CB9.htmlTEXTR*ch> AS/SA Nº 2 p.105, Boulanger : « L'irréel photographique »(9/11)

Boulanger, Chantale : « L'irréel photographique »

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    Usant de ces belles métaphores que sont le voile et la vitre, « transparence interrompue et paroi diaphane, qui figurent ici le lieu même de la photographie » (Payant, 1987 : 513), Payant qualifie d'écrans les icônes de Raymonde April. Il en veut pour preuve la série Cabanes dans le ciel (Fig.5) qui se déploie comme une séquence non narrative et où les éléments à caractère symbolique gomment la réalité des univers représentés. La surface de papier du cliché photographique devient un entre-deux entre l'acte et l'image, qui s'enrichit de nos désirs. C'est dans ce détour par rapport à la transcription du réel que l'artiste souhaite que s'inscrivent les projections de l'inconscient du regardeur. Les paysages, les décors quotidiens ne sont pas offerts dans leur vérité. Ils favorisent des échappées qui sollicitent tout le corps à travers le regard. Ainsi parle la passion soutient René Payant. La valeur des choses s'en trouve altérée, puisqu'elles échappent à la banalité, transformées en symboles par un spectateur en quête de cette vérité de la photographie qui échappe toujours.

Figure 5a [R. April]. Scanné par Alison Dias
Figure 5b [R. April]. Scanné par Alison Dias
Figure 5c [R. April].
Figure 5

    Nous savons si peu de choses sur la façon dont les images nous touchent. Régis Durand dans un très beau texte sur l'oeuvre d'April dit : « les images ont en tout cas cette fragilité et cette irréalité de verre qu'a parfois la surface d'une eau très calme [...] elles sont pourtant la scène, le lieu géométrique de toutes sortes d'événements et de conflits, lieu [...] où règne la plus grande tension » (Durand, 1993 : 11).

    La pensée de Durand s'accorde à celle de Payant en ce qui a trait à la pensivité de l'image photo, à savoir: « une photo donne quelque chose à la pensée par le visible, par sa forme particulière de visible, qu'elle est seule à pouvoir lui donner » (Durand, 1990 : 11). Avant tout, il s'agit d'arracher la photographie à la collectivité et pour ce faire, il est nécessaire d'aller à l'encontre du fétichisme. Comme le poète extirpe la langue de ses fonctions de communication, l'artiste photographe contourne la fonction sociale de la photographie en évitant de produire un objet sans valeur métonymique et surdéterminé sémantiquement.




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 8 : Page 9 / 11


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22.11.1996
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