Averianova, Ekaterina: "La fonction de prêtre dans le cadre sémiotique"


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La grille contractuelle appliquée à l'analyse de Dumézil révèle peu de contrats explicites pour les guerriers. On constate que les contrats que nous avons dégagés développent le thème de la « lutte ». Il semble donc bien que nous avons affaire ici à une série de contrats de base. Dans ces structures le « guerrier » assume le rôle actantiel du Sujet-Destinataire. A la position du Destinateur se trouve le représentant de la première ou de la deuxième fonction dans le rôle discursif de « roi ». Le guerrier se disjoint de la valeur modale du « pouvoir » (service) et du « faire » pour acquérir les valeurs modales, notamment le pouvoir et le savoir. Les parties contractantes sont présentés par les Sujets de droit. La compétence modale du guerrier a la formule suivante :

sPv : I (p) (Id),

I (p) désigne l'isotopie politique. Cette compétence ne diffère pas de la compétence du producteur. Mais, d'après la formule de Dumézil, la dimension pragmatique I (P) du guerrier est basée sur « la force physique » et celle du producteur sur « la richesse tranquille et féconde » (Dumézil 1995, 46).

Spv : I (p) (Id),

I (p) désigne l'isotopie politique.

L' « histoire transformationnelle » du guerrier connaît les métamorphoses ascendantes au supérieur niveau de la première fonction.


Corrélation des rôles thématiques de « prêtre » et de « roi »
Dumézil rapporte la première fonction au thème de la « souveraineté magique et juridique » (p.46). L'isotopie discursive met en valeur deux rôles thématiques se rapportant à cette fonction : celui du « roi juste » et celui du « prêtre ».
Parfois Dumézil explicite lui-même ce parallélisme, en caractérisant la première fonction sous deux aspects : le « gouvernement » et la « religion » (p.461), ou « l'activité politique » et « l'activité religieuse » (p.353).
Le thème de la souveraineté les unit et oppose à la « dépendance » qui est le thème implicite des autres fonctions. Dumézil stipule une hiérarchie entre les rôles de la première fonction, en indiquant que l'essentiel de la fonction est dans la « valeur morale et religieuse, supériorité intellectuelle » et la « sagesse » et non dans le « pouvoir politique » (p.111), ce qui explique le choix du terme « prêtre » pour le paradigme trifonctionnel. Il est évident que les statuts des rôles ne sont pas équivalents; le fait que l'un domine l'autre a pour résultat l'unité fonctionnelle.
Dans l'analyse de Dumézil les rôles se superposent, tandis que notre analyse exige leur spécification. L'auteur lui-même voit la cause de cette bifurcation dans le type narratif de son corpus : « [...] les types épiques de l'homme sacré ne se réduisent au prêtre, au roi des temps archaïques » (p.88).
D'autre part, l'examen de l'ouvrage analysé dégage une liste des « rois » rapportés à la deuxième et à la troisième fonctions en tant que « rois-guerriers » ou « rois-producteurs ». Quand il s'agit de ces acteurs, l'auteur ne caractérise que le côté fonctionnel de leur activité, le côté politique omis ou condamné à l'échec. On constate donc la deuxième superposition des structures actorielle et fonctionnelle qui se réduit à la formule :

producteur [N'EST PAS] roi-guerrier [N'EST PAS] roi-prêtre.

Dans cette opposition le statut de « roi », désémantisé au niveau interfonctionnel, acquiert la valeur du rôle discursif.






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1998.06.20