index.html  Seuils, Limites et Quantification de la Monstruosité



Lydie IBO

Université de Bouaké à Abidjan


 

 

RESUME

Réfléchir sur les notions de seuils, de limites et de quantification à partir d’un extrait des Caractères de Théophraste ouvre des perspectives nouvelles dans l’analyse de ces questions. En effet, ce corpus traite du jugement porté sur « Un vilain homme » par trois actants. L’activité perceptive se rapporte au déploiement des simulacres, qui existent grâce aux seuils et limites. La quantification exprime alors un de leurs modes de fonctionnement, que nous tentons de reconstituer.

En guise de résultats, il y a lieu de retenir que l’activité perceptive des actants montre que la dualité beau / laid renforce la pertinence de la problématique de la monstruosité, sur plusieurs points. Tout d’abord, il s’avère que le fonctionnement des seuils et limites est lié à l’aspectualité, aux modalités, à l’intensité et à l’extensité. Par la suite, il apparaît que les seuils et limites sont tantôt superposés, tantôt inexistants. Et pour terminer, les configurations passionnelles créées par les simulacres inhérents à la monstruosité ont révélé, par la moralisation, les limites et seuils de la discrimination et de la relativité. MOTS CLES : Exposant tensif ; moralisation ; observateur ; quantification ; seuil ; simulacre ; valeur.

 

ABSTRACT

 

A reflection about threshold, limits and quantification in an excerpt from Théophraste’s Caractères opens up new perspectives for their understanding. In fact, the corpus deals with judgments passed on « Un vilain homme » by three actors. The perceptive activity is linked to the deployment of simulacra, which exist thanks to thresholds and limits. Thus quantification expresses one of their modes of functioning, which is the object of our investigation.

As a result, the perceptive activity of the protagonists shows a binary opposition beautiful/ugly, which reinforces the pertinence of the problematic of monstrosity on several points. First of all, the functioning of thresholds and limits is linked to aspectuality, modalities, intensity and extensivity. Second, thresholds and limits overlap at times and are erased at other times. Finally, these passionate configurations created by inherent simulacrum of monstrosity are revealed by moralization, limits and thresholds of discrimination and relativity. KEYWORDS : Moralization; observer ; quantification ; simulacrum ; tensive exponent ; threshold ; value.

 

 

 

 

 

 

La réflexion que nous nous proposons de mener s’inscrit dans l’optique de la continuité de nos recherches en sémiotique du sensible ou sémiotique des passions. Pour tout dire, la sémiotique, comme objet de connaissance des textes, aborde plusieurs aspects de l’interprétation des textes et des langages. De manière plus particulière, la sémiotique du sensible analyse les phénomènes sensibles en privilégiant la perception des émotions, des sentiments ou des sensations. Dans cette perspective, les notions sémiotiques de seuils, de limites et de quantification constituent des facettes importantes d’un aspect de la sémiotique tensive que le chercheur Claude Zilberberg a développée [1]. Il ressort de ses réflexions que les seuils et les limites ont un fonctionnement asymétrique apparent, lié notamment au choix des valeurs et à l’aspectualité. Dans ce travail, l’intérêt de ces questions nous conduira à l’étude d’un corpus extrait des Caractères de Théophraste [2] qui s’appuiera sur les avancées proposées par Zilberberg.

                Le texte intitulé « D’un vilain homme » pose en son sein la question de la perception du beau et du monstrueux, en même temps qu’il laisse apparaître une appréciation qui manifeste une certaine sensibilité. A la lecture du corpus, il appert que ce n’est pas tant le jugement qui pose problème que le double fonctionnement symétrique et asymétrique des seuils et limites du beau et du monstrueux. Il convient alors de s’interroger sur ces notions sémiotiques de seuils et de limites qui modulent la perception de la monstruosité décrite par ce corpus. En outre, il est important de rechercher le principe de la quantification de la perception de la monstruosité ainsi que la perspective morale contenue dans ce récit, dans la mesure où elle apporte un regard particulier sur cette problématique. En effet, l’auteur Théophraste, philosophe de l’antiquité, présente, dans son ouvrage, la diversité des caractères humains par de brefs récits. Et c’est en cela que la dualité beau / monstrueux ouvre l’exploration de nouveaux horizons théoriques. C’est par une présentation des concepts sémiotiques de seuils et de imites et de leurs modes de fonctionnement, fondés sur les parcours narratifs et tensifs, que nous traiterons des implications théoriques manifestées par les simulacres passionnels et l’aspect sémiotique de la moralisation qui transparaissant dans cet extrait, « D’un vilain homme ».

 

 

I. Présentation des concepts

 

Le dictionnaire Le Robert définit le seuil comme étant le « niveau d’un facteur variable dont le franchissement détermine une brusque variation du phénomène lié à ce facteur ». Il a pour synonyme limite qui est glosé par « Point que ne peut ou ne doit pas dépasser une activité, une influence »[3]. Ces synonymes sont, entre autres, frontière, extrémité. Il apparaît donc que le seuil est franchissable, tandis que la limite indique l’infranchissable.

Dans la théorie sémiotique, l’approche définitionnelle n’est pas radicalement distincte de celle présentée par Le Robert. Toutefois, en tant que concepts, ces différents termes se distinguent par plusieurs acceptions. Ainsi, du point de vue sémantique, les seuils et limites sont définis comme les frontières ou délimitations entre divers phénomènes et plusieurs nuances de sens par rapport à une norme [4] ; ces frontières expriment notamment une appréciation. En outre, ils désignent les étapes de l’évaluation des échelles de grandeur : ils peuvent donc représenter le début, les intervalles et la fin. Dans ces cas-là, les limites correspondent au début et à la fin ; les seuils indiquent les intervalles.

Du point de vue narratif et tensif, les seuils sont considérés comme la répétition d’un phénomène. En revanche, les limites se spécifient par l’absence de répétition [5]. Il est à noter également que les seuils et limites peuvent s’appréhender par l’aspectualisation contenue dans un segment [6]. De plus, par rapport aux paramètres de l’intensité et de l’extensité coextensifs à l’aspectualisation, les seuils constituent un élément supportable ou acceptable [7], conformément à la norme, tandis que les limites sont de l’ordre de l’inacceptable, de l’insupportable. C’est que « Dans le rapport du sujet à l’objet "mauvais", le tolérable a pour manifestante un seuil et l’intolérable une limite » [8]. Par conséquent, en plus de l’idée de profondeur signifiée par cette citation, la présence réelle de la perception sensible particularise les seuils et limites. Ce qui revient à dire qu’au-delà de l’étude narrative, l’analyse tensive tient, sans aucun doute, une place importante.

Dans le cadre de notre réflexion, il est également utile de préciser que les seuils et limites ont fondamentalement un rapport à la « dimension existentielle » du discours [9]. C’est donc un sens phénoménologique que la théorie sémiotique exploite avantageusement. De plus, « Seuils et limites apparaissent comme des "points sensibles" : quand ils sont approchés, atteints ou dépassés, ils déclenchent des programmes et des contre-programmes modaux et d’assimilation et de dissimilation » [10]. Il convient alors de souligner que Claude Zilberberg va bien au-delà de l’idée de frontière en abordant le principe de leur fonctionnement narratif.

De tout ce qui précède, il faut alors comprendre que les seuils et limites peuvent s’étudier par l’application des schémas narratifs canonique ou passionnel. Mais auparavant, une recension des seuils et limites de notre corpus s’avère nécessaire pour les analyses proposées.

 

 

 

II. Les seuils et limites de la monstruosité chez Théophraste

 

Pour aborder l’examen proprement dit de notre corpus, il est indispensable d’en faire l’inventaire dont le but est de confirmer la présence effective des seuils et limites de la monstruosité, sous divers aspects de l’étude discursive, dans le corpus ci-dessus.

 

1. Un inventaire diversifié

 

Ce caractère suppose toujours dans un homme une extrême malpropreté, et une négligence pour sa personne qui passe dans l’excès et qui blesse ceux qui s’en aperçoivent. Vous le verrez quelquefois tout couvert de lèpre avec des ongles longs et malpropres, ne pas laisser de se mêler parmi le monde, et croire en être quitte pour dire que c’est une maladie de famille, et que son père et son aïeul y étaient sujets. Il a aux jambes des ulcères. On lui voit aux mains des poireaux et d’autres saletés, qu’il néglige de faire guérir ; ou s’il pense à y remédier, c’est lorsque le mal, aigri par le temps, est devenu incurable. Il est hérissé de poil sous les aisselles et par tout le corps, comme une bête fauve ; il a les dents noires, rongées, et telles que son abord ne peut souffrir. Ce n’est pas tout : il crache ou il se mouche en mangeant ; il parle la bouche pleine, fait en buvant des choses contre la bienséance ; il ne se sert jamais au bain que d’une huile qui sent mauvais, et ne paraît guère dans une assemblée publique qu’avec une vieille robe et toute tachée. S’il est obligé d’accompagner sa mère chez les devins, il n’ouvre la bouche que pour dire des choses de mauvais augure. Une autre fois, dans le temple et en faisant des libations, il lui échappera des mains une coupe ou quelque autre vase ; et il rira ensuite de cette aventure, comme s’il avait fait quelque chose de merveilleux. Un homme si extraordinaire ne sait point écouter un concert ou d’excellents joueurs de flûtes ; il bat des mains avec violence comme pour leur applaudir, ou bien il suit d’une voix désagréable le même air qu’ils jouent ; il s’ennuie de la symphonie, et demande si elle ne doit pas bientôt finir. Enfin, si étant assis à table il veut cracher, c’est justement sur celui qui est derrière lui pour donner à boire (« D’un vilain homme »).

 

Ainsi, le texte « D’un vilain homme » présente la perception du comportement, jugé déplaisant, voire monstrueux, d’un homme. Les seuils et limites se distinguent alors à travers différentes perceptions, par l’ensemble des verbes de perception, l’emploi des lexèmes et expressions révélant la monstruosité de l’homme.

Les verbes de perception sont de trois ordres et marquent trois seuils et limites de ce caractère humain. Ce sont les verbes tels que « suppose », « ne sait point », relevant de la perception mentale et qui infèrent une activité cognitive. Ces verbes indiquent le développement de la réflexion sur le comportement du vilain homme ; ils induisent une observation préalable du sujet. Il y a également des verbes de perception visuelle comme « aperçoivent » et « voit », qui par ailleurs sont élidés dans la plupart des syntagmes. Quant au verbe « sent », il manifeste la perception olfactive. L’ensemble de ces verbes esquisse les seuils de la perception et exprime les limites des différents types de perception, grâce à la perception mentale, visuelle et olfactive. La perception mentale constitue une borne dont le franchissement permet d’obtenir les perceptions visuelles et olfactives. Précisément, l’activité cognitive suscitée par la perception mentale se déploie au début des segments perceptifs, comme pour en permettre leur apparition. Elle est une limite qui, une fois franchie, engendre les autres perceptions ; toutefois, dans le cas précis de ce texte, elle n’apparaît pas à la fin des segments perceptifs. Les seuils correspondent donc aux perceptions olfactives et visuelles qui sont autant d’intervalles indiquant différentes perceptions. Dès lors, nous pouvons comprendre qu’il existe une qualité sensible dans le franchissement des seuils et limites.

Cependant, les seuils et limites se déterminent également grâce aux syntagmes nominaux, adjectivaux, prépositionnels et verbaux relatant la monstruosité de l’homme. Ceux-ci composent les isotopies de l’hygiène corporelle avec les lexèmes « malpropreté », « négligence », « ulcères », « poireaux », « saletés » et l’expression « couvert de lèpre » ; du portrait physique et comportemental, par l’emploi de « ongles longs et malpropres », « hérissé de poil », « dents noires, rongées », « crache ou il se mouche en mangeant », « la bouche pleine », « sent mauvais », « vieille robe et toute tachée », « dire des choses de mauvais augure » ; ainsi que de la tenue en société avec « bat… avec violence », « une voix désagréable ». Dans cet ensemble de signes, les seuils sont indiqués par l’idée de l’excès ou de l’extrême. Ainsi donc « malpropreté », « couvert de lèpre », « ongles longs et malpropres », « hérissé de poil », « dents noires, rongées », « la bouche pleine », « sent mauvai s», « vieille robe et toute tachée », « dire des choses de mauvais augure », « bat… avec violence », « une voix désagréable » sont des variantes de l’excessif et de l’extrême. Les limites, quant à elles, s’identifient par l’isotopie de la laideur et de la beauté. Cependant, à ces expressions, il faut adjoindre les expressions adverbiales et les adverbes de temps « toujours », « quelquefois », « une autre fois » qui précisent à nouveau les seuils et limites.

L’analyse des différents éléments retenus montre alors que, du point de vue discursif, les seuils et limites sont de natures diverses ; nous avons des noms, des adjectifs, des verbes, des adverbes, des prépositions. Cependant, ils ont tous en commun deux notions : l’aspectualité et la quantification.

 

2. Aspectualisation, seuils et limites

Dans la perspective de l’étude discursive, le paramètre de l’aspectualité est lié à la temporalité et à la valeur des temps du procès. Précisément, « En le situant dans le temps, on dira que l’aspectualisation est une surdétermination de la temporalité et que le procès, tout en étant temporel, n’est connaissable que grâce à ses articulations aspectuelles » [11]. Ce qui confirme que la reconnaissance des seuils et limites de la monstruosité est rendue aisée grâce à l’aspectualisation. Cela revient à dire qu’à chaque isotopie retenue correspond une aspectualité. Celle-ci peut être alors considérée comme un seuil ou une limite. Ainsi donc, nous remarquons que le procès se distingue par des articulations aspectuelles conformes aux différentes isotopies. De ce fait, l’isotopie de l’hygiène corporelle est introduite par l’aspect duratif indiqué par « toujours ». Le terminatif ne peut être évoqué, puisqu’il s’agit d’un état continu. Dès lors, l’adverbe désigne une limite qui traduit la permanence du caractère monstrueux, confirmée par « ne pas laisser de se mêler ». A la suite de cela, les verbes au présent  «blesse », « aperçoivent », « pense », « néglige » annoncent l’inchoatif et se spécifient par l’absence du terminatif. Le verbe « étaient » renvoie au duratif, tandis que le futur « verrez » marque l’itération ou une durativité discontinue [12]. Il apparaît alors que les limites de la monstruosité se déclinent en plusieurs seuils conséquents à l’aspectualité. En aucune façon le franchissement des limites de la monstruosité n’est envisagé sous l’aspect terminatif, mettant fin à la perception de ce caractère. En outre, les procès portant sur les isotopies du portrait physique, comportemental et de la tenue en société s’inscrivent dans la même logique de l’absence du terminatif et de la présence de l’inchoatif ainsi que du duratif.

Les démarcations des seuils et limites s’avèrent donc pertinentes dans ce procès, puisqu’elles semblent établir des seuils et limites indéfinis, illimités. Et cela contrairement à ce que l’on aurait pu penser ; car le principe de fonctionnement d’un seuil et d’une limite est justement de construire des barrières. Or, dans ce corpus, il n’en va pas ainsi ; les seuils et limites ne déterminent pas totalement des frontières. Mieux, on peut suggérer que les seuils deviennent des limites, à la fin des segments propres à une isotopie donnée. L’isotopie se termine alors par un seuil qui devient dans le même temps une limite démarcative. Dès lors, il appert que le seuil peut se transformer en limite et avoir la double fonction symétrique d’intervalle et de démarcatif.

Cependant, les paramètres de la quantification peuvent contribuer à déterminer de façon plus importante la recherche des différents aspects des seuils et limites de la monstruosité, en révélant également une spécificité de leur fonctionnement dans le corpus, spécificité liée à l’examen préalable du tensif.

 

 

3. Les exposants tensifs, les seuils et les limites

 

En poursuivant notre étude au niveau tensif, nous aboutissons aux exposants tensifs [13] qui préfigurent également la relation du sujet à l’objet, dans le contexte lié aux notions de seuils et limites. Il faut alors comprendre que les exposants tensifs sont des grandeurs de « l’ordre de l’intensité et de la quantité » [14] qui se mesurent dans l’espace de la perception. L’intensité [15] est corrélée à l’extensité ; cette dernière manifeste l’étendue ou la quantité, tandis que l’intensité indique l’énergie déployée au cours de l’activité perceptive. En outre, les exposants tensifs ou gradients de l’intensité et de l’extensité déterminent les variations de degrés de présence des sujets et objets de la perception. Ils orientent le sens du discours par la quantification [16].

Au-delà de la théorie qui justifie cette application des exposants tensifs à ce corpus, l'étude des seuils et limites de la monstruosité s’appuie sur la dualité beau / laid, ce qui veut dire que nous ne pouvons plus faire abstraction du beau, puisque la quantification semble ne pas être pertinente lorsque l’on omet le beau. A cet effet, l’intensité est matérialisée dans le corpus par les lexèmes tels que « extrême », « excès », « tout », « longs », « incurable », « merveilleux », « si extraordinaire », « excellents ». Ceux-ci traduisent les formes de l’excès, de l’exagération, selon des pôles positifs et négatifs. Ils indiquent, de ce fait, la dualité du caractère : le laid et le beau. En réalité, l’expansion peu importante des seuils du beau favorise la progression des seuils du laid qui s’étend tout au long du texte. La limite de la monstruosité est créée avec cet unique mot « extrême » ; celle de la beauté, par « merveilleux ». Cela revient à dire que les limites sont quasiment inexistantes ; mais paradoxalement, ce défaut de leur diffusion n’occulte pas leur intensité.

Pour ce qui concerne les autres lexèmes, ils figurent les seuils de ces deux pôles qui sont donc franchis avec autant d’intensité, quel que soit le lexème. Nous notons que le pôle de l’intensité négative domine l’ensemble de ces lexèmes, au point que sa dissémination se perçoit de manière accentuée tout au long du texte. De ce fait, entre l’intensité et l’extensité, il existe une profondeur née de la différence entre l’extensité faible et la tonicité de l’intensité. La présence des seuils et limites de la monstruosité surpasse celle de la beauté et devrait indiquer l’appréciation des sujets percevants face au vilain homme.

Par ailleurs, en prenant en compte les lexèmes de la monstruosité, tels que « mauvais », « tout », la quantification est liée à la répétition des mots et elle induit un effet d’intensité, similaire à celui des lexèmes de l’excès. De plus, nous obtenons le même résultat qui crée l’effet d’intensité, en nous appuyant sur la concentration et l’extension des sèmes formant l’isotopie de la monstruosité. Il faut encore souligner que la quantification est réalisée en fonction de la gradation des données suivantes : « Une autre fois », « ou bien », « enfin ». Ces éléments traduisent les gradients de l’intensité ; ils marquent autant d’étapes dans l’accroissement de l’intensité, par la variété des lexèmes et l’idée de l’addition qu’ils transmettent. Le schéma de la densité de la présence des seuils et limites figure donc les rapports entre ces différents éléments.

 

 

Ce qui est remarquable dans les lexèmes du beau c’est qu’ils ont tous un aspect excessif, contrairement à la laideur dont la perception ne réside pas entièrement dans l’exagération, mais également dans une présence tonique, tout au long du texte. Ainsi donc, au niveau de l’extensité et de l’intensité, il y a lieu de dire que l’isotopie de la monstruosité est plus étendue que celle de la beauté dans l’ensemble du texte. L’extensité peut se symboliser par une courbe ascendante qui fait ressortir le tri en faveur du monstrueux. Plus il y a du laid, moins le beau peut se manifester. Les paraboles dessinées par une telle combinaison de l’extensité et de l’intensité décrivent le déséquilibre dû à la fois à l’intensité et à l’extensité importantes du monstrueux. Ce qui peut laisser entendre que l’effet du beau est affaibli, comme pour être occulté. Et de ce point de vue, l’analyse narrative des programmes nous confortera dans l’évolution particulière des seuils et limites de la monstruosité.

 

 

 

III. Programmes et contre – programmes modaux

 

L’analyse narrative des seuils et limites fait intervenir le niveau discursif, avec les actants de l’énonciation et le niveau narratif, par la modalisation. Dans la perspective discursive, elle révèle l’apparition d’un énonciateur qui perçoit le vilain homme. Par rapport à cette logique de la perception, il aurait pu s’agir alors d’un observateur dont le rôle est de percevoir les sensations, « d’exercer le faire réceptif et, éventuellement, le faire interprétatif de caractère transitif (c’est-à-dire portant sur les actants et les programmes narratifs autres que lui-même ou son propre programme) » [17]. L’observateur, par son rôle cognitif plus étendu, permet notamment d’examiner les agencements modaux. Mais, à ces différentes fonctions de l’observateur, il faut adjoindre celle de l’énonciateur dont l’une des tâches évoquées ici est de décrire objectivement l’allure physique et le comportement social du vilain homme.

Le sujet énonciateur est inscrit dans ce corpus par la première phrase : « Ce caractère… ». Il est implicitement installé dans le texte grâce au débrayage confirmé par « dans un homme », « pour sa personne », « vous le verrez », « son père et sa mère », « Il a », « On lui voit », « qu’il néglige », « s’il pense », « Il est hérissé », « il a les dents », « il crache […] il se mouche […] il parle », « il ne se sert », « s’il est obligé […] il n’ouvre », « il lui échappera », « et il rira […] il avait fait », « un homme si extraordinaire », « il bat […] il suit d’une voix », « il s’ennuie », « il veut cracher ». Son rôle est principalement celui d’énoncer le caractère du vilain homme. A cet effet, le discours qu’il tient montre l’existence de trois actants : l’énonciateur-observateur qu’il devient par la perception, le vilain homme et l’énonciataire. C’est par le biais de ces trois actants que les agencement modaux des différents programmes et contre-programmes sont reconnus.

La manipulation dont l’énonciateur-observateur est l’objet provient de l’observation minutieuse du comportement « qui blesse ». Sa compétence apparaît avec le développement du /devoir/, /vouloir/, /pouvoir/ et /savoir/. Le /devoir/ de dire ce qui blesse le regard fait de ce discours une nécessité apparaissant comme un avertissement et une information utiles à qui se trouverait face à un si vilain homme. Le /pouvoir/ dont il use est conséquent à son /savoir/ dans la mesure où la reconnaissance d’un tel comportement lui permet de trouver les mots pour le dire. Cependant, une telle compétence bute contre l’expression du beau. Et cela constitue une limite, car avec l’appréhension du beau, il est entendu que la compétence modale change. En effet, la reconnaissance du beau relève de l’admiration. Admiration pour un comportement aussi extrémiste qui ne s’inquiète de rien, du qu’en dira-t-on. Dès lors, la compétence modale est la suivante : /devoir/ dire l’admiration ; /vouloir/ faible, puisque l’expression du laid tente d’occulter le beau ; /pouvoir/ incontrôlé, ce qui signifie que cela est plus fort que lui, que cela ne relève pas de sa capacité et enfin un /savoir/ fortement objectif. La confrontation des deux agencements modaux confirme les deux programmes et contre-programmes modaux. Ils restent eux-mêmes conforment à la bipolarité beau/laid, dans laquelle le laid est prépondérant. La limite de la beauté déclenche un contre-programme modal qui n’est remarquable que par l’excès similaire au programme de la monstruosité. La sanction qui découle de ce discours est libre, laissée à l’appréciation de l’énonciateur, même si le jugement doit pencher en faveur du comportement scandaleux, à proscrire.

En nous fondant sur l’observateur, le discours est centré sur la perception. De ce fait, le sujet percevant est tantôt l’observateur proprement dit, tantôt un actant percevant. Ces actants existent dans la mesure où l’objet est présent dans leur horizon et que ce même objet exerce une attraction sur eux, pour s’imposer à eux [18]. L’agencement modal dans la perception est constitué alors d’un /ne pas vouloir/ + /devoir/ contraint par la force des choses, suivi d’un /ne pas pouvoir/ se défaire de cette perception qui est accompagné par un /ne pas savoir/, résumant le refus de l’information reçue au cours de l’activité perceptive. Par ce fait même, le sujet percevant s’inscrit dans l’agencement suivant : /ne pas vouloir/ + /devoir/ + /ne pas pouvoir/ + /ne pas savoir/. Les différentes modalités négatives indiquent un sujet esthésique qui régresse vers l’univers indifférencié où il y a à peine un choix de valences à faire. C’est donc un presque sujet qui subit la perception, car il s’en serait bien passé. Il peut être sous le coup du dégoût, et atteindre ainsi la limite de l’insupportable. Dans ce cas là, il y a lieu de dire que les deux agencements modaux traduisent non pas des seuils, mais plutôt des limites différentes, conséquentes aux discours narratif et perceptif. L’agencement modal du discours narratif est l’inverse de celui du discours perceptif, voire esthésique. Ce sont donc les modalités qui distinguent les limites de la perception et de la narration. Ce que les autres aspects de la théorie avaient également pu faire ressortir d’une autre manière. Cependant, en orientant notre réflexion sur les simulacres passionnels, les seuils et limites contribuent à apporter quelques précisions sur le parcours tensif.

 

 

 

IV. Les implications théoriques : simulacre, moralisation et relativité

 

1. Simulacre et moralisation

 

Le terme de simulacre, provenant de la littérature antique grecque, est défini par la vraisemblance, la similarité. Il était employé dans la littérature de cette époque, avec des acceptions bien plus étendues que celles que nous évoquons. Ainsi, Théophraste avait rédigé des passages portant sur la notion du simulacre dans lesquels le sens de simulation était mis en avant [19]. Lorsque la sémiotique introduit ce concept dans la théorie, c’est pour en faire une notion que l’on retrouve au niveau de la sémiotique du sensible, et qui s’appuie essentiellement sur la même approche de la simulation que par le passé.

Ainsi donc, pour la sémiotique, le simulacre est d’abord explicité comme un simulacre existentiel présenté par « les jonctions projetées par le sujet dans l’espace imaginaire ouvert par les modalités » [20]. C’est dire que le simulacre est déterminé en fonction du sujet et de son existence dans l’univers. Pour Denis Bertrand, les objets visés par le sujet, dans cet univers, « se trouvent soudain dotés de qualités syntaxiques et sémantiques inédites » [21]. De ce fait, le simulacre décrit d’abord cette relation particulière entre le sujet et les objets, dans le cadre de la perception. Par la suite, il est déterminé par les simulacres passionnels définis comme l’ensemble des structures censées « rendre compte des conditions et des pré-conditions de la manifestation du sens et, d’une certaine manière, de "l’être" » [22]. Ce qui signifie que le simulacre passionnel exprime le rapprochement entre sujet et objet ; celui-ci par la simulation devient un actant évoluant indépendamment du sujet. Le simulacre peut donc se percevoir comme un élément assurant l’interprétation du discours de type passionnel. Et du point de vue théorique, les simulacres s’analysent, entre autres, au niveau discursif. L’étude vise alors à réfléchir sur la transformation « en un actant autonome » [23] de l’objet de désir, transformation opérée en particulier au niveau de la moralisation. De façon pratique, l’étude des simulacres comprend donc l’examen des modalités et des modulations tensives des différents actants, dans le cadre d’un échange de leurs simulacres respectifs.

Il convient de souligner que dans le cas de ce corpus, les simulacres existentiels et passionnels sont créés par les seuils et les limites du beau et du monstrueux. Ils indiquent le vilain homme comme étant le sujet perçu par plusieurs sujets percevants. La perception de ces différents sujets précise leurs simulacres respectifs et le rapport établi entre eux par ces simulacres. A l’analyse, il se dégage l’idée que les limites de la monstruosité s’imposent aux sujets percevants. Pire, une fois ces limites franchies, les seuils de la perception assujettissent les sujets. Ils n’ont donc pas la possibilité de nier la perception de l’objet. La saisie devient une contrainte et la visée n’existe pas, puisque les sujets percevants ne visent pas ce sujet dans leur champ de présence [24] : « Vous le verrez quelquefois tout couvert de lèpre avec des ongles longs et malpropres, ne pas laisser de se mêler parmi le monde ». Par conséquent, le sujet perçu exerce une attraction inévitable. Par sa présence dans le monde, il impose son /vouloir être/, son /pouvoir être/, son /pouvoir faire/ et son /savoir/, manifestés par autant de seuils. Quant à son mode de vie, il ne relève guère du /devoir/, puisqu’il adopte une attitude qui lui paraît normale : « croire en être quitte pour dire que c’est une maladie de famille ».

Il y lieu de dire que les limites de la perception des sujets percevants dévoilent les modalités du /non devoir être/, du /non pouvoir être/, du /non vouloir faire/, du /non savoir/. Tandis que les seuils sont constitués par le /non devoir/, le /non vouloir/, le /non pouvoir/ et le /savoir/. Ces modalités traduisent la différence dans le mode de passage des limites aux seuils. De ce fait, la limite est déterminée par des modalités négatives qui dans le cas du /non savoir/ s’expliquent par les trois expressions marquant les seuils « Une autre fois », « ou bien », « enfin » qui rappellent que les sujets percevants ne savent pas tout de ce vilain homme et que plusieurs informations doivent être fournies. Les seuils se distinguent par la modalité positive du /savoir/ qui surdétermine l’agencement modal. Elle manifeste, d’une part, l’évidence de la connaissance du caractère du vilain homme et confirme, d’autre part, le refus des sujets percevants. En conséquence, le franchissement d’une limite à un seuil est fonction de l’intégration de la modalité positive du /savoir/ qui symbolise ce passage. Par ailleurs, il appert que la confrontation des seuils et limites des différents simulacres n’indiquent pas un échange entre simulacres mais plutôt que le sujet perçu impose ses simulacres tandis que ceux des sujets percevants sont absorbés.

Par ailleurs, au niveau du tempo, les limites engendrent l’impulsion de l’activité perceptive. Elles constituent un tempo inexistant ou figé. Les seuils, bien au contraire, ralentissent, par leur nombre, la perception totale de la monstruosité. Il en va de même pour les seuils de la beauté. Il y a lieu de reparler de l’aspect qui apparaît corrélé au tempo, ne serait-ce que par l’impulsion, puisqu’elle traduit le début, c’est-à-dire l’inchoatif. Mais il faut alors préciser que là où le tempo a fait défaut, l’aspect s’est développé. Dès lors, les limites indiquent ce moment où tout est confondu et dans le même temps, laissé à l’appréciation des sujets percevants. La logique de leur existence tensive se comprend alors avec cet aspect de la valeur et de la moralisation.

Ce qu’il faut noter de la moralisation concerne surtout la sanction, donc l’appréciation apportée au parcours passionnel [25]. Il s’agit alors de statuer sur l’axiologie de la configuration passionnelle présentée. De plus, la moralisation est ce moment où la théorie prend en compte la société, pour juger de la qualité des valeurs existantes. Dans cette perspective, les seuils et limites manifestent l’existence passionnelle des sujets percevants et perçus vivants dans une communauté. La moralisation doit donc pouvoir rappeler le choix des valeurs des actants. A ce propos, il apparaît que les sujets percevants sont à la limite des sujets esthésiques, incapable de distinguer les formes de l’univers pour en faire des choix. Dans le même temps, le sujet perçu, objet de l’attraction des sujets percevants atteint la limite de la perception, pour évoluer au gré des seuils de la perception. L’axiologie construite autour de ces différents sujets indique cette transformation opérée lors de la perception.

En effet, au cours de l’activité perceptive, les seuils et limites ont établi l’axiologie, dans le sens où le refus de la perception est une non reconnaissance. La valeur ordinairement vécue par les sujets percevants est la bienséance : « fait en buvant des choses contre la bienséance ». Dès lors, tenter d’occulter le vilain homme, c’est le dénier de valeur. Or, le vilain homme impose l’acceptation de valeurs différentes qui sont la mauvaise tenue et la mauvaise éducation. De ce fait, franchir les limites de la monstruosité c’est côtoyer le seuil de l’inacceptable. C’est également la manifestation de la tension entre l’incorrect et le correct, tout en désignant le correct comme la norme. Pourtant, dans ce contexte, l’axiologie du franchissement des limites est inversée, en sorte que l’exclusion devient participation. Cela signifie que les seuils et limites révèlent dans ce corpus le développement d’une contre-valeur qui est tolérée et ne peut être qu’acceptée par la communauté. La spécificité de l’inversion des sujets est donc corroborée par le développement des seuils, limites et valeurs inversés.

 

 

2. Discrimination et relativité

 

Les implications théoriques de la problématique des seuils et limites, avec notamment la question des valeurs inversées, permettent d’explorer la discrimination et la relativité comme l’un des aspects de la valeur. Le corpus se prête d’autant plus à cette forme de réflexion que l’auteur Théophraste d’Erèse l’a rédigé notamment dans la perspective de l’instruction morale. Il consacra d’ailleurs la plupart de ses textes aux sciences naturelles, à la rhétorique et à l’éthique. Les Caractères manifestent son habileté à la peinture psychologique et son goût pour les portraits détaillés des humains, entre l’enseignement et le divertissement. Et cette dernière partie de notre réflexion ambitionne également de montrer le talent de cet auteur, collaborateur d’Aristote.

Il ressort de nos analyses que ce texte présente deux facettes d’un phénomène humain, à savoir la beauté de l’homme et la monstruosité de son caractère. La bipolarité des phénomènes peut être considérée comme évidente et donc n’est plus à démontrer. En revanche, ce sur quoi nous devons nous attarder c’est d’abord la question de la discrimination et de la relativité.

La discrimination a pour synonymes [26] distinction et ségrégation. Par rapport au corpus, elle est l’un des résultats de l’analyse des seuils et limites. En effet, il apparaît dans ce texte que le partage entre deux univers est effectif. Il est dit à ce propos : « des choses contre la bienséance ». Ce syntagme constitue les seuils du bien et du mal, de la bienséance et de la mauvaise tenue. Dès lors, tout ce qui précède ce syntagme et y succède révèle la discrimination. En même temps qu’elle met en valeur la laideur, elle donne tous les contours de la beauté. Le refus d’accepter la monstruosité se traduit par le rappel de la bienséance. Par ailleurs, à travers ce texte se dessine la relativité du point de vue. C’est dire que pour les trois actants que sont l’énonciateur-observateur, le vilain homme et l’énonciataire, la beauté et le monstrueux sont relatifs. De ce fait, du point de vue de l’énonciateur-observateur, la discrimination peut exister et se développer dans l’univers. Ce qui fait apparaître ses propos comme suffisamment objectif, par l’ensemble des informations qu’il donne. Il est à la fois un énonciateur qui apporte des informations connues du seul vilain homme et un observateur qui énonce objectivement ce qu’il perçoit. Cependant, du point de vue du vilain homme, rien d’anormal ne se déroule. Il n’y a pas, pour lui, de bienséance et de comportement inconvenant. Il nie l’appréciation qui est faite sur son comportement ; il ira jusqu’à rire de ses aventures, jusqu'à se trouver des justifications tout à fait acceptables de son allure physique « c’est une maladie de famille ». Pour le vilain homme, il ne fait rien qui aille contre l’ordre établi. Il ne peut donc pas envisager de corriger son comportement ; certes, il le justifie, mais cela semble n’avoir aucune importance puisqu’il continue de franchir les seuils de la monstruosité.

Quant à l’énonciataire, il a un autre regard sur le monstrueux ; il ne veut pas le voir et ce n’est que sous la contrainte qu’il perçoit toute la laideur du vilain homme. La relativité transparaît dans la discrimination, c’est-à-dire le choix de l’angle qui est privilégié. Il y a trois choix, tous relatifs et tous discriminatoires. Ce qui signifie que la distinction des seuils et limites est discriminatoire à partir du moment où elle met en jeu la praxis sociale ou communautaire [27]. Les seuils et limites sont donc à même d’être en partie des régulateurs dans le privilège accordé aux valeurs, en sorte que l’exclusion devienne participation. La seule difficulté à résoudre serait alors que l’acceptation et l’intégration de l’exclusion comme élément de la participation ne se fasse plus unilatéralement. En écrivant ce récit, dans la perspective moralisante, Théophraste d’Erèse voulait certainement signifier la relativité des points de vue et montrer la détermination de la communauté à refuser la discrimination. Mais franchir les limites du cloisonnement des individus de la communauté pour embrasser les seuils de la tolérance n’est pas toujours aisé. S’il est vrai que l’on peut fermer les yeux dans le souci de l’assimilation, il est aussi vrai qu’il n’y a pas de réciprocité absolue.

 

 

 

CONCLUSION

 

Pour conclure, rappelons que la question des seuils et limites a été développée en tenant compte de la double perspective de la sémiotique narrative et tensive. Le corpus, un portrait des Caractères de Théophraste d’Erèse, a permis de diriger notre argumentation sur plusieurs points et de parvenir à quelques résultats. L’analyse a alors consisté à rechercher les diverses acceptions des seuils et limites de la monstruosité, suivie de leur inventaire, tel que le corpus les présente. Une fois la classification réalisée, il s’est agi d’examiner l’aspectualisation contenue dans les seuils et limites, ainsi que les exposants tensifs certifiant leur réalité, au niveau discursif et tensif. Cela nous a donné la possibilité de travailler sur les schémas narratif et tensif.

Il résulte de cette réflexion que l’aspectualité parvient à déterminer et à spécifier les seuils et limites, dans le sens où le seuil peut être inversé en limite. Dans ce cas-là, le seuil n’a plus uniquement le sens d’intervalle, mais il devient aussi un démarcatif. A côté de ce double rôle réversible d’intervalle et de démarcatif, les seuils et limites se distinguent par le fonctionnement spécifique des exposants tensifs. Ceux-ci manifestent par deux paraboles le déséquilibre important entre l’intensité et l’extensité, de sorte que la quantification du beau, le versant opposé du laid, est presque inexistante.

Il est à noter également que les schémas narratifs et tensifs révèlent que les modalités définissent les seuils et les limites de la narration et de la perception par des agencements modaux inversés. Ceux-ci décrivent, de cette manière, les limites des discours narratif et perceptif de type esthésique. En outre, il n’existe pas d’échange entre les simulacres des sujets percevants et perçu, mais il s’opère une inversion grâce à l’absorption des sujets percevants par le simulacre du sujet perçu, de sorte que l’axiologie s’en trouve inversée : l’exclusion devient participation, sous la contrainte.

 

 

 

 

 


BIBLIOGRAPHIE

 

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[1] Zilberberg, Claude. « Seuils, limites, valeurs », dans Questions de sémiotique. Paris : PUF, 2002, p. 341-360.

[2] Théophraste. « Le répugnant », dans Caractères. Paris : Les Belles Lettres, 1964, p. 77-78 et La Bruyère, Jean de. « D’un vilain homme », dans Les Caractères. Paris : Imprimerie nationale Editions, 1998, p. 113-114. De son vrai nom Tyrtame, Théophraste (divin parleur) est né en 372 avant Jésus Christ. C’est en tant que disciple d’Aristote qu’il enseignait la philosophie. Il écrivit plus de deux cents traités, dont celui des caractères. Sa notoriété n’a fait que s’accroître jusqu’en 287 avant Jésus Christ, année pendant laquelle il mourut, voir Collectif. Inventeurs et scientifiques. Dictionnaire de biographies. Larousse. Paris, 1994.

[3] Robert P. Le Petit Robert. Paris : Dictionnaire Le Robert, 1978.

[4] Greimas A.J. et Fontanille J. Sémiotique des passions. Des états de choses aux états d’âme. Paris : Seuil, 1991, p. 113.

[5] Collectif. Questions de sémiotique. Paris : PUF, 2002, p. 347.

[6] Greimas A.J. et Courtés J. Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage. Paris : Hachette, 1993, p. 324. Le segment est le résultat du découpage de notre corpus, «  en grandeurs plus maniables » en vue de leur analyse.

[7] Fontanille J. et Zilberberg Cl. Tension et signification. Liège : Mardaga, 1998, p. 115.

[8] Collectif. Questions de sémiotique. p. 343.

[9] Collectif. Questions de sémiotique. p. 341.

[10] Ibidem.

[11] Greimas A.J. et Courtés J., op. cit., p. 22.

[12] Ibidem, p. 200.

[13] Fontanille Jacques. Sémiotique et littérature. Paris : PUF, 1999, p. 76.

[14] Fontanille J. et Zilberberg Cl., op. cit., p. 14.

[15] Op. cit., p. 76-78.

[16] Collectif. Action, passion, cognition. D’après A. J. Greimas. Québec : Nuit Blanche et Pulim, 1997, p. 167.

[17] Greimas A.J. et Courtés J., op. cit., p. 259.

[18] Greimas A.J. et Fontanille J., op. cit., p. 21-26.

[19] Théophraste d’Erèse a traité quelque peu du simulacre dans Métaphysique, un de ses essais.

[20] Greimas A.J. et Fontanille J., op. cit., p. 83.

[21] Bertrand D. Précis de sémiotique littéraire. Paris : Nathan, 2000), p. 239.

[22] Greimas A. J., Fontanille J., op. cit., p. 11.

[23] Bertrand D., op. cit., p. 244.

[24] En sémiotique tensive, les notions de visée et saisie manifestent l’activité perceptive déployée dans l’univers dans lequel le sujet percevant est placé. Dans la mesure où les objets exercent une attraction, le sujet les vise et les saisie, dès l’instant où ce sujet leur montre un intérêt. Cependant, lorsque le sujet subit l’attraction des objets, et fusionne avec l’objet, il s’agit d’une particularité de la perception, qui devient dès lors une perception esthésique, voir Greimas A.J. et Fontanille J., op. cit., p. 30-31 et Fontanille J., op. cit., p. 227.

[25] Bertrand D., op. cit., p. 234-235.

[26] Robert P. Le Petit Robert. Paris : Dictionnaire Le Robert, 1978.

[27] Greimas A. J., Fontanille J., op. cit., p. 67 et 86-87 et Bertrand D., op. cit., p. 239-250.