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LA PAROLE D'OPERA
N'ayons pas peur des évidences : la parole d'opéra est une parole
essentiellement chantée. Insérée dans le souffle du chant, elle est doublement parole
de performance ; et c'est aussi pourquoi elle peut nous en apprendre tant la parole théâtrale
dans son ensemble. Car elle exhibe ce qui reste atténué dans la parole théâtrale
« parlée ». La parole d'opéra, qui affiche sa
matérialité, et même, dont la matérialité constitue tout le prix, est une
parole de performance ostentatoire : parole à la rythmique préétablie,
subordonnée au tempo musical, parole dont l'intelligibilité est toujours en compromis avec
l'esthétisation de l'émission, parole dont le sens échappe aux stricts canons du
discours verbal, parole qui par la déformation du matériau phonétique devient une
sorte de langue à part entière. ... Et c'est peut-être cela, en définitive, qui rend
la parole d'opéra intéressante pour un théoricien du théâtre. Elle n'est
pas seulement engagée dans un processus qui fausse la structure de la parole
« parlée » - la « musicalisation » du signifiant
contribuant évidemment à l'altération du sens. Elle manifeste surtout que la parole
théâtrale est par essence une parole poétique. Non pas parce qu'elle est vouée
à une esthétisation de la langue - ce serait trop facile. Mais parce qu'elle est toujours dans
une relation de coexistence avec les autres arts de la représentation, et parce que cette coexistence,
nous allons essayer de le montrer, permet l'élaboration de ce que l'on peut définir comme
des formes, ou plutôt des « figures », au sens où l'entend la
poétique, qui engagent tous les discours de la représentation.
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