Bourque, Ghislain : « La retrempe référentielle »

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    Consécutif en autant que la représentation joue le jeu, un second passage peut, au gré d'une insistance lectorale, susciter l'examen de termes qui, d'abord, s'appellent, ensuite, s'épellent.

        
  • Qui s'appellent selon une convergence référentielle propre à injecter une valeur de curiosité. Les termes « chemins », « parcourus », « descendre », « aligné » et « sentier », tout en gardant leur valeur propre d'évocation, indexent une orientation lectorale susceptible d'un nouvel échange. Une orientation menant du haut vers le bas (descente), dont l'alignement génère un parcours.
  • Qui s'épellent en raison d'un prélèvement aligné de lettres, occupant une même place, sur chacune des lignes, et ordonnées à dessein.
        Dès lors, un échange, initié sur le plan grammatique, se pointe. Une épellation, en effet, lettre à lettre, L-I-N-E, fait apparaître l'adresse référentielle, et marque d'une valeur nouvelle le quatrain.

    C'est un échange, toutefois, qui n'en reste pas là. Le référent débusqué va subrepticement éclairer le titre, en sorte qu'il se rende lisible, bien sûr en tant que « défectuosité », mais non moins comme indice de désignation :

    À la manque => À l'amante

Offrant ainsi à Line la chance de se faire mieux voir, matériellement s'entend.

    Cette répercussion à la lettre, si elle se montre praticable par voie d'échange grammatique, n'est pas sans favoriser un côté plutôt que l'autre du quatrain. Puisque l'échange produisant acrostiche (LINE), ou l'a vu, n'a été rendu possible que par un alignement de lettres localisées sur la partie gauche du poème. Partie plus disponible à des échanges singuliers, parce que peu contrainte par les exigences versificatoires portées plus avant dans le texte.

    D'un intérêt moindre a priori mais qui persiste, l'esprit d'une expression comme « À la manque... » ne devrait pas, sur sa seule transition phonique, sacrifier sa lettre. En ce sens que si elle s'est laissée lire pour exalter le côté fort (à l'amante), cela n'aura pu se faire sans que, symétriquement, soit désigné le côté faible, à savoir : le côté de la rime. Ce que confirme, en quelque sorte, l'expression inscrite sur le troisième vers, « certain manque à l'appel », quand, confirmant la rime croisée en « el », il annonce la déficience qui suit :

    vers 2 : ... jusque
    vers 4 : ... ménager.

    À ce titre, l'expression « À la manque » renvoie bel et bien à une défectuosité. Non pas celle d'un sens qui « manque à l'appel » mais d'un son, « Là », incapable de s'échanger contre un autre, de même registre. Une erreur de rime, en somme, qui a pour effet de bloquer le référent sonore et, consécutivement, d'opérer un dérèglement versificatoire.

    À moins, bien sûr, que ce « manque à l'appel » réponde à une nécessité textuelle d'une autre espèce. Laquelle, pour se faire voir n'aurait d'autre choix que de s'inscrire dans la dissidence... C'est là une hypothèse qu'il vaut la peine d'éprouver.

    Un échange n'arrivant jamais seul, la perte de valeur observée dans le défaut de rime (vers 2 et 4) peut faire porter ailleurs que sur l'aspect sonore l'enjeu référentiel. À ce titre, un premier réflexe commande à la lecture une compensation sémantique. À savoir : « ménager » signifierait « ne pas trop faire souffrir » !

    Un second réflexe, toutefois, provoqué par « ce manque à l'appel », pourrait faire porter sur l'aspect sonore lui-même la charge de sa faiblesse. Et ainsi gratifier le texte d'un retour d'échange plutôt phonique: « ménager » devenant ce qui mène à G !




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 4 : Page 7 / 9


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22.11.1996