Sorin, Noëlle : « Le personnage- référentiel comme composante de la lisibilité sémiotique »

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    C'est l'analyse sémiotique qui va mettre en évidence les écarts à la norme, qui confèrent au texte des difficultés. Le processus de lecture ne pourra donc se réaliser pleinement qu'avec un travail pertinent sur ces mêmes difficultés, avec l'aide de l'enseignant, par exemple. Le lecteur empirique devient alors l'opérateur de cette organisation textuelle par laquelle le texte devient lisible, en produisant du sens, de la signification.

    Cependant, le statut sémiotique du personnage déborde le seul personnage-référentiel. Par sa triple distinction de personnage-référentiel, de personnage-embrayeur et de personnage-anaphore, par les liens privilégiés qu'il entretient entre l'actant et l'acteur, par les rôles actantiels et thématiques qu'il supporte, par son signifié et par son signifiant qui le représentent, le prennent en charge et le nomment, par la correspondance entre le héros et les valeurs admises d'une société, par sa position privilégiée de porteur de redondance, par la relation qu'il entretient avec la description, par son rôle de support évaluatif, le personnage apparaît comme un élément incontestable de lisibilité et de cohérence du récit fictionnel.

    Étant donné que le personnage « est autant une reconstruction du lecteur qu'une construction du texte » (Hamon, 1977 : 119), on peut alors proposer aux élèves des activités de lecture et d'écriture sur le personnage. En effet, la théorisation autour du personnage ouvre des perspectives didactiques aussi bien pour l'analyse du récit que pour la classification des personnages ou pour leur production (Reuter, 1988).


Conclusion

    Dans une perspective sémiotique, la didactique de la littérature au primaire et au secondaire, dans l'acte de lecture, s'intéresserait donc aux mécanismes du texte, aux conditions de lisibilité qui y sont insérées, conditions essentielles à cette pratique pour qu'elle puisse se réaliser. Dès lors, l'élève, se concentrant sur ces mécanismes, entre autres, sur celui du personnage-référentiel, devient disponible à l'organisation textuelle. Le texte devient alors lisible.

    Dans une telle optique, les enseignants pourraient proposer des textes plus complexes aux élèves, soit dans leur structure, soit dans les compétences exigées, en travaillant sur l'un ou l'autre aspect. Une telle didactique de la littérature replacerait le texte littéraire au service de la langue, et permettrait aux auteurs de s'éloigner des seules conditions de réception de leur oeuvre, oeuvre de laquelle ils ont évacué toute ambiguïté, toute lecture plurielle. La littérature de jeunesse retrouverait alors toute sa liberté.




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 5 : Page 6 / 7


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22.11.1996