index.html  Sémiotique politique appliquée

 


Bernard LAMIZET

 

Institut d’Études Politiques de Lyon

 

 

 

Résumé

 

L’énonciation articule trois instances, le réel, le symbolique et l’imaginaire, qui ont été élaborées dans le champ du psychisme par J. Lacan, mais dont on peut faire apparaître une autre articulation, dans le champ du politique. Dans ce champ, le réel désigne la contrainte et les pouvoirs : il s’agit de l’ensemble des éléments irréductibles qui structurent les pratiques symboliques de la communication politique et qui la situent dans l’espace et dans le temps. Le symbolique est l’instance propre de l’énonciation : il s’agit des structures de la communication et de la représentation des acteurs, des pouvoirs et des identités. L’imaginaire, enfin, désigne les projets dont sont porteurs les acteurs, les orientations des politiques, des stratégies et des discours, l’ensemble de ce à quoi peuvent croire les acteurs politiques ou de ce qui peut susciter la peur.

La sémiotique politique consiste à montrer comment s’exprime la confrontation entre les pouvoirs et comment se définissent, en s’exprimant, les identités dont sont porteurs les acteurs. Il s’agit de comprendre la signification de l’articulation réalisée par l’énonciation politique entre la représentation de l’identité des acteurs, celle de la confrontation des pouvoirs dont ils sont porteurs, et celle des événements et des situations dans lesquels ont lieu ces confrontations.

L’analyse sémiotique du discours de N. Sarkozy permet de mieux comprendre les logiques propres de l’énonciation politique et les modalités particulières de sa mise en œuvre, dans un discours qui se caractérise par le fait qu’il est, finalement, à la fois écrit et parlé.

 

 

 

1.    Qu’est-ce qu’un discours politique ?

 

Un discours politique est un discours dont l’énonciation met en question les pouvoirs et dont l’interprétation est articulée au réel de la vie sociale. C’est ainsi que le discours que nous avons choisi comme champ d’application des logiques de la sémiotique politique est un discours prononcé par le président de la République (premier pouvoir mis en scène) lorsque le nouveau préfet de la Seine-Saint-Denis (second pouvoir mis en scène) a pris ses fonctions, en avril dernier[1].

 

C’est ainsi que ce discours donne une visibilité symbolique aux pouvoirs qu’il met en scène : « Christian Lambert », dit N. Sarkozy, « s'est illustré à plusieurs reprises par son efficacité, son sens de l'action et son sens du concret. Il incarne une certaine idée de l'Etat, solide, efficace, proche du terrain. La nomination de Christian Lambert, c'est une preuve de grande confiance du ministre de l'Intérieur, comme de moi-même à son endroit. Je demande à Christian Lambert d'affirmer en Seine-Saint-Denis l'autorité de l'Etat ».  En même temps, le discours politique énoncé par le président s’inscrit dans un débat sur les pouvoirs, sur leur légitimité et sur les modalités de leur mise en œuvre dans l’espace public. C’est ainsi que l’on peut lire, un peu plus loin : « La nomination de Christian Lambert à la tête de ce département a une signification claire: je souhaite que grâce à son action la sécurité, premier des droits républicains, soit partout garantie en Seine Saint-Denis, de jour comme de nuit ». Il dit encore : « J'ai demandé au préfet de police et au nouveau préfet de Seine-Saint-Denis de mettre tous les moyens en œuvre pour restaurer l'ordre et traquer, jusqu'à ce qu'ils disparaissent, les criminels mafieux aussi bien que les petits trafiquants. La réponse pénale doit être rapide, ferme, dissuasive pour mettre hors d'état de nuire les voyous et rassurer les victimes ». La dimension proprement politique de l’énonciation tient, ainsi, à deux éléments caractéristiques. D’une part, le discours consiste dans une explicitation des stratégies mises en œuvre par les acteurs politiques pour mettre en scène les pouvoirs dont ils sont porteurs ou ceux auxquels ils s’opposent. Il se constitue, ainsi, une logique sémiotique de visibilité des pouvoirs, fondée à la fois sur la représentation institutionnelle des pouvoirs (« L'arrivée de Christian Lambert a une signification particulière à mes yeux. ») et sur les modalités esthétiques de leur mise en scène et de leur visibilité (« Grand département, limitrophe de la capitale, première porte d'entrée de l'Europe avec Roissy Charles de Gaulle, la Seine-Saint-Denis évoque, jusque dans son nom, la mémoire de notre pays. La basilique de Saint Denis n'est-elle pas le tombeau des rois qui ont forgé l'unité de la France ? »). D’autre part, tandis que, dans les logiques singulières et subjectives de l’énonciation, l’identité de l’énonciateur se fonde sur l’identification spéculaire à l’autre, elle se fonde, dans les logiques politiques de l’énonciation, sur la formulation et la mise en scène d’une confrontation et d’un antagonisme symbolique entre les acteurs et entre les identités dont ils sont porteurs (« traquer », « dissuasive », « mettre hors d’état de nuire »). C’est même l’identité des acteurs auxquels elle s’oppose qui fonde l’identité même que cette énonciation exprime et manifeste dans l’espace public.

 

 

2.    Les instances R, S, I

 

L’énonciation articule trois instances, le réel, le symbolique et l’imaginaire, qui ont été élaborées dans le champ du psychisme par J. Lacan, mais dont on peut faire apparaître une autre articulation, dans le champ du politique. Dans ce champ, le réel désigne la contrainte et les pouvoirs : il s’agit de l’ensemble des éléments irréductibles qui structurent les pratiques symboliques de la communication politique et qui la situent dans l’espace et dans le temps. Le symbolique est l’instance propre de l’énonciation : il s’agit des structures de la communication et de la représentation des acteurs, des pouvoirs et des identités. L’imaginaire, enfin, désigne les projets dont sont porteurs les acteurs, les orientations des politiques, des stratégies et des discours, l’ensemble de ce à quoi peuvent croire les acteurs politiques ou de ce qui peut susciter la peur.

 

Les discours de N. Sarkozy va mettre en scène ces trois instances en leur donnant une visibilité et une signification.

 

Le réel, ce sont, d’abord, les faits sur lesquels se fonde le discours : « Des faits absolument inacceptables se sont produits ces derniers mois en Seine-Saint-Denis : le saccage du lycée professionnel de Gagny par une bande de voyous, rien ne peut expliquer qu'on saccage un lycée professionnel ; l'intrusion violente d'une bande de casseurs à Paris XIII ; qu'est-ce qui peut justifier cela ? ». La dimension proprement réelle de cette instance consiste d’une part dans le constat de faits, d’autre part dans l’impossibilité de les justifier, de les fonder, qui revient à constater l’impossibilité de leur donner du sens et de les inscrire, ainsi, dans une logique symbolique. Le réel est, ainsi, d’abord, ce qui vient s’opposer aux pratiques symboliques en les confrontant à une forme d’inintelligibilité qui manifeste leur limite. Mais, dans le discours analysé, le réel est aussi l’expression des pouvoirs en ce qu’ils fondent la réalité de la visibilité des acteurs politiques : « La sécurité n'est pas tout mais sans la sécurité, il n'y a rien : pas de développement, pas de progrès social, pas de progrès économique. Rien ». Le réel consiste, ainsi, dans ce qui rend possible la mise en œuvre de la vie sociale et dans la limite qui la fonde en la situant.

 

Le symbolique, c’est l’ensemble des formes d’énonciation et de visibilité qui font apparaître les institutions et les acteurs politiques en donnant une signification à cette visibilité. Tandis que le réel se fonde sur la confrontation, le symbolique se fonde sur l’interprétation.  En disant que « la nomination de Christian Lambert à la tête de ce département a une signification claire », le discours montre bien comment le réel s’inscrit dans le symbolique en changeant, ainsi, de logique. Tandis que la logique du réel est celle de la confrontation, de la limite et de la mise en œuvre, la logique du symbolique est celle de l’interprétation et la signification.  En disant que « les événements de Tremblay ont pris une dimension symbolique », le discours montre comment le réel – en l’occurrence les événements qui manifestent la confrontation entre les acteurs et les limites des pouvoirs – change de logique en s’inscrivant dans le symbolique et en acquérant une signification qui le rend interprétable.

 

L’imaginaire, enfin, est, ici, mis en scène sous la forme des projets : « La Seine-Saint-Denis bouge, elle déborde de projets. La Seine-Saint-Denis est en quelque sorte la jeunesse de la France ». Mais l’imaginaire est aussi l’instance qui figure ce qui suscite la crainte, comme dans ce propos : « Ils essaient de répandre un climat de haine et de terreur », qui montre, par le symbolique, comment l’imaginaire s’articule au réel de la contrainte et de la limite des pouvoirs. C’est l’imaginaire qui achève l’institution des acteurs politiques en situant leur pratique, leur discours et leur identité dans le champ de ce qui ne peut que se croire. « Quand c'est l'avenir même d'une population qui est menacé », dit encore N. Sarkozy, « les clivages idéologiques doivent s'effacer, l'union entre l'ensemble des autorités publiques doit prévaloir ». Cela montre bien comment l’imaginaire, en l’occurrence l’idéologie, vient se confronter au réel et au symbolique. L’imaginaire, en effet, s’exprime ici sur deux plans. Le premier est l’imaginaire qui fonde les orientations et les identités des acteurs (les « clivages idéologiques »), et le second est l’horizon vers lequel tend le discours (« les clivages doivent s’effacer », « l’union doit prévaloir »).

 

 

3.    Les acteurs et les pouvoirs

 

La sémiotique politique consiste à montrer comment s’exprime la confrontation entre les pouvoirs et comment se définissent, en s’exprimant, les identités dont sont porteurs les acteurs. Il s’agit de comprendre la signification de l’articulation réalisée par l’énonciation politique entre la représentation de l’identité des acteurs, celle de la confrontation des pouvoirs dont ils sont porteurs, et celle des événements et des situations dans lesquels ont lieu ces confrontations.

 

En l’occurrence, le discours de N. Sarkozy se fonde, d’abord, sur la mise en scène de l’acteur désigné par « l’Etat », dont il se veut l’incarnation par son énonciation. C’est le sens de la longue énumération de la fin du discours, au cours de laquelle le président de la République présente la liste de ce qui a été accompli par cet acteur. Ce qu’il est intéressant de noter, sur ce plan, c’est l’absence de désignation précise des acteurs mettant en œuvre ces réalisations, qui revient, finalement, à tout faire assumer par l’Etat, à tout attribuer aux politiques mises en œuvre par les acteurs représentés par l’énonciation. Mais cette mise en scène de l’acteur « Etat » est aussi exprimée par le rappel de la nomination du préfet. « La nomination de Christian Lambert à la tête de ce département », dit le président, « a une signification claire: je souhaite que grâce à son action la sécurité, premier des droits républicains, soit partout garantie en Seine Saint-Denis, de jour comme de nuit ». L’énonciation politique consiste, ici, en une forme de méta-langage, à expliciter la signification d’une décision, à reconnaître une signification à un acte politique et institutionnel. En mettant en œuvre cette dimension de méta-langage, l’énonciation du discours politique fonde l’articulation spécifique du réel et du symbolique en articulant le signifiant et le réel du pouvoir. Mais, de la même manière, l’énonciation politique met en œuvre une autre performativité : celle de l’imaginaire. L’énonciation fonde l’articulation politique de l’imaginaire et du symbolique en articulant le signifiant et l’imaginaire de l’utopie ou du projet. C’est le sens de ces propos énoncés vers la fin du discours : « Rien ne sera possible pour l'avenir de ce département sans une coopération confiante entre l'Etat et les collectivités territoriales. Quand c'est l'avenir même d'une population qui est menacé, les clivages idéologiques doivent s'effacer, l'union entre l'ensemble des autorités publiques doit prévaloir. La solidarité nationale doit s'imposer comme unique repère ». L’Etat a, ici, une double dimension, puisqu’il est conçu à la fois comme énonciateur et comme référence. Comme énonciateur[2], l’Etat exprime à plusieurs reprises dans le discours : « Je demande à Christian Lambert d'affirmer en Seine-Saint-Denis l'autorité de l'Etat », « Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à vous dire. Je vous remercie de votre présence ». Comme référence, l’Etat est représenté par les éléments du discours qui expriment l’orientation des politiques mises en œuvre et leur signification politique. « C'est un intérêt national que l'ordre républicain soit garanti dans ce département », dit le discours de N. Sarkozy. « Aucune commune, aucun quartier, aucun hall d'immeuble de Seine Saint Denis n'échappera à l'autorité de la loi. Les forces de police interviendront sans restriction, aussi souvent que nécessaire dans tous les halls d'immeubles des cités touchées par la délinquance. Le processus commencera dès aujourd'hui ».

 

Le discours se fonde aussi sur la mise en scène des confrontations entre les acteurs. Il y a trois grandes confrontations dans le discours de N. Sarkozy. La première fonde la thématique de la sécurité : il s’agit de la confrontation entre l’ordre et la délinquance. On peut citer, par exemple, ceci : « Quand vous pensez que sur le sol de la République française, dans ce département, il existe des immeubles où des voyous cagoulés contrôlent l'entrée des immeubles pour y interdire l'accès à des gens qui ne sont pas membres. Personne de bonne foi ne peut accepter cette situation. Personne. La République ne peut pas se laisser intimider par des lâches et par des voyous. Nous ne pouvons pas céder au chantage et aux violences urbaines ». La seconde fonde la thématique des institutions : il s’agit de la confrontation entre l’organisation des pouvoirs et l’économie, l’activité. C’est ainsi, par exemple, que N. Sarkozy dit : « Nous sommes en train de frapper au cœur l'économie parallèle qui gangrène vos quartiers. Mesdames et Messieurs, 50 inspecteurs des services fiscaux ont été désignés à ma demande pour enquêter dans les cités, ils ont permis de réaliser 55 affaires. Pour la Seine-Saint-Denis, 7 inspecteurs du fisc sont affectés exclusivement pour lutter contre les trafiquants dans votre département. Je suis prêt à en doubler le nombre si nécessaire ». La troisième fonde la dimension rhétorique du discours et sa fonction de propagande : il s’agit de la confrontation entre le pouvoir et l’opposition. Cette confrontation est, par exemple, illustrée par ces mots, qui expriment la différence entre des conceptions du pouvoir portées par des acteurs antagonistes : « Cela fait bien longtemps, je pense, que nous subissons les conséquences de plusieurs décennies de renoncement et de laxisme, je pense notamment aux mineurs délinquants. Ce temps est révolu ».

 

Mais le discours politique met aussi en œuvre une autre confrontation : entre pouvoirs légitimes et violences. Il s’agit d’une confrontation qui fonde, finalement, le concept de sécurité en l’articulant à celui de « violence légitime ». On se rappelle que Max Weber définit le monopole de la violence légitime comme ce qui caractérise l’Etat. « il faut concevoir l’Etat contemporain », écrit-il[3], « comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé – la notion de territoire étant une de ses caractéristiques -, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime ». L’opposition entre sécurité et insécurité, ou entre sécurité et violence, exprime, finalement, l’opposition entre les pouvoirs légitimes et institutionnels et les acteurs politiques qui échappent à ces pouvoirs.  C’est ce qu’expriment ces lignes du discours de N. Sarkozy : « La réponse pénale doit être rapide, ferme, dissuasive pour mettre hors d'état de nuire les voyous et rassurer les victimes. D'ailleurs, les violences auxquelles nous assistons aujourd'hui ne doivent rien au hasard. Elles montrent le désarroi de truands qui amassent des fortunes sur le malheur des autres. Et ces truands se vengent en agressant les policiers, les chauffeurs d'autobus, les sapeurs-pompiers. Ces truands se défoulent en insultant et en lynchant ceux qui ont le malheur de tomber dans leurs mains, qu'ils soient enfants, personnes âgées ou handicapés. Ils essayent de répandre un climat de haine et de terreur. Quand vous pensez que sur le sol de la République française, dans ce département, il existe des immeubles où des voyous cagoulés contrôlent l'entrée des immeubles pour y interdire l'accès à des gens qui ne sont pas membres. Personne de bonne foi ne peut accepter cette situation. Personne. La République ne peut pas se laisser intimider par des lâches et par des voyous. Nous ne pouvons pas céder au chantage et aux violences urbaines ».On note, en particulier, dans ces lignes, l’usage du « nous », qui associe les auditeurs à l’identité de l’énonciateur et qui, de cette manière, structure deux plans de confrontation et d’articulation. Le premier est entre le « ils » et le « nous », qui fonde l’opposition entre légitimité et illégitimité, et le second est entre le « vous » (« quand vous pensez que… ») et l’énonciateur, qui fonde l’opposition entre acteurs de pouvoir et citoyens porteurs de l’identité. Le concept même de violence reprend, ici, finalement, le concept grec de l’hubris : ils désignent, l’un et l’autre, l’illégitimité en ce qu’elle s’oppose à la légitimité des pouvoirs et des acteurs institués.

 

Deux autres confrontations entre acteurs sont mises en scène par le discours de N. Sarkozy. Il s’agit de l’opposition entre les institutions et de l’opposition entre les institutions et ceux qui leur sont opposés. Le discours du président revient, en ce sens, à une forme de performativité, puisqu’il contribue, par son énonciation même, à l’institutionnalisation d’un acteur ou à la mise en œuvre de la confrontation qui fonde l’identité des institutions.  La confrontation entre les institutions est illustrée par le propos tenu sur le conseil général de Seine-Saint-Denis, que nous avons déjà observé, mais aussi, par un propos concernant la présence de policiers référents dans les établissements scolaires. « Si le chef d'établissement ne l'accepte pas », dit N. Sarkozy, «  il voudra bien le signaler par écrit au ministre de l'Intérieur et au ministre de l'Education nationale, comme cela chacun prendra ses responsabilités ». Mais le discours du président met surtout en scène l’antagonisme entre les institutions et ceux qui les rejettent ou leur sont opposés. « La République », dit N. Sarkozy, « ne peut pas se laisser intimider par des lâches et par des voyous. Nous ne pouvons pas céder au chantage et aux violences urbaines ». Il s’agit, ici, de l’antagonisme qui fait des violences urbaines un des champs d’application et d’institutionnalisation de l’autorité de l’Etat. En faisant apparaître les limites de cette autorité, les violences urbaines sont une occasion pour les pouvoirs de se mettre en œuvre et de se donner à voir. Finalement, le discours de N. Sarkozy montre bien comment se met en ouvre pleinement la performativité institutionnelle qui exprime l’identité des acteurs par les modalités pratiques de leur confrontation : la violence de l’opposition à la loi ou de son rejet constitue un des acteurs, celui de l’illégitimité ou de l’illégalité, et la violence exercée par la loi constitue l’autre acteur, comme l’illustrent d’autres mots du discours. « Qu'est-ce qui justifie que des voyous lancent des pierres, utilisent des frondes, incendient les bus, terrorisent les passagers ? Cela arrange les affaires de qui ? Cela fait progresser quelle cause ? Qu'est-ce qui justifie cela ? Rien, absolument rien. Les agressions quotidiennes contre les forces de l'ordre, les policiers, femmes et hommes sont insupportables ».

 

Enfin, le discours de N. Sarkozy reprend le thème, classique dans le discours de la droite, de l’opposition entre la France et l’étranger. On peut, en particulier, retrouver cela dans un propos tenu vers la fin du discours. « Aujourd'hui », dit N. Sarkozy, « il me semble évident que la Seine-Saint-Denis, à l'image de la France, n'a pas les moyens d'accueillir tous ceux qui, partout dans le monde, rêvent d'un Eldorado. J'attends de Christian Lambert une fermeté absolue dans la lutte contre l'immigration clandestine. Tout migrant en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays. Il n'existe pas de solution alternative. Toute autre politique, notamment celle d'une régularisation globale, conduirait au désastre, à un choc dévastateur pour le pacte républicain ». Ce thème est, d’ailleurs, repris un peu plus loin, dans l’expression de la « solidarité nationale », dont la mention exprime, finalement, une conception de l’identité nationale fondée sur l’opposition à l’étranger. C’est la confrontation avec l’étranger qui définit la dimension proprement politique de l’identité nationale, qui fait de l’identité nationale un thème de l’argumentation politique en l’inscrivant dans un réseau d’opposition.

 

 

4.    Spécificités de l’énonciation politique

 

L’analyse sémiotique du discours de N. Sarkozy permet de mieux comprendre les logiques propres de l’énonciation politique et les modalités particulières de sa mise en œuvre, dans un discours qui se caractérise par le fait qu’il est, finalement, à la fois écrit et parlé.

 

La première caractéristique de cette énonciation, qui tient, précisément, à ce caractère à la fois écrit et parlé, est l’articulation des logiques de l’espace et du temps aux stratégies d’acteurs. « La Seine-Saint-Denis a perdu 300 médecins en dix ans », dit le président. Et, plus loin : « la Seine-Saint-Denis évoque, jusque dans son nom, la mémoire de notre pays. La basilique de Saint Denis n'est-elle pas le tombeau des rois qui ont forgé l'unité de la France ? ». De tels propos situent l’énonciation du discours politique à la fois dans le temps long de l’histoire du pays et dans le temps court de la situation politique, exprimant, ainsi, une médiation politique de la temporalité qui permet de penser l’énonciation à la fois dans le temps du sujet d’énonciation et du sujet qui entend le discours et dans le temps des acteurs politiques et des institutions. Mais c’est aussi l’espace qui est mis en scène dans l’énonciation politique : « Grand département, limitrophe de la capitale, première porte d'entrée de l'Europe avec Roissy Charles de Gaulle », tandis que le discours situe aussi dans l’espace les réalisations des pouvoirs et des acteurs institutionnels par l’énumération des projets mis en œuvre dans le département : « La Seine-Saint-Denis se transforme, plus qu'aucun autre département français même si nos compatriotes l'ignorent. A Bagnolet, un parc paysager exceptionnel, sur la couverture de l'autoroute A 3, vient d'être ouvert au public. A Bobigny, deux nouveaux projets immobiliers en centre-ville sont aujourd'hui accessibles à la propriété. A Aubervilliers, d'ici 2012, le campus Condorcet accueillera trois universités, six grandes écoles et 16 000 étudiants (etc.) ». Cet ensemble de références contribue à situer l’énonciation autant dans l’espace que dans le temps, mais aussi à définir un espace politique comme espace de mise en ouvre des décisions et des projets qui expriment les logiques et les identités des pouvoirs.

 

Par ailleurs, on peut noter l’importance, dans l’énonciation politique, des jugements de valeur, qui expriment l’engagement du sujet d’énonciation en tant qu’acteur. Ces jugements de valeur portent, d’abord, sur des personnes et sur des acteurs : « Nacer Meddah a accompli un travail remarquable auquel je tiens à rendre hommage. Il a été nommé préfet de région, préfet de la région Franche-Comté, ce qui récompense son action en Seine-Saint-Denis », et, plus loin : « Christian Lambert s'est illustré à plusieurs reprises par son efficacité, son sens de l'action et son sens du concret. Il incarne une certaine idée de l'Etat, solide, efficace, proche du terrain ». Ces jugements de valeur ont une double signification. D’une part, ils constituent une expression du pouvoir, en ce que l’énonciateur assume le pouvoir de juger et de sanctionner les autres acteurs. D’autre part, ils expriment l’engagement de l’énonciateur comme acteur politique auteur de jugements, et, ainsi, porteur d’un engagement pleinement assumé. Mais ces jugements de valeur portent aussi sur la population même à laquelle s’adresse le président et sur ceux qui la constituent : « La Seine-Saint-Denis mérite infiniment mieux que l'image qui en est donnée », et, à la fin du discours, on peut lire ceci : « La Seine-Saint-Denis bouge, elle déborde de projets. La Seine-Saint-Denis est en quelque sorte la jeunesse de la France ». De tels jugements expriment la façon dont le sujet de l’énonciation assume, en même temps, comme toujours dans le discours politique, une identité propre d’acteur politique, une identité d’acteur situé à la fois dans les logiques institutionnelles, dans les logiques de l’exercice des pouvoirs et dans les logiques de confrontation à d’autres acteurs dans l’espace public.

 

D’autre part, le discours fait apparaître des répétitions et d’autres éléments de style et d’énonciation qui marquent l’articulation de l’énonciation à l’oralité en la situant dans une perspective rhétorique. On peut définir l’oralité politique par trois termes. D’abord, il s’agit d’e ce que l’on peut appeler une oralité instituante : en énonçant une parole, le sujet d’énonciation s’institue comme acteur en faisant de cette parole un pouvoir. C’est le sens de cette phrase – « Je demande à Christian Lambert d'affirmer en Seine-Saint-Denis l'autorité de l'Etat » - qui constitue ce que l’on peut appeler une performativité institutionnelle : par cette phrase, l’énonciateur reconnaît un certain pouvoir à celui dont il parle – et, en l’occurrence, à qui il s’adresse. Mais c’est le fait que cette énonciation soit tenue en public, dans l’espace public, qui fonde la performativité instituante de la parole, puisque ce sont les auditeurs qui, par leur présence et leur écoute, instituent le pouvoir de l’énonciateur en lui donnant sa consistance symbolique. La seconde façon dont l’énonciation articule la signification politique à l’oralité est la référence faite à l’auditeur : « Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à vous dire. Je vous remercie de votre présence », dit le président pour conclure son discours. Cette référence consiste à instituer un espace d’énonciation en désignant les identités de ceux qui,par leur présence et leur écoute, viennent désigner ce que l’on peut appeler une performativité institutionnelle, du même ordre que celle qui, au début du discours, investit dans ces fonctions le préfet nouvellement nommé : « J'ai tenu à venir en Seine-Saint-Denis, à la Préfecture de Bobigny, à l'occasion de la prise de fonction du nouveau préfet de votre département, Christian Lambert ». Enfin, l’oralité politique se marque par des formules comme « C’est pourquoi, je vous le dis, j’ai du mal à comprendre… », ou encore : « je veux ici redire ma confiance dans l’avenir de la Seine-Saint-Denis ». De telles formules expriment une dimension proprement orale du discours politique et de l’énonciation, définissant cette dernière comme un fait institutionnel, à la fois en raison de la personnalité de l’énonciateur et de ses pouvoirs et en raison de la personnalité et des pouvoirs des auditeurs présents dans l’espace public de l’énonciation politique.

 

De plus, l’énonciation politique articule le discours à la logique de la responsabilité, en définissant, ainsi, l’identité du sujet d’énonciation comme celle d’un acteur. Le concept de responsabilité définit une dimension éthique de l’acteur politique en faisant reposer son identité sur la façon dont il est perçu et évalué par les autres. Rappelons que le terme même, « responsabilité », renvoie à l’idée de réponse, au fait de répondre de quelque chose, autrement dit : au fait de situer sa pratique par rapport aux autres acteurs de l’espace public et non pas simplement par rapport à son objet ou à son enjeu. Le concept de responsabilité désigne, dans le champ de la sémiotique politique, le fait que nos paroles et nos actes font l’objet d’une évaluation par des tiers qui constituent, eux-mêmes, la réalité de l’espace public, de l’agora. Or, ce concept de responsabilité est présent dans le discours de N. Sarkozy, au moins en deux points.. D’abord, il s’agit de la notion de confiance. « J'ai toute confiance en Christian Lambert », dit N. Sarkozy, « pour tirer les conséquences d'une situation préjudiciable à tout un département et à ses habitants qui n'avaient évidemment pas besoin d'un tel signal de désordre ». Le thème de la confiance exprime, dans le discours politique, la référence à la reconnaissance de la responsabilité par l’autre. Par ailleurs, le concept de responsabilité est exprimé à plusieurs reprises, par la référence à « l’ordre républicain » ou par la référence au concept même de responsabilité : « Chacun prendra ses responsabilités ». Cette articulation à la responsabilité articule le fait politique à l’énonciation de jugements de valeur et à la mise en œuvre de décisions d’approbation ou de rejet.

 

Enfin, l’énonciation du discours politique s’inscrit dans une forme particulière d’Intertextualité[4]. C’est l’intertextualité, par ses références à d’autres discours ou à d’autres textes que celui dans lequel elle s’applique, qui définit ce que l’on peut appeler une culture énonciative, par rapport à laquelle se situe le sujet qui met en œuvre une énonciation en exprimant une culture ou un savoir. Dans le discours que nous analysons, on peut note deux références particulières à l’intertextualité. D’abord, il s’agit des références à des événements supposés assez connus de tout l’auditoire pour qu’il n’y ait pas besoin de précisions : « Les événements de Tremblay ont pris une dimension symbolique », dit, par exemple, N. Sarkozy. Ensuite, on peut citer, comme forme d’intertextualité, les propos concernant la loi « anti-bandes » : « Enfin, la lutte contre les bandes violentes est un enjeu décisif dans votre département. La loi anti-bande entrée en vigueur le 2 mars dernier, merci Eric Ciotti, va permettre de sanctionner d'un an de prison le seul fait d'appartenir à une bande violente et de trois ans en cas de circonstance aggravante comme le port d'arme ou la dissimulation du visage. La loi anti bande s'est déjà appliquée dans plusieurs affaires ». L’intertextualité articule à la fois la référence à un autre discours que le discours énoncé (la loi citée) et la référence à un autre acteur que ceux qui sont directement impliqués dans la situation d’énonciation (E. Ciotti n’est pas un acteur de Saine-Saint-Denis).

 

 

5.    Performativité identitaire

 

La performativité identitaire du discours politique se définit comme une performativité identitaire, car il ne s’agit pas seulement pour le discours d’avoir un effet sur les situations ou sur les acteurs présents, mais aussi d’avoir un effet sur les modalités selon lesquelles se définissent et s’expriment les identités politiques en confrontation.

 

 On peut repérer, dans le discours analysé, quatre expressions de la performativité identitaire.

 

D’abord, il s’agit de l’expression par le discours d’une identité politique partagée. Le discours est un performatif en ce qu’il institue l’identité politique des acteurs à qui il s’adresse, qui constituent l’espace public dans lequel il s’inscrit. C’est le sens du « nous » de la fin du discours, de la référence qu’il fait à « vos » quartiers, ou encore de la référence à « la République », qui constitue, elle-même, une performativité en ce qu’il s’agit de modalités selon lesquelles le discours institue des acteurs en leu conférant une identité et un statut politique.

 

Par ailleurs, il s’agit d’une ritualité du discours politique et de l’instauration d’une temporalité partagée dans l’espace public. D’abord, le discours lui-même est un événement, puisqu’il est défini, dès le début, par son énonciateur, comme une modalité des rituels de l’Etat (« J’ai tenu à venir à l’occasion de la prise de fonctions du préfet »). La ritualité est une performativité, car les discours sont toujours en même temps des actes en s’inscrivant dans des rites, mais il s’agit d’une performativité institutionnelle et politique car sa mise en ouvre définit un ensemble de normes constitutives d’une identité politique et d’une appartenance commune. Ensuite, cette temporalité partagée rend le discours prévisible en définissant un temps commun à l’énonciateur et à son public. C’est le sens de la référence de la fin du discours à un retour régulier du président : « J'aurai l'occasion de revenir plusieurs fois dans les semaines qui viennent dans le département de la Seine-Saint-Denis. Puisque la situation est ici difficile, il est normal que le chef de l'Etat s'engage à obtenir des résultats ».

 

D’autre part, la performativité politique se définit par le fait que le discours énoncé définit et exprime un pouvoir, en même temps qu’il énonce une signification. A la limite, cette performativité ne s’exprime pas dans la lettre de l’énonciation, mais dans les modalités même de la prestation du discours. C’est le fait même de prononcer le discours, dans une assemblée institutionnelle, dans un espace politique de pouvoir, qui confère à son énonciation un caractère performatif. C’est le sens de l’adresse. Par ces mots – « Monsieur le Ministre, cher Brice Hortefeux,  Mesdames et Messieurs les parlementaires,  Monsieur le Préfet de Police,  Monsieur le Préfet,  Mesdames et Messieurs les maires,  Mesdames et Messieurs », le discours situe son auditoire en l’investissant des pouvoirs dont ses membres peuvent être porteurs.

 

Enfin, l’énonciation du discours de N. Sarkozy – et cela est, sans doute, une caractéristique de cette énonciation – est une performativité de clôture. D’abord, le thème de la clôture est massivement présent (des lieux éducatifs fermés à la clôture de la « réponse pénale » évoquée), et, ensuite, c’est l’énonciation même qui est une énonciation de clôture, en fermant l’identité politique instituée, par la référence à « votre département », par laquelle le discours, en se mettant au dehors, ferme le territoire mentionné, ou par la séparation entre le légitime et l’illégitime qui clôt ces logiques politiques en les opposant l’une à l’autre.

 

 

6.    Conclusions : énonciations et identités

 

On peut, pour conclure, poser la question des modalités selon lesquelles  les identités s’expriment au cours des énonciations. Finalement, on peut opposer  l’énonciation du discours singulier et celle du discours politique dans l’expression du rapport à soi et dans celle du rapport à l’autre.

 

Le discours singulier se fonde sur la distanciation dans le rapport à soi : il s’agit du fameux Je est un autre de Rimbaud, que la psychanalyse a contribué à éclairer. En effet, en matérialisant le signifiant, l’énonciation met la voix, la parole et l’écriture à distance de celui qui les énonce, qui peut, ainsi, les observer et les comprendre comme si elles venaient d’un autre que soi. Il s’agit du fameux échange entre Phèdre et Œnone, dans Phèdre : « Hippolyte, grands Dieux ! – C’est toi qui l’as nommé ». En revanche, l’énonciation singulière se fonde sur l’identification spéculaire à l’autre, au cours du processus du miroir. Le sujet se met à la place de l’autre, en lui disant ce qu’il faudrait que l’autre lui dise pour qu’il comprenne ce qu’il veut que l’autre comprenne. Le rapport à l’autre se fonde sur l’identification et la reconnaissance de sa propre identité symbolique dans l’identité de l’autre à qui l’on s’adresse.

 

L’énonciation politique repose sur un processus inverse de l’énonciation du discours subjectif. En effet, elle se fonde sur l’expression  d’une identification à soi. En effet, l’énonciation politique consiste, finalement, pour le sujet, à assumer l’identité d’acteur exprimée par le discours qu’il énonce. Enoncer un discours politique, c’est fonder l’identité d’un acteur sur la reconnaissance de sa propre énonciation. C’est ce processus que représente le concept d’engagement. Dans l’énonciation politique, l’acteur se reconnaît dans le discours énoncé par la subjectivité dont il est porteur, et l’énonciation est un acte politique, justement parce qu’elle fonde l’acteur. C’est pourquoi l’énonciation politique a fondamentalement un caractère performatif. C’est le sens de la première phrase du discours de N. Sarkozy : « J'ai tenu à venir en Seine-Saint-Denis, à la Préfecture de Bobigny, à l'occasion de la prise de fonction du nouveau préfet de votre département, Christian Lambert ».

 

En revanche, les identités politiques se fondent sur la confrontation et l’opposition avec les identités des autres. Je ne suis de gauche que parce que je m’oppose à des acteurs de droite. C’est le sens de la dynamique de la « lutte des classes », comme ce fut celui des guerres de religion et comme ce peut être le sens de toutes les guerres. Une nation n’existe qu’à partir du moment où elle se sépare d’une autre en se confrontant à elle. Le rapport politique à l’autre se fonde, ainsi, sur la confrontation et l’antagonisme. C’est le sens, par exemple, de deux phrases, en particulier, du discours de N. Sarkozy. La première porte sur les acteurs de la politique mise en œuvre contre l’immigration clandestine : « J'attends de Christian Lambert une fermeté absolue dans la lutte contre l'immigration clandestine. Tout migrant en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays. Il n'existe pas de solution alternative. Toute autre politique, notamment celle d'une régularisation globale, conduirait au désastre, à un choc dévastateur pour le pacte républicain ». La seconde porte sur le conseil général de Seine Saint-Denis : « J'ai du mal à comprendre la décision du Conseil général de Seine-Saint-Denis de voter son budget en déséquilibre alors que cela est interdit par la loi. Nous les responsables publics avons un devoir d'exemplarité dans le respect de la loi ».

 

 

 

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

KRISTEVA (1969), Sémeiotikè, Paris, Seuil, 381 p., ind. (Coll. « Tel Quel »).

WEBER (Max) (1919), Le métier et la vocation d’homme politique, in WEBER (1963), p. 123-222.

WEBER (1963), Le savant et le politique tr. par J. Freund (1959), 223 p. (Bibliothèques 10/18).

 



[1] Le discours de N. Sarkozy qui constitue le corpus de cet article est le discours prononcé le 20 avril 2010, à Bobigny, à l’occasion de la prise de fonctions du nouveau préfet de Seine-Saint-Denis, dans la version que l’on peut trouver sur le site de la présidence de la République (http://www.elysee.fr/president/accueil.1.html).

[2] On pense, ici, au propos de Lacan : Moi, la vérité, je parle.

[3] WEBER (1963), p. 125.

[4] On se réfère, ici, au concept d’intertextualité défini par J. Kristeva (Cf. KRISTEVA (1969), p. 133-137, p. 146 et p. 164-166 (polyphonie)..

 

 








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