Raphaël Brunner: "Entre style musical et signification musicale..." (3/16)

251





Il serait trivial de répéter ici, n'était la multiplication des modèles interprétatifs se réclamant de portée générale, que les diverses conceptions langagières qui sous-tendent les mises en perspective du fait musical, les manières de concevoir qu'il puisse faire sens, sont lourdes de signification et révèlent autant de positionnements épistémologiques en interaction avec les positionnements historiques des oeuvres elles-mêmes. Trivial également de rappeler que ce que convoque le particularisme, de manière générale en art comme de manière spécifique en musique, n'a rien de particulier, pour autant que l'on procède dans le cadre d'un concept d'oeuvre non aliéné garantissant une intersubjectivité, même si cette dernière ne rejoint que de manière oblique celle dérivant de l'idée de langage et qu'au prix de diverses apories celle de langue. L'approche se devrait donc d'être aussi fidèle que possible, et à la particularité par laquelle vient à être convoqué du plus-que-particulier, et au plus-que-particulier lui-même. Ainsi l'oeuvre ferait sens, en ce lieu prendraient place les questionnements quant au statut langagier du musical.


A ce titre, et à la lumière d'une partie de la production musicale du second après-guerre, l'approche du musical relèverait sans doute moins d'une approche systématique ou d'une mise en perspective dépendant unilatéralement d'un lien au texte que d'un examen pragmatique des particules langagières à l'oeuvre.


Les apories des approches de la musique du second après-guerre

Révélatrice de cette dissémination des particules langagières, la musique composée dès le début du second après-guerre l'est à maints égards ; elle aura simultanément posé une question quant au statut langagier d'une improbable musique post-tonale (« L'improbable, c'est-à-dire ce qui est », écrit Yves Bonnefoy) et tenté d'y répondre, souvent dans l'urgence de la reconstruction institutionnelle de l'art, dès la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Une fois émancipée des contraintes langagières liées à la convention tonale et à ses résidus, l'oeuvre musicale produira en effet un effort incommensurable pour chercher à assumer son autonomie, notamment par la théâtralisation de sa propre activité langagière, de son propre devenir, qui peut aller, comme le note Theodor W. Adorno, jusqu'à la critique du langage - des autres langages et du sien propre -, voire au sacrifice de l'art (1982: 4, 8).






Page - 1     Page + 1


AS/SA Nº 4, Article 7 : Page 3 / 16

© 1998, AS/SA

E-mail to the editors
Pour écrire à la rédaction

1998.01.31
Revu le 19 mai 1998