Sorin, Noëlle : « Le personnage- référentiel comme composante de la lisibilité sémiotique »

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    Enfin, pour un récit donné, grâce aux procédures de l'analyse sémiotique, il est possible, entre autres, de mettre en perspective les différentes composantes et catégories de sa lisibilité sémiotique en regard de cette normalité que nous venons d'évoquer. Ceci permet de repérer les conformités, mais surtout les variantes et les écarts à la norme, qui confèrent au texte des difficultés, c'est-à-dire une certaine illisibilité.

    Cependant, notre conception de la lisibilité valorise l'écart en ce sens que notre modèle, dans son application, tient compte des différentes difficultés identifiées pour en faire un objet d'apprentissage. De plus, les écarts, les variantes, sont souhaitables car, en littérature de jeunesse, le danger à tendre vers la normalité, jusqu'à s'y confondre, engendre des romans de grande consommation, stéréotypés et trop peu littéraires.

    Notre modèle de lisibilité est donc un modèle textuel intégratif qui rend compte du fonctionnement systémique du processus de lisibilité. Pour un récit donné, la construction de sa lisibilité est fonction d'une certaine norme textuelle et des écarts à cette norme, et nécessite l'utilisation des procédures d'analyse sémiotique.

    Parmi les composantes de la lisibilité sémiotique, le personnage comme acteur discursif, joue un rôle essentiel. Il peut être analysé sémiotiquement comme signe, comme signification.


Le statut sémiotique du personnage

    La sémiotique considère « le personnage comme un signe ». Le personnage n'est donc pas analysé d'un point de vue psychologique, voire psychanalytique ou d'un point de vue dramatique. C'est son fonctionnement textuel qui est prioritaire, même sur sa littérarité, c'est-à-dire sur les critères culturels et esthétiques de sa caractérisation.

    En sémiotique, d'après Hamon (1977 : 121-122), il existe trois grands types de signes : 1) les référentiels qui « renvoient à une réalité du monde extérieur [...] ou à un concept [...]. Ils font tous référence à un savoir institutionnalisé ou à un objet concret appris » ; 2) les déictiques ou les embrayeurs, c'est-à-dire les traces de la présence de l'auteur, du lecteur ou de leurs porte-paroles (énoncé/énonciation) ; 3) les anaphoriques qui participent des isotopies discursives.

    À partir de ces trois grands types de signes, Hamon (1977) reconnaît l'existence de trois catégories de personnages : une catégorie de personnages-référentiels ; une catégorie de personnages-embrayeurs ; une catégorie de personnages-anaphores. Ici, c'est le personnage-référentiel qui nous intéresse, catégorie comprenant les personnages historiques, mythologiques ou sociaux.

    Tous renvoient à un sens plein et fixe, immobilisé par une culture, à des rôles, des programmes, et des emplois stéréotypés, et leur lisibilité dépend directement du degré de participation du lecteur à cette culture (ils doivent être appris et reconnus). Intégrés à un énoncé, ils serviront essentiellement « d'ancrage » référentiel en renvoyant au grand Texte de l'idéologie, des clichés, ou de la culture ; ils assureront donc ce que R. Barthes appelle ailleurs un « effet de réel » (Hamon, 1977 : 122).




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 5 : Page 3 / 7


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22.11.1996