Jean-Pierre Sarrazac : entretien avec AS/SA

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AS/SA. - En préfaçant les Pouvoirs du théâtre vous écrivez que celui-ci, « avant même d'être un art, est un acte ». Pourquoi une « sémiotique de l'action », comme l'a appelée Greimas, semble-t-elle ne pas répondre entièrement aux besoins de l'étude de cet art? Quel est, d'un point de vue sémiologique, cet acte qui « transforme un texte en simulacre de la vie? »


J.-P. S. - Pour moi il y a là deux questions. Pourquoi le théâtre est un acte : « drama » signifiant « acte ». Mais dans cette préface des Pouvoirs du théâtre, je voulais surtout dire qu'il ne faut pas oublier cette dimension citoyenne dont je vous parlais il y a un instant. C'est-à-dire que le théâtre est un acte au niveau symbolique qui dépasse la vie, et qui dépasse la représentation. C'est un pacte entre les artistes et le spectateur, c'est-à-dire un pacte de communication, d'interrogation, de critique - et qui intègre bien entendu le plaisir, la critique dans le plaisir, le plaisir de la critique. Donc c'est toute cette dimension, que j'appellerais transitive, du théâtre.
    Je ne prêche pas du tout pour un théâtre engagé, militant. Je pense que si le théâtre est engagé alors il doit s'engager tous azimuts. Une scène de ménage racontée au théâtre, du désordre qu'elle engendre dans notre vie, a quelquefois presque autant de portée, en un sens, qu'une guerre. Je ne veux pas signaler ici une question d'importance. Bien sûr, que la guerre et le Génocide sont des véritables catastrophes : c'est bien évident. Cependant on ne doit pas négliger les autres, on ne doit pas négliger que le théâtre est aussi le lieu de sentiments amoureux, de la guerre, etc. Il faut que cela continue, et ne pas avoir une attitude puritaine à ce propos. Ce que l'on en fait, c'est que cet acte est un acte direct, une intervention directe sur la vie. Par là même, il devient un acte de mise en appel de ce qui ne va pas dans la vie. C'est l'acte de faire appel, de traduire comme on « traduit » devant un tribunal. Le théâtre entretient ce rapport métaphorique avec le tribunal.
    Pour répondre à l'autre question, sur Greimas, j'ai le plus grand respect pour cette sémiologie théâtrale qui s'est développée à partir des travaux de Souriau. J'ai même suivi des cours de Greimas. J'ai aussi le plus grand respect pour les travaux d'Anne Übersfeld, qui se situe dans une perspective à la fois sémiologique et pragmatique. Je trouve que cette démarche qui consiste à essayer de lire la représentation est une démarche passionnante.






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AS/SA Nº3, Article 3 : Page 3 / 6


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1.5.1997