Résumés des articles / Abstracts of the ArticlesNº 2
|
Louis Hébert : « Le
référent, le parcours référentiel » [pdf]
Une formidable confusion terminologique et conceptuelle
entoure référent et référence. Toutes terminologies
confondues, que vise-t-on quand on parle du référent ? Dans cet article
l'auteur ne vise pas directement à présenter sa propre conception du référent.
Il compare et caractérise les grandes théories du référent,
d'abord en fonction des caractéristiques qu'elles attribuent aux différents
aspects du référent. Une théorie donnée présente une
signature particulière, en sélectionnant, explicitement ou non, tels aspects parmi les
aspects possibles et telle(s) caractéristique(s) pour tel aspect. Il présente d'abord
les aspects et caractéristiques de base - présents dans la plupart des théories -
et ensuite ceux qui sont « facultatifs ».
Poser la question du référent, c'est nécessairement
ouvrir la problématique qui constitue la base de la réflexion sémiotique,
soit la définition du signe. Car, la définition la plus parfaite du signe linguistique,
celle de Saussure, s'est construite sur l'exclusion du référent. La question de la nomination, l'acte de référence par excellence, sera abordée par le biais du fonctionnement de la composition nominale en langues de spécialité. La nomination sera certes traitée dans cet article comme un procédé de référence, mais surtout comme un phénomène de découpage linguistique de la réalité, comme une opération de production de sens comportant deux partenaires, le langage et le monde. Les composés, dans les nomenclatures comme en situation de discours - études quantatives et qualitatives à l'appui - montrent par leur organisation en séries catégorielles, par la dynamique relationnelle dans les séries et entre les séries, que la souplesse des liens sémantiques empêche le figement définitif des composés. Elle fait l'hypothèse que cette entrave à la stabilité du lien signifiant /signifié -le fait que l'usage linguistique empêche la cristallisation dans la monosémie - constitue une stratégie cognitive permettant d'adapter l'outil langagier au fil de l'expérience. Nommer est un jeu qui consiste, par l'interaction du langage et du monde, à produire du sens infiniment.
À toutes fins théoriques, quand se présente un
texte, une activité mercantile se déploie : un mot, un sens ; un mot,
une image ; un mot, une idée. Ainsi, prise au sens large, la référence
serait cette fonction selon laquelle un composant textuel en vient à renvoyer à quelque
chose d'autre que lui-même ; autre chose qu'il désigne et qu'il présente. Dans un récit, la lisibilité sémiotique désigne le lieu d'intégration des parcours génératif et interprétatif. Elle est organisée en composantes, qui convoquent chez le lecteur modèle des opérations lui permettant de les actualiser et d'accéder ainsi à l'interprétation globale. Parmi ces composantes, le personnage, comme acteur discursif, joue un rôle essentiel. Entre autres, en tant que personnage-référentiel, il renvoie à un sens fixé par une culture. Conséquemment, il supporte la lisibilité du texte, qui est tributaire, d'une part, de l'écart entre le personnage-référentiel tel que révélé par l'oeuvre et une certaine normalité admise, d'autre part, pour le lecteur, de l'écart entre les habiletés qu'exige l'oeuvre et la compétence culturelle individuelle, donc de l'écart entre le lecteur modèle et le lecteur empirique. Le processus de lecture ne peut alors se réaliser pleinement qu'avec un travail pertinent sur ces écarts. Le lecteur empirique devient alors l'opérateur de cette organisation textuelle par laquelle le texte devient lisible, en produisant du sens. Par le biais du référent, concept « ambigu » aux dires mêmes de Jakobson, l'auteur pose ici la question de la validité d'une sémiotique qui emprunterait exclusivement la pente immanentiste. Pour lui en effet, le malentendu vient des origines : on a depuis toujours considéré le schéma de Jakobson comme « universel », alors qu'à proprement parler, il s'agit d'un schéma littéraire. Les conséquences ne sont pas minces, puisque dans le premier, le référent-monde ne figure que comme contexte, ce qui peut se comprendre en littérature où il faut laisser toute sa place au « message », au « poétique », mais qui débouche alors sur une quasi-impossibilité de parler du monde - ce qui n'est nullement, on s'en doute, une prise de position politiquement neutre... Fausse aporie ? Peut-être. Mais il faudra alors expliquer pourquoi même le « référentiaire construit » de Payant ne lève pas tous les soupçons sur cette pente « naturelle » de la sémiotique, plus immanentiste que référentiaire. Et peut-être revenir un jour à Karl Bühler (Sprachtheorie).
Interrogeant ces deux trajectoires d'analyse que sont la sémiotique et la phénoménologie pour lesquelles la « pensée » constitue la limite de l'une (la sémiotique) et le départ de l'autre (la phénoménologie), l'auteure se prête à l'étude du mouvement et non du moment du référent. Elle questionne la supposée coïncidence du monde avec le langage et utilise, pour ce faire, les motifs théoriques impliqués par les termes et les thèmes réeffectuation, monde et récit. Elle propose, dans cet esprit, l'examen du référent et de la référence en tant qu'elle est toujours co-référentielle (communicationnelle et ontologique) et dédoublée (doublée par la mimèsis, le récit). Relativement à ce qui vient d'être dit, l'étude de l'« image photo-cinématographique », à laquelle elle se prête, agit comme une sorte de mise à l'épreuve. Tandis, en effet, que l'image photo-cinématographique montre perpétuellement sa propre forme de représentation et s'inscrit dans le « train d'images » que réquisitionne le récit et au sein duquel elle oeuvre référentiellement, le récit, lui, participe d'une image de monde, d'une mimèsis.
La photographie ne donne pas à voir le réel mais une réalité autre, proprement photographique. Bien qu'elle soit imprégnée de réel, toute image photographique serait un simulacre, donc foncièrement irréelle. A la dimension de pure émanation du référent vient se greffer la donnée iconique. Le théoricien et critique d'art René Payant définit l'icône comme un signe mental autonome qui aide à reformuler la question du réalisme en photographie en mettant de l'avant les effets de sens. Les oeuvres de deux artistes photographes contemporains ont été choisies parce qu'elles proposent un mouvement des signes selon l'expression de Payant, mouvement qui se déploie de la photographie qui réfléchit sur elle-même, à la création d'une image qui se présente comme un codage complexe où s'entrecroisent le sujet de la photographie, la marque de l'artiste, les situations et les objets transmués en signes et les effets de l'oeuvre. L'irréel photographique aménage ainsi une véritable situation du regard, sollicitant un désir de voir.
Translated from the French
by the Editors/
To
consider the referent is necessarily to raise the central question of semiotic inquiry, which is the
definition of the sign. Indeed, the author observes that the most nearly perfect definiton of the sign,
in his opinion that of Saussure, is based on the exclusion of the referent. The question of nomination, the act of reference par excellence, is approached here from the point of view of the workings of nominal components in specialized sublanguages. Nomination is of course treated here as a referential procedure, but it is seen especially as a method for linguistic breakdown of reality into parcels, as an operation which creates meaning in terms of two complementary planes, the world and its linguistic representation. Portelance demonstrates, through their organization into categorial series, and through the relational dynamics between and within series, that composite enunciations, both in nomenclature and in discursive situations, resist any tendency toward becoming definitively fixed expressions, seemingly because the supple nature of semantic relationships prevents it. The author presents the hypothesis that this obstacle to stability in the signifier-sense relationship - the fact that linguistic usage renders monosememic fossilization impossible - constitutes a cognitive strategy allowing for the need to adapt linguistic usage to experience. Naming is a form of play which consists, through an interaction between experience and language, of an endlessly renewing production of meaning. [Article in French] To all theoretical
intents and purposes, when a reader is presented with a text, an exchange is brought about: a
word for a meaning, another word for an image, words for ideas. In this way, taken in a broad sense,
reference is that function by which a textual component comes to mean something other than
itself; something that it presents and denotes.
In a story, semiotic legibility describes the "place where" the generative and interpretative processes become integrated. It can be broken down into several components which, in the reader's mind, constitute models of operation allowing him or her to arrive at a global interpretation. Among these components the character, as a discursive actor, plays an essential role. One of these is that of the reference character, whose point of view frames meaning as determined by his culture. Consequently, the reference character supports the intelligibility of the text, which flows both from the contrast between his view and the norm, and from that between the ideal reader and the actual reader, in other words, between the wherewithal necessary for an understanding of the text and the competence of the general readership. The process of reading cannot, therefore, be understood completely without first undertaking a pertinent study of these contrasts. The actual reader thus becomes the operator of textual organization through which the text becomes readable, and in so doing, takes on meaning. [Article in French] From the point of view of the referent, an ambiguous concept even to Jakobson, this paper raises the question of the validity of a semiotics which exclusively focusses on the immanent. Indeed for Jakobson, the misunderstanding stems right from the beginning: his model was always taken to be "universal," whereas strictly speaking, it is simply a literary one. The consequences of this error are considerable, because in the former understanding, the very world-as-referent is considered as though merely contextual, which is reasonable in the case of literary analysis where, in the end, only the "poetics" and "meanings" matter. This results in the near-impossibility of speaking about the world - which seems in no sense to be a politically neutral position. An imaginary aporia? Perhaps. But it seems necessary then to be able to explain why even the "referential construct" of Payant apparently seems to raise no one's suspicions about this "natural" approach to semiotics - more immanent than referential. Which may one day lead back to Karl Bühler and his Sprachtheorie. [Article in French]
Examining the analytical approaches of semiotics and phenomenology, in which thought itself constitutes one boundary of each - the limit to the former, and the beginnings of the latter - the author undertakes a study of the movement, rather than the moment, of the referent. She questions the supposed coincidence of the world with language and employs, to attack the problem, the theoretical motifs implied by the terms, or rather the themes, of re-effectuation, world and tale. She proposes, in keeping with these lines of questioning, an examination of the referent in terms of the hypothesis that it is always in fact co-referential (communicational and ontological) and duplexed (echoed by the mimesis, the tale). From this point of view, the study of the "photo-cinematographic image" she undertakes acts as a sort of test. Indeed, while the photo-cinematographic image perpetually shows its own form of representation and is inscribed in the "suite of images" called upon by the tale and in which it operates referentially, the tale recreates an image of the world, a mimesis. [Article in French] A photograph portrays not an image of the real but another reality, one which is quintessentially photographic. Despite its being impregnated with the real, any photographic image is a simulacrum, and therefore properly unreal. In the dimension of sheer imitation of the referent lies its purely iconic aspect. Art critic and theoretician René Payant defines the icon as an autonomous mental sign which serves to reformulate the question of realism in photography by emphasizing the effects of sense. For this study, the works of two contemporary photographic artists have been selected, because they portray a movement of signs - to borrow Payant's own expression - a movement which unfolds from the photograph reflecting upon itself, in the creation of an image presented as a complex code involving the subject of the image, the mark of the artist, the situations and the objects transmuted into signs and the effects of the work. The photographic unreal thus furnishes a veritable viewing situation, imparting a desire to see. [Article in French] |
Page + 1