Pour une poétique de la parole théâtrale :

La parole d'opéra




Isabelle Moindrot

Université François-Rabelais de Tours







LA PAROLE D'OPERA

N'ayons pas peur des évidences : la parole d'opéra est une parole essentiellement chantée. Insérée dans le souffle du chant, elle est doublement parole de performance ; et c'est aussi pourquoi elle peut nous en apprendre tant la parole théâtrale dans son ensemble. Car elle exhibe ce qui reste atténué dans la parole théâtrale « parlée ». La parole d'opéra, qui affiche sa matérialité, et même, dont la matérialité constitue tout le prix, est une parole de performance ostentatoire : parole à la rythmique préétablie, subordonnée au tempo musical, parole dont l'intelligibilité est toujours en compromis avec l'esthétisation de l'émission, parole dont le sens échappe aux stricts canons du discours verbal, parole qui par la déformation du matériau phonétique devient une sorte de langue à part entière. ... Et c'est peut-être cela, en définitive, qui rend la parole d'opéra intéressante pour un théoricien du théâtre. Elle n'est pas seulement engagée dans un processus qui fausse la structure de la parole « parlée » - la « musicalisation » du signifiant contribuant évidemment à l'altération du sens. Elle manifeste surtout que la parole théâtrale est par essence une parole poétique. Non pas parce qu'elle est vouée à une esthétisation de la langue - ce serait trop facile. Mais parce qu'elle est toujours dans une relation de coexistence avec les autres arts de la représentation, et parce que cette coexistence, nous allons essayer de le montrer, permet l'élaboration de ce que l'on peut définir comme des formes, ou plutôt des « figures », au sens où l'entend la poétique, qui engagent tous les discours de la représentation.


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1.5.1997