Dubois, Richard : « Brouillards sémiotiques et brouillages politiques »

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    2) ou une nouvelle grille à quatre entrées :

    la fonction META, quasi-inévitable ;

    la fonction référent-monde (texte) ;

    la fonction contexte ;

    et une hyper-fonction rhétorique (Barthes, 1970), où l'on verrait en lieu et place de l'ex-fonction émotive le Sujet réel ; un lecteur réel (ex-conative), donc son émotion ; les moyens de la déclencher (ex-phatique), et « l'accentuation du message pour son propre compte » (ex-poétique). On dira que cette hyper-fonction est « grosse » ; oui, mais elle est clairement fonctionnelle, donc débouche sur des opérations spécifiques à chacun de ses sous-niveaux.

    Il y a donc moins subversion de Jakobson que déplacement d'unités baptisées, puis regroupées, différemment.

    Et le plaisir de voir réapparaître ce qui a déjà existé chez K. Bühler (1934) et dans la sémiosis morrissienne en cinq temps : le « monde » comme « contenu », et « objet » réel.

    Quant aux « flottements », ils ne sont pas nécessairement à éliminer : il y en a toujours, même dans les sciences dures, où l'on tend tout de même à les réduire, et encore plus dans les sciences humaines (« dans leur cas, on ferait mieux de mettre le mot science entre guillemets... », Kristeva, 1981 : 295). La vraie question est de savoir si l'on peut continuer à tout dire et son contraire ; si le « référent » peut être à la fois décrit comme objet du monde, « objet de pensée » (Dubois et al., 1991 : 414), « objet réel » (Ducrot et Todorov, 1972 : 133), et « pas nécessairement... le monde » (Ducrot et Todorov, 1972 : 317).

    La sémiologie comme « lieu d'agressivité et de subversion du discours scientifique » (Kristeva dans Théorie d'ensemble : 87) nous semble ici une idée, qui sans être originale, apparaît comme tout à fait pertinente.

    Courons le risque, mais en allant jusqu'au bout, du renversement de l'intérieur sur l'extérieur ; appliquons systématiquement les règles de l'axonométrie, dont les effets esthétiques pleinement assumés sont eux-mêmes subversifs.

    N'ayons pas peur de voir à nouveau la sémiologie comme « théorie inquiète du non-représentable », en en faisant une lecture à laquelle Julia Kristeva n'a pas nécessairement pensé : une théorie inquiétée par un référent-monde qui serait décrit comme non représentable...




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AS/SA nº 2 (11.1996), Article 6 : Page 7 / 8


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22.11.1996