Boulanger, Chantale : « L'irréel photographique »

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    Un ensemble de petits plans (chaque photo représentant une section de l'objet) est bricolé afin de reproduire une forme tridimensionnelle. Les pièces forment une scène, un site photographique exemplaire où l'artiste orchestre une mise à vue de la production même des images. Construites à partir d'un amalgame de clichés photographiques, les oeuvres énoncent que la réalité du photographique, l'irréel en fait, l'emporte sur la vérité du monde, la photo étant à la fois le sujet et le matériau de l'oeuvre. Autre point névralgique dans le travail de Pellegrinuzzi, l'autoréférentialité de l'oeuvre qui évince le sujet photographe. « La réalité des objets s'y absente dans la représentation, mais en mettant en scène du même coup l'absence du sujet, c'est-à-dire du photographe » (Payant 1987 : 518). Cette disparition de l'artiste vient insister par ricochet sur l'autonomie de l'oeuvre, sur la situation photographique.

    L'appareil s'autoreprésente et comme les autres objets n'est qu'un fac-similé, signifiant clairement que toute représentation est un leurre. Les objets reconstruits à même la substance du photographique le sont pour tromper-l'oeil (Payant, 1987 : 518) et pour énoncer la vérité proprement photographique des objets, ainsi la feuille de papier sur la table et le rabat de l'enveloppe qui sont découpés dans le papier photo renforcent cette volonté. Le spectateur fait face à des éléments ambigus. L'appareil photo s'autoreprésente et l'image du miroir est une représentation de représentation (les objets étant composés de clichés) que la photographie du miroir porte à une troisième puissance. Cette métareprésention évacue le réel, tout en mettant en scène le paradoxe de cette situation, laquelle ne peut exister que par la présence d'un véritable appareil photo.

Absence 2 de Pellegrinuzzi. Scanné par Alison

Dias
Figure 2

    Payant pose comme synonymes la dimension artistique et la valeur iconique. La véritable portée artistique du médium résiderait, selon lui, dans sa capacité à s'autoréfléchir, à revoir son histoire, à questionner les modalités de son rapport au réel. Plutôt que de se cantonner dans son statut d'image, elle élabore une véritable situation du regard (Payant, 1987 : 521).




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 8 : Page 6 / 11


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22.11.1996