Marta GRABOCZ: "Le schéma discursif passionnel en tant que marque de maturation stylistique dans les mouvements symphoniques de Mozart" (2/13)

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La littérarité -- ou la musicalité -- est constituée par la mise en jeu de stylèmes ; une combinaison, une concaténation de stylèmes, et leur possible hiérarchie, définissent un style (Molinié : 1995, 204).
Si l'on essaie maintenant de chercher à quoi correspondent, dans l'ordre musical, les trois grandes classes de stylèmes, on peut proposer les homologies suivantes :
1. Les stylèmes de littérarité générale sont par exemple ceux du « romanesque » ou du « commercial ». En musique, ils seraient ceux de la musique dite « classique », du jazz, du contemporain, de la variété, etc.
2. La deuxième classe est celle de la littérarité générique, liée aux grands genres de la littérature (narration, lyrique, théâtre, etc.). En musique, on peut penser aux genres musicaux tels que la musique vocale de la Renaissance (avec ses sous-genres : motet, messe) ; l'opéra ; la musique instrumentale, du baroque jusqu'au vingtième siècle ; les différents genres solo ; la musique de chambre ; les genres de la musique électroacoustique et informatique, etc.
3. La troisième classe des stylèmes est celle de la littérarité singulière ; celle des caractérisèmes de la littérarité. En musique, sa définition varierait probablement selon les époques musicales. Ainsi, dans le style classique, ce stylème devrait correspondre à la phrase musicale, au niveau des thèmes, c'est-à-dire à une période ou phrase musicales, à des éléments de jonction comme les motifs du pont, etc. Leur typologie, leur classification est bien établie pour l'époque classique, tout en déterminant des fonctions précises qui sont ordonnées à telle ou telle formule mélodico-rythmique typique, liées souvent, ces dernières, à une tonalité donnée.
Ces fonctions ou déterminations reçoivent des dénominations différentes selon les écoles esthétiques ou les écoles musicologiques qui les ont utilisées. L. Ratner et les collègues américains les appellent topiques ou lieux communs de l'histoire de la musique occidentale. E. Tarasti et les écoles musicologiques de l'Europe de l'Est, de l'Europe Centrale (J. Ujfalussy, J. Jiranek, V. Karbusicky etc.) les nomment intonations, c'est-à-dire éléments d'une memoranda collective (d'après Assafiev). B. Szabolcsi, le grand musicologue hongrois qui répertoriait les formules mélodiques typiques de l'histoire musicale européenne, et les a groupées en quinze types, publiées en trois cents extraits sur huit disques (1969 et 1975), les a nommées simplement « éléments du langage musical commun ». J. Mattheson (1739) les lia aux affects décrits par Descartes, tandis que Robert Hatten, le musicologue américain, les appelle « genres expressifs » (1994).






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21.12.1997