Averianova, Ekaterina: "La fonction de prêtre dans le cadre sémiotique"


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Autrement dit, le rôle du chaman est celui d'un double adjuvant pour les deux mondes : il assume une fonction instrumentale autant pour son groupe que pour les esprits.

L'auteur donne le schéma syntactique des mystères chamanistes :
  • La situation initiale :
    • La dérogation des régles par l'une des parties
    • Le manque ou le méfait
    • La lutte
  • Le début de la confrontation :
    • L'acquisition de la force
    • L'acquisition de l'information de la cause du malheur
    • L'acquisition des moyens pour la médiation
  • La médiation :
    • Le déplacement
    • Le contact avec l'esprit
    • Le résultat du contact
  • Le déplacement
  • La liquidation du manque :
    • La transmission de la valeur
    • La transmission de l'information
    • La séparation de la force
    • La transmission de la valeur (p.57).
En s'appuyant sur la thématique « magie » structurée ci-dessus, on pourrait présenter le parcours communicatif du chaman (chaman-l'esprit, l'esprit-chaman) à l'aide des termes de Coquet :
  1. Le faire émetteur se situe dans la dimension cognitive correspondant à l'induction. Cette opération est propre au Sujet de quête.
  2. Le faire récepteur se situant dans la même dimension correspond à la déduction, propre au Sujet de droit. Ainsi,
    1. Vps : Iv (Id),

      où l'objet de valeur est le pouvoir, valeur actuelle au début et réalisée à la fin.
    2. Spv : Is (Id).
On pourrait supposer que chaque communication transcendante est un acte de confirmation ou de dénégation de l'identité du Sujet. La hiérarchie étant irréversible, comme le souligne Coquet lui-même (p.49), il nous paraît impossible d'accorder au Sujet un statut hypérotaxique au niveau paradigmatique. Il ne l'est que provisoirement, en tant qu'actant de la communication. Au niveau plus profond de la narration, il reste le Sujet hypotaxique.1 Par conséquent, il serait nécessaire de préciser le schème de la communication transcendante :

R (Dr, S, O)
S1 : D D : S2
où S1 = Sujet de quête, le Destinateur initial et S2 = Sujet de droit, le Destinateur final



Reste à examiner si le corpus de Mythe et Épopée I de Dumézil valide ou modifie ce modèle.


Modalisations de l'Objet
En sémiotique, on distingue l'articulation paradigmatique des valeurs (ou axiologie) et leur articulation syntagmatique (ou idéologie) :

Les valeurs participant à une axiologie, sont virtuelles et résultent de l'articulation sémiotique de l'univers sémantique collectif ; elles appartiennent, de ce fait, au niveau des structures sémiotiques profondes. En s'investissant dans le modèle idéologique, elles s'actualisent et sont prises en charge par un Sujet-individuel ou collectif __ qui est un Sujet modalisé par le vouloir-être et, subséquemment, par le vouloir-faire. C'est dire qu'une idéologie, relevant du niveau des structures sémiotiques de surface, peut se définir comme une structure actantielle qui actualise les valeurs qu'elle sélectionne à l'intérieur des systèmes axiologiques (d'ordre virtuel) (Greimas et Courtés 1993, 179).

« En d'autres termes, l'idéologie est une quête permanente des valeurs » (p.179).2
Le but initial de notre étude se définit comme une analyse de l'idéologie au sens restreint afin de construire une axiologie de base.
Il en ressort la nécessité d'envisager les valeurs sous deux aspects différents :
  1. les valeurs modales qui se trouvent investies dans des « entités syntaxiques appelées objets », définis par la relation de jonction-disjonction avec les sujets, c'est-à-dire les valeurs inscrites dans les énoncés d'état.
  2. Les valeurs axiologisées par la projection de la catégorie thymique dont les termes contraires sont dénommés /euphorie/ vs /dysphorie/ (Greimas 1983, 93-96).



________________

1. Sur la distinction des actants communicatifs et narratifs, voir Greimas et Courtés (1993, 94). [RETURN]

2. L'axiologie se réfère à l'espace thymique, et l'idéologie à l'espace modal. [RETURN]






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1998.06.20