Portelance, Christine : « De la nomination : catégorisation et syntagmatique »

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    Cette deuxième phase m'a amenée à rejeter la dichotomie langue générale / langues de spécialité, opposition créée pour des raisons méthodologiques élevées quelquefois au statut d'épistémologiques. Je m'explique. D'une part, la linguistique contemporaine a plutôt boudé les études sur le lexique en faisant de la syntaxe le creuset méthodologique d'où jaillit la théorie linguistique (cf. Newmeyer, 1986). Dans cet exercice de modélisation, on le sait, les problèmes lexicaux sont considérés la plupart du temps comme des données inintéressantes et sont souvent écartés. D'autre part, la grande majorité des lexicologues élimine du champ d'investigation de la lexicologie le vocabulaire spécialisé qui se retrouve ainsi relégué à la terminologie, laquelle est souvent confondue avec la terminographie. D'exclusion en exclusion, on obtient une partition plus accidentelle qu'essentielle, division qui n'est qu'épiphénomène puisque dans tous les cas on se frappe à un même problème : l'absence d'une théorie sémantique adéquate. Depuis Saussure et sa théorie du signe subsiste une tendance à exclure la référence des études linguistiques. À l'instar de Haiman (1980) 3 et de Langacker (1987), j'estime que la sémantique ne peut éviter d'être encyclopédique. Dès lors, les phénomènes observés dans les langue de spécialités constituent des faits linguistiques parmi d'autres4.

    Certains 5 affirment que l'étude du lexique ne doit pas s'occuper de l'image scientifique du monde, mais qu'elle doit réfléchir l'image naïve du monde qui se dépose dans le lexique au fil du temps.

3 Pour une autre discussion sur la frontière entre dictionnaires et encyclopédies, confer Eco (1986 : chap. 2) [POUR RETOURNER AU TEXTE]

4 Renou (1952:110) fait remarquer qu'en sanscrit les composés lourds, aussi nombreux en prose technique que dans les textes littéraires, constituent dans la prose technique « un élément pour ainsi dire organique du langage » [POUR RETOURNER AU TEXTE]

5 Comme Aprejan, par exemple, cité par Wierzbicka (1985). [POUR RETOURNER AU TEXTE]




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22.11.1996