues comme strates de la rédaction. Ces différentes strates déterminent finalement le sens du texte, le message que l’auteur voulait faire passer; celui que les différents auteurs ont voulu, les uns après les autres, transmettre. Le premier présupposé est donc celui d’un intenté de l’auteur, qui serait le sens du texte.

                 De surcroît, ces analyses littéraires pensent que l’analyse doit porter sur la part humaine prise dans le texte; et, une fois cette part humaine déterminée, elle l’érigent en sens du texte, dans l’interprétation. Ces analyses littéraires ne servent pas à faire la part du sens humain, pour ensuite déterminer la part divine éventuelle, présente également dans le texte; elles considèrent au contraire, les résultats de leur application, comme le sens scientifiquement déterminé du texte. L’analyse structurale ou la sémiotique, ont valeur d’exégèse scientifique, dans ce cas. Le présupposé épistémologique est, alors, que l’analyse littéraire détermine tout le contenu de sens du texte; en ce sens, il y a projection du sens humain, sur la catégorie de parole. Or, en l’occurrence, la parole mise en œuvre dans cette écriture qui demeure et qui constitue le texte, est une parole de Dieu; en temps que telle, celle-ci échappe, en réalité, aux sens intentionnels qu’a voulu consigner l’être humain. Car a priori la Parole de Dieu qui se révèle à l’auteur humain à travers ses paroles n’est pas du type de la dictée automatique. Elle ne peut donc concerner que l’énonciation, cette première “ fracture ” (Martin 1996 : 148) du texte. Mais, si le premier indice de cette parole est une fracture du texte, ne doit-on pas rechercher les endroits en lesquels cette écriture est brisée, pour en déterminer la structure profonde ? N’est-il pas temps, dans cette polyphonie où chacun intervient, de repérer les fractures du texte, par lesquelles l’ultime sujet énonciateur essaie sans doute encore de se faire entendre ?




AS/SA nº 18, p. 80



            Une fois la méthode appliquée, le résultat demeure sujet à interprétation. Des règles issues de l’herméneutique, de la théologie biblique, de la philosophie, de l’analyse littéraire également lorsqu’il s’agit d’une méthode de linguistique existent. Toutefois, le sujet est livré à sa capacité de réception d’un texte en tant que sujet ; de ce fait, sa parole, en quelque sorte convoquée par celle du texte, donne à son commentaire et à sa vision du texte, un caractère de discours subjectivisé. C’est pourquoi, nous voudrions nous interroger dans une deuxième partie sur la construction de règles plus rigoureuses dédiées à l’analyse des textes, afin que le discours issu de leur application conserve davantage un caractère objectif, lié à l’objet analysé, c’est-à-dire à un objet-texte (comme le réalise idéalement Jean-Claude Gardin pour le discours des sciences humaines). Car aujourd’hui, avec l’évolution des sciences et des techniques, le discours de la connaissance est de plus en plus un discours dé-subjectivisé ; il ne rend pas compte du sujet, mais des faits observables autour de lui ; la connaissance tend à devenir une connaissance objective, vérifiable et partagée.

 

     L’exégèse risque toujours la parole qu’elle commente; celle-ci n’est pas forcément retransmise par le méta discours, qui la prend cependant pour objet; en tous cas, elle est manifestement toujours prétexte à analyse. Dans le discours de l’exégèse, d’après J. Ladrière, il y aurait une forme de scientificité, dont l’exégèse se réclame effectivement. Mais, cette scientificité est toujours engagée, et dans une relation de totale démaîtrise avec l’objet qu’elle a pour objectif de transmettre. Cet objectif est implicite, le plus souvent, puisque les différents articles étudiés en font rarement état, si ce n’est J. Ladrière, qui semble comprendre l’objectif du discours exégétique de cette manière, à savoir un “ discours d’une altérité du salut ” à transmettre. Il faudrait concevoir une méthode, qui prête attention à cette altérité, tout en ayant les moyens d’une analyse rigoureuse du texte. Or, des méthodes telles que l’analyse sémiotique, l’analyse linguistique ou pragmatique, étant donné qu’elles prennent en considération la dimension dialogale, ou de communication, présente en tout texte, semblent adaptées. Il est alors d’autant plus regrettable qu’elles comportent des présupposés, et ne développent pas davantage l’énonciation. Ces divers méta-discours étaient-ils donc vraiment destinés à rendre compte de cette altérité et à transmettre son dire ?

 

     Les différentes méthodes du texte de la commission biblique pontificale peuvent être situées sur le schéma suivant, qui fait état d’une scission entre des méthodes qui s’appliquent à un phénotexte, ou une méthode qui définit d’abord un objet-texte multiple; contenant, à titre d’hypothèse, un structure abstraite pour ces divers textes ou encore génotexte.




AS/SA nº 18, p. 81



 

 

 

 

 

 

     L’explication linguistique commence par l’étude de l’énonciation; cette dernière, en étudiant les conditions de production du discours, qui génèrent le texte dans son ensemble, découvre les structures profondes du discours qu’elle étudie. Le travail débute par la définition d’un objet, afin de délimiter ce sur quoi porte l’investigation. Cette explication linguistique voudrait “ faire parler le texte par lui-même ”, ou rechercher ses contenus de signification internes.

     Les méthodes proposées par la Commission Biblique pontificale portent toutes sur le phénotexte, à partir duquel nous définirons l’objet-texte multiple, mais auquel manque l’horizon d’un texte, travaillé en fonction d’invariants langagiers, et non plus en fonction d’une possible traduction. Ce phénotexte, le plus souvent objet d’études philologiques, puis de critique textuelle, est une réalité très complexe, si on tient compte de tous ces problèmes, en y ajoutant ceux apportés par la traduction, et la critique de la rédaction. L’objet comporte des strates, des variantes, différents auteurs, un état final composite. Mais le phénotexte est pris en compte à titre descriptif, lorsqu’il s’agit de retrouver des états antérieurs du texte, et les différentes strates qui le composent; ou bien, il est pris en compte dans un état particulier, l’état final, ou encore dans telle traduction, où il est encore différent du texte massorétique.

             Le phénotexte, sur lequel porte donc ces différentes méthodes exégétiques, n’est pas décrit par le commentaire comme une réalité multiple, dont il sera possible de faire une synthèse globale, mais dans un temps linéaire et selon deux approches, diachronique et synchronique. C’est pourquoi, une telle étude porte sur la critique de la formation du texte dans le temps, ou bien elle considère le texte dans son état final, c’est-à-dire actuel. En revanche, aucune méthode ne considère à la fois, d’une seule étude, le texte en cours de formation et le texte en l’état actuel de sa formation, à l’aide du concept dynamique de formation. De surcroît, ce phénotexte est considéré au niveau littéraire, et non pas au niveau de ses articulations, logique et structure profonde. La structure de surface est dégagée, à l’aide de l’organisation thématique, des champs sémantiques, ou encore d’une étude de syntaxe; il s’agit de la structure littéraire du texte. Nous voudrions créer le concept, utile pour les besoins de l’analyse, d’un objet-texte multiple. Il ne faut pas perdre de vue, dans l’analyse synchronique menée sur le texte tel qu’il est, les données de l’analyse diachronique, qui figurent à titre de trace, ne serait-ce que dans les notes des Bibles consultées. Les méthodes proposées dans le document de la Commission Biblique Pontificale ne comportent pas non plus le caractère d’analyses de linguistique textuelle, portant sur la structure profonde du texte.




AS/SA nº 18, p. 82



     Pour une méthode qui tient compte du texte, la théorie de l’énonciation s’intéresse aux opérations énonciatives. Toutefois, les opérations prédicatives inscrivent également, dans un texte, l’action et la parole de l’énonciateur. Il semble utile d’en faire l’analyse, comme de tous les marqueurs linguistiques possibles, en règle générale de l’analyse linguistique que nous proposons. Dans les approches de psychologie du langage, la notion de prédicat et d’argument est bien prise en compte ; la considération d’une micro et d’une macro structure s’en enrichit (Coirier, Gaonac'h, Passerault 1996 : 16-19)[13]. L’approche de psychologie du langage permet également d’étudier le texte en fonction de ces différents niveaux de structure, voire de construire un réseau de ses significations, jusqu’à en extraire le résumé le plus succinct, au dernier niveau (Coirier, Gaonac'h, Passerault 1996 : 21 )[14]. Un changement de niveau peut aboutir à choisir les énoncés les plus représentatifs du texte, de façon à en avoir un résumé au dernier niveau de macro-structure, c’est-à-dire de l’analyse de l’ensemble (la microstructure portant sur les propositions séparées). L’analyse logiciste a également pu dégager des représentations de textes interprétatifs sous forme d’enchaînements de propositions : elle analyse leur argumentation et permet ainsi de dégager leurs articulation et leur enchaînement discursif et logique. En particulier,

 

la schématisation rassemble des propositions au(x) sommet(s) de l’arborescence (fig. 2), mais il n’y a là aucune trace de résumé : ces thèses du texte sont reprises dans leur intégralité (Gardin 1974).

 

     Ces niveaux de représentation rendent possible une approche formelle du texte que nous ne réaliserons pas, mais dont nous essaierons de poser la problématique. Nous proposerons pour l’instant une représentation de la réalité du texte, tout en suggérant d’autres niveaux de représentations structurels, de façon à approfondir le plan linguistique et l’étude de la macrostructure. Nous n’utiliserons pas l’informatique dans l’application proposée, mais nous avons mentionné l’état de l’art et la démarche nécessaire à la constitution d’un système expert pour expliquer la démarche dans laquelle nous voudrions nous situer pour proposer une méthode vraiment réitérable d’analyse, à tel point qu’elle pourrait l’être avec l’aide d’une machine.

 

            Nous avons montré que la traduction, aussi bien que les méthodes d’analyse littéraire et linguistiques telle que l’analyse de la conversation ou l’analyse sémiotique, mettent en oeuvre des présupposés interpétatifs susceptibles de se retrouver dans l’analyse qu’elles pourront fournir des textes. Ne faut-il pas, de ce fait, proposer une méthode d’analyse textuelle qui analyse le texte sans présupposer ni de répliques u’il devrait contenir en termes d’analyse de la conversation, ni d’oppositions qu’il contiendrit nécessairement pour instncier un carré sémiotique. Toutefois, comme il semble possible de mettre à jour ces présupposés, il doit être aussi possible d’intégrer la relativité du point de vue dans les résultats ; c’est-à-dire, de savoir que ces résultats donnent une vue du texte, mais tributaire d’une pré-compréhension, d’une grille de lecture.

            Nous avons choisi l’exemple de textes bibliques car cet objet d’analyse comporte les textes les plus traduits au monde et constitue de fait un objet complexe puisqu’il comporte également parfois plusieurs versions et différents témoins dans sa rédaction. Notre réflexion s’applique pourtant à tout texte ; cet exemple permet par ailleurs  de constater, ces textes étant beaucoup commentés par l’exégèse, la diversité des interprétations du sens de ces textes. Or nombre de ces commentaires utilisent des méthodes littéraires ou sémiotiques, et les présupposés de l’explication de tels textes peuvent par ailleurs être nombreux, indépendament de la méthode d’analyse des textes qui pourraient en comporter. Or, une analyse linguistique de ces textes ne doit-elle pas avoir pour objectif celui qu’elle a sur tout le texte, à savoir dégager un sens du texte sans mettre en œuvre une pré-compréhension du texte qui pourrait fausser son analyse « objective », c’est-à-dire de l’objet-texte complexe sur lequel porte son application ?




AS/SA nº 18, p. 83






Références

 

ADAM J.-M. (1985), Le texte narratif : traité d’analyse textuelle des récits, Paris : Nathan.

 

BEARTH T. (1991), « Exégèse et herméneutique biblique du point de vue d’un linguiste », Cahiers de traduction biblique 15.

 

BERTRAND D. (2000), Précis de Sémiotique littéraire, Paris : Nathan Université.

 

BODINE J. E. (1995), « Discourse Analysis of Biblical Litterature : What it is and what it offers », Discourse Analysis of Biblical Litterature, Atlanta : Scholars Press, 1-20.

 

BUSS M.J. (1988), "The Contribution of Speech Act Theory to Biblical Studies”, Semeia 41.

 

CARROLL R. (1996), "He-Bibles and She-Bibles : Reflections on the Violence Done to Texts by Productions of English Translations of the Bible", BI 4/3.

 

CHEDOZEAU B. (1992), « Problèmes idéologiques de la traduction des textes sacrés en France au 17° et 18° siècles », Colloque du centenaire de l’Ecole Biblique et archéologique française de Jérusalem, Naissance de la méthode critique, Paris : Cerf.

 

CLINES D.J.A. (1998), Old Testament Essays, Volume 1 : « Methods in Old Testament Study », Sheffield : Academic Press.

 

COIRIER P., GAONAC’H D., PASSERAULT J.-M. (1996), Psycholinguistique textuelle, Approche cognitive de la compréhension et de la production des textes, Paris : Armand Colin.

 

COQUET J.-C. (1997), La quête du sens, la langage en question, Paris : P.U.F.

 

COQUET J.-C. (1989), Le discours et son sujet, 1, Paris : Klincksieck.

 

DESCLES J.-P. (1995), « Abduction et non-observabilité », Académie internationale de philosophie des sciences, Parme.

 

DESCLES J.-P. et GUENTCHEVA Z. (2000), « Enonciateur, locuteur, médiateur dans l’activité dialogique », Monod Becquelin A., Erickson P., Les rituels du dialogue, Nanterre.

 

DESCLES J.-P. (2000), « Jonas ou la volonté de dialoguer », Autour de Francis Jacques, Colloque de Cerisy.

 

ESCANDE J. (1978), « Pour une réflexion sémiotique sur la traduction des textes bibliques », ETR 53/3.

 

EVANS J. B. (1997), “Does Blood Cry Out ? Considerations in Generating the Cognitive Environment”, JNSL 23/2.

 

FAYOL M. (1994), Le récit et sa construction, une approche de psychologie cognitive, Delachaux et Niestlé.

 

GARDIN J.-C. (1974), Les analyses de discours, Neuchâtel: Delachaux et Niestlé.

 

GARDIN J.-C. (1992), « La schématisation logiciste est-elle un résumé ? », Le résumé de texte, Colloque international de linguistique organisé par les universités de Metz et Nancy II (12-14 septembre 1989), actes publiés par Michel Charolles et A. Petitijean, Paris : Klincksieck.

 

GREIMAS A.J. (1970, 1983), Du Sens I et II, essais sémiotiques, Paris: Seuil, 2 vol.

 

GREIMAS A.J. (1983), « La traduction et la Bible »,  Sémiotique et Bible 32.

 

GREENSTEIN E. L. (1989), Essays on biblical method and translation, Atlanta: Scholars Press.

 

GUEUNIER N. (1997), « Une traduction biblique peut-elle encore aujourd’hui être « littéraire » », La Bible en littérature, Paris : Cerf ; Metz : Université de Metz.

 

KINTSCH W. (2001), “Predication”, Cognitive science 25.

 

KLIKENBERG J.-M. (1996), Précis de Sémiotique générale, Paris : Seuil.

 

KUHN T.S. (1983), La structure des révolutions scientifiques, Paris: Flammarion.

 

LATEGAN B.C. (1993), “Target Audience and Bible Translation”, JNSL 19.

 

LOUW J.P. (1991), « How Do Words Mean – If they Do ? », Filologia Neotestamentaria 8.

 

MALINA B.J. (1991), « Interpretation : Reading, Abduction, Metaphor », The Bible and the Politics of Exegesis, 253-266.

 

MARGOT J.-C. (1979), Traduire sans trahir : la théorie de la traduction et son application aux textes bibliques, Lausanne : éditions l’âge d’homme.

 

MARTIN F. (1996), Pour une théologie de la lettre, Paris: Cerf.

 

MESCHONNIC H. (1970), Pour la poétique II, essai, Epistémologie de l’écriture poétique de la traduction, Paris: NRF Gallimard.

 

MESCHONNIC H. (1981), Jona et le signifiant errant, Paris: NRF Gallimard.

 

MOESCHLER J. (1989), Modélisation du dialogue, Paris : Hermès.

 

MULLINS P. (1990), « Sacred Text in Electronis Age »,  BTB 20/3.

 

NIDA E. A., TABER C.R. (1969), The theory and practice of translation, Leiden: E. J. Brill.

 

NIDA E.A. (1975), Componential Analysis of Meaning : an Introduction to Semantic Structures, The Hague ; Paris : Mouton.

 

NIDA E.A. (1980), “Problems of Biblical Exegesis in the Third World », Text – WortGlaube, Kurt ALAND Gewidmet, Berlin; New York: Walter de Gruyter.

 

NIDA E.A. (1996), “Canonicity and Bible Today”, A Gift of God in Due Season, Essay on Scripture and Community in Honor of James A. Sanders, Sheffield: Academic Press.

 

NODET E. (1997), « L’inspiration de l’Ecriture », Revue Biblique.

 

O’DONNELL M.B. (1999), «Translation and the Exegetical Process, Using Mark 5: 1-10, “The Binding of the Strong Man” as a Test Case”, Translating The Bible, Sheffield: Academic Press.

 




AS/SA nº 18, p. 84



PANIER L. (1997), “ Du texte biblique à l’énonciation littéraire et à son sujet ”, in La Bible en littérature, Paris : Cerf, Metz : Université de Metz.

 

PATTE D. (1988), « Speech Act Theory and Biblical Exegesis », Semeia 41, 85-102

 

PEIRCE C.S. (1978), Ecrits sur le signe, Paris : Seuil.

 

PEIRCE C.S.(1984), Textes anticartésiens, Paris: Aubier.

 

PERSON R.F. (1996), In conversation with Jonas, Conversation analysis, literary criticism, and the book of Jonah, Scheffield: Scheffield Academic Press.        

 

PORTER S.E., CARSON D.A. (1999), Linguistic and the New Testament : Critical Junctures, Sheffield : Academic Press.

 

PRICE B.F., NIDA E.A., PETER-CONTESSE R. (1997), Le livre de Jonas, Un commentaire exégétique et linguistique, Villiers-le-Bel: Alliance biblique universelle.

 

POPPER K. (1991), La connaissance objective, Paris: Flammarion.

 

RASTIER F. (2001), Arts et sciences des textes, Paris : P.U.F..

 

REBOUL A. (2000), « La représentation des éventualités dans la Théorie des Représentations Mentales », Cahiers de Linguistique française 22.

 

SKA J.-L. (1999), L’analyse narrative des récits de l’AT, Cahier Evangile 107.

 

SONNET J.-P. (1984), La Parole Consacrée, Théorie des actes de langage, linguistique de l’énonciation et parole de la foi, Louvain-la-Neuve : Cabay.

 

VOELZ J.W. (1989), “The Problem of Meaning in Texts”, Neotestamentica 23/1, 33-43.

 

 

 

 



 

[2] Meschonnic 1970, p. 413: “ Si le découpage du réel n’est pas le même d’une langue à l’autre, la traduction, suivant l’évolution même de l’anthropologie, n’a plus à être annexion, mais rapport entre deux cultures - langues: non la disparition fictive de l’altérité, mais la relation dans laquelle on est, ici et aujourd’hui, situé, par rapport au traduit. La traduction alors n’est plus la “ belle infidèle ”, mais la production et le produit d’un contact culturel au niveau des structures mêmes de la langue. ”

[3] “ Such a restructuring is fully justified, for it is the closest natural equivalent of the source-langage text. ”

[4] Massignon, cité dans Meschonnic 1970, p. 412: “ L’incommensurabilité entre la logique grecque [...] et la grammaire sémitique. ”.

[5] Desclés 2001, sur la position anti-relativiste ou universaliste. Pour cette hypothèse, il existe des représentations cognitives universelles, il existe un langage de la pensée indépendant de toutes les langues. Ce langage de la pensée a une structure logique, le « Mentalais » (Fodor) universel est un langage interne dans lequel on représente toutes les expressions des langues.

[6] Desclés 2001: L’hypothèse de Sapir-Worf consiste en une position relativiste. Celle-ci pose les points suivants : chaque langue construit une représentation du monde. Il n’y  a pas de langage interne (LI) qui serait commun à toutes les langues. Il n’y a pas non plus de représentations cognitives universelles. Pour B. Whorf, les langues ne donnent pas un reflet du monde externe ; elles contribuent à structurer notre conceptualisation du monde. Les langues ne sont donc pas directement commensurables, chaque langue apporte sa propre conceptualisation. Notamment, il n’y a pas d’intuition générale du temps. On se reportera au premier chapitre de la seconde partie pour une présentation détaillée de cette position par rapport à l’universalisme et à l’anti-anti-relativisme.

[7] Ainsi, les deux pères fondateurs convergeaient sur deux points importants : d’abord pour faire de ce qu’ils nomment l’un sémiologie et l’autre sémiotique la science des signes ; ensuite pour mettre en avant l’idée que ces signes fonctionnent comme un système formel. » (Peirce et Saussure).

[8] “ Il importe donc de penser le symbole sur un mode plus large que celui de la représentation, si du moins celle-ci est conçue comme un processus transitif, une forme de renvoi vers une réalité “ autre ”. Son fonctionnement nous oblige à mettre l’accent sur son intransitivité et sur son efficacité “ présentificatrice ”. Le symbole est un signe qui, affirmant sa forme et réfléchissant l’acte de son instauration, témoigne de la présence de ce qu’il représente. ”

[9] “ Les récits évangéliques intègrent la mise en abyme de leur propre énonciation, ils racontent leur propre émergence, et situent ainsi le lieu de leur effectivité. ” et p. 126 : “ Mais l’énonciation évangélique a elle-même pour point de départ l’énonciation divine. ”

[10] « Avec le discours en effet nous abordons une problématique toute différente. Il s’agit bien encore d’un organisation transphrastique, mais cette fois rapportée à une ou plusieurs instances énonçantes. Autrement dit, la notion de discours n’est pas séparable de la notion d’instance. ».

[11] “ Le récit, unité discursive, doit être considéré comme un algorithme, c’est-à-dire comme une succession d’énoncés dont les fonctions-prédicats simulent linguistiquement un ensemble de comportements orientés vers un but. ”

[12] « «  Retenons donc que la représentation en mémoire à long terme des éléments d’un texte compris s’organise hiérarchiquement. On peut la symboliser à l’aide d’un graphe arborescent renvoyant à la macrostructure et regroupant par paquets (clusters) les unités micro-structurelles connectées par des relations à des niveaux différents (Glowalla et Colonius 1982 ; Graesser, Robertson et Anderson 1981). Malheureusement, cette organisation peut être « expliquée » par deux théories différentes et concurrentes : celle du « schéma » - voir par exemple l’arborescence associée au récit de l’âne (chapitre 4) – mais aussi celle du « chemin critique » développé par Black et Bower ».

[13] « Ainsi, dans un modèle propositionnel du type de celui de Kintsch (1974), la signification de toute unité lexicale correspond en mémoire à une liste de propositions (…) Une fois le premier niveau de macrostructure élaboré, les macrorègles s’appliquent à nouveau, ce qui permet d’aboutir à différents niveaux de représentation, le niveau le plus élevé constituant une sorte de résumé très synthétique du texte. »

[14] « le contenu informatif d’un texte peut être représenté à différents niveaux : certains constituent une représentation littérale de l’information, d’autres en construisent une interprétation plus globale. » 







index.html




E-mail the editors
Pour écrire à la rédaction



© 2006, Applied Semiotics / Sémiotique appliquée