Marta GRABOCZ: "Le schéma discursif passionnel en tant que marque de maturation stylistique dans les mouvements symphoniques de Mozart" (3/13)

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Mozart, Haydn et Beethoven puisaient donc dans les formules prédéterminées par leurs contemporains et prédécesseurs, tout en apportant leurs marques personnelles au fond commun.
En ce qui concerne la construction, la concaténation réalisée avec ces stylèmes, les cadres sont également plus ou moins prédéterminés par les stylèmes génériques qui ordonnent l'organisation syntaxique et l'organisation tonale des syntagmes. En revanche, aucune règle prédéfinie n'existe en ce qui concerne l'organisation des affects, des pathèmes (des « intonations ») à l'intérieur de tel ou tel type de mouvement. L'architecture tonale est prescrite mais le choix est laissé libre en ce qui concerne la dynamique énergétique, qu'elle soit bâtie sur un processus dramatique et conflictuel ou sur une simple mise en discours rhétorique des idées musicales (phrases de type « question-réponse » ou autres : exclamative, optative, impérative) . Ces idées-là, par contre, appartiennent souvent à la même classe, au même cercle des topiques-intonations.
C'est donc dans au moins deux domaines différents que l'investigation du style classique instrumental pourra apporter des précisions :
1/ au niveau des stylèmes de la musicalité singulière, en confrontant les thèmes de Haydn, de Mozart et de Beethoven avec l'héritage commun décelable chez les fils de Bach et chez les auteurs moins connus de l'époque (Clementi, Boccherini, etc.) ou dans les premières oeuvres mêmes de Haydn et de Mozart ;
2/ le deuxième domaine de recherche pourra concerner le mode de concaténation de ces stylèmes, en définissant les stratégies récurrentes de tel ou tel compositeur. Robert Hatten a fait un pas très important en éclairant -- à l'aide de la théorie du marquage de Michael Shapiro (1983) -- les stratégies du style dans les dernières oeuvres pour piano et pour quatuor de Beethoven.
Les stratégies personnelles des grands compositeurs correspondraient à ce que Georges Molinié appelle « stylèmes-constellations », par lesquels « l'on peut tenter de concevoir, de penser le caractère le plus contingent, le plus substantiel, le plus individuel -- le plus génial -- d'un style » (1994, 205).






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21.12.1997