Bourque, Ghislain : « La retrempe référentielle »

71

 

 


    Attestant derechef les caprices d'une quête référentielle menant à une lettre, l'échange survenu sur le côté faible du poème pousse la lecture à ne point trop s'en tenir à la détection d'une valeur isolée. Aussi, profitant d'un « retour de sentier », c'est vers le côté fort qu'elle va se tourner, en toute complicité. Par les mérites combinés d'un échange grammatique (LINE) et d'un autre phonique (mène à G), le texte se voit doté d'une valeur nouvelle, LIGNE, sur laquelle, matériellement, il fait porter l'échange.

    Qu'un son s'absente parce qu'il a envie d'une lettre, ou qu'un alignement se présente en raison du désir d'un nom, le texte en vient à construire un référent neuf, et finit par désigner, pour ne pas qu'on l'oublie, le lieu à compter duquel l'échange s'accomplit.

Voies d'accès

    Alors même qu'en vue d'un sommaire il faille conclure, il paraît opportun de regrouper le tout autour de deux avenues visant de part et d'autre un indice de référence.

    Une première avenue aura permis de saisir le référent tel que trempé dans la nécessaire définition suivante : « ce à quoi un signe renvoie ». Où là, un appui solide à l'endroit d'un « indice de représentation » fut pris. En effet, par un mécanisme d'échange au moyen duquel le signe, en cédant sa place, est venu à s'effacer, le référent est apparu, en guise de substitut, prenant sens et valeur au sein de paramètres entièrement voués à l'entreprise de « représentation » (s'entendent ici les paramètres sémantique, thématique, voire logique - dès lorsqu'on tient compte de la cohérence...). Sans résistance matérielle aucune, le signe fut littéralement renvoyé, s'évanouissant dans un exercice de pure conversion.

    Une seconde avenue a marqué d'une manière distincte, pour ne pas dire opposée, le référent. Retrempé qu'il fut dans une définition le donnant comme « ce à quoi un signe ramène », il aura dû recourir, au constat d'une déficience de l'appareil représentatif, à un « indice de présentation ». En effet, par un mécanisme d'échange au moyen duquel le signe, en occupant sa place, venait à résister, le référent s'est construit en prenant sens et valeur dans le travail porté sur des paramètres investis dans une perspective de présentation (lesquels paramètres, en l'occurrence, sont d'ordre phonique, grammatique, voire syntaxique - dès lors que l'on tient compte de la cohésion). Faisant qu'ainsi, par une résistance matérielle que le signe s'est employé à entretenir, le référent fut ramené à sa place, s'inscrivant dans un exercice de stricte construction.

    D'entre ces deux avenues, il n'y a pas à choisir. Sauf qu'à tout prendre, la situation commande une mise en garde. Bien sûr, rien de dogmatique en soi, mais qui prévient toute de même contre un trop grand « empressement à représenter ». Soit une sorte d'empressement qui toujours nuit à l'échange et qui, par là même, distord l'effet de valeur.

    De là, forcément, l'apparition d'une dérive interprétative.




Page - 1      Page + 1


AS/SA nº 2 (11.1996), Article 4 : Page 8 / 9


© 1996 AS/SA

E-mail to the editors
Pour écrire à la rédaction

22.11.1996