Isabelle Moindrot : « La parole d'opéra »

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Mais d'autre part, cette parole performante véhicule en même temps des éléments qui échappent à la codification rigoureuse de la musique. Elle ouvre donc un vaste champ de liberté à l'interprétation. A la parole du personnage s'attachent des connotations émanant directement de l'interprète, et cela bien après que cette dernière se soit tue. La voix de Maria Callas appartient aussi à la parole de Violetta. Et cette inévitable contamination, qui a constitué pendant longtemps la base même de la transmission de maître à disciple et d'interprète à auditeur, rappelle si besoin était que la parole lyrique est par essence une parole codifiée, fédératrice de figures poétiques. Plus encore qu'au théâtre, la parole lyrique est parole étrangère, parole poétique. Elle associe d'une part l'immédiateté de la performance, son caractère tangible, délimité, infiniment réitéré et pourtant infiniment variable, et d'autre part la nature incernable de la musique, profondément opaque et aérienne. Et c'est ainsi qu'elle rassemble en elle cette multiplicité de figures dont nous avons tenté de décrire quelques aspects. Car en favorisant l'émergence de relations complexes entre des éléments de nature hétérogène (musique, texte, scène), qui de surcroît peuvent être éloignés dans le temps, la parole lyrique invite le spectateur à parcourir la représentation en une inlassable recherche de figures poétiques.




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1.5.1997