Boulanger, Chantale : « L'irréel photographique »

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    Cette image le critique la qualifie d'artistique, par opposition à l'image cultuelle de Benjamin, parce qu'en elle s'énonce une subjectivité qui ne réduit pas la photo à une technique permettant de saisir, puis de conserver la présence d'un avoir-été-là. Cette icône raconte en effet l'histoire d'une vision, celle d'un sujet qui manipule des données photographiques. Le mouvement des signes, selon l'heureuse expression de Payant, ne se fera pas unilatéralement du monde aux images, mais se verra souvent détourné par les interventions subjectives de l'artiste.

    De ces réflexions nous pouvons extraire le paramètre premier du signe iconique qui serait que l'icône, tout comme la poésie, brouille toute perspective instrumentale. Les oeuvres de deux artistes, qui font dans Vedute l'objet de commentaires, illustrent ce point en mettant en relief l'intérêt que chacun d'eux porte à l'écriture photographique en elle-même.

4. Roberto Pellegrinuzzi

    L'oeuvre de Roberto Pellegrinuzzi offre toutes les qualités d'un art photographique critique et réflexif. Dans un texte intitulé Architecturer la photographie, Payant déclare à propos d'Absence (Fig.1) que le spectateur s'y retrouve entraîné dans la fiction absolue. Les objets qui composent la pièce: une table, un trépied avec un appareil photo, un miroir et l'image qu'il contient (à savoir les objets entre la toile et le miroir) n'existent pas en tant qu'objets. En effet, la plupart des objets, à l'exception du pot contenant une plante et de la toile sur laquelle est peint le mot absence, sont des fac-similés photographiques. Plus précisément, ils sont composés, grandeur nature, à partir d'un ensemble de photos plus ou moins grandes selon qu'il s'agit du dessus de la table, des pattes du trépied ou de la moulure du miroir.

Absence de Pellegrinuzzi.
Figure 1




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 8 : Page 5 / 11


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22.11.1996