Averianova, Ekaterina: "La fonction de prêtre dans le cadre sémiotique"


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Mais au niveau intrafonctionnel les statuts de « prêtre » et de « roi » ne sont pas équivalents. Notons au passage, que la première fonction ne se rapporte qu'au « roi selon la justice », le « bon roi » assumant les fonctions de « prêtre » avant, après ou pendant le règne. On dirait même que l'analyse de Dumézil s'appuyant sur le corpus épique et historique focalise précisément la fonction du « prêtre-roi », la fonction du « prêtre » proprement dit étant marginalisée. Nous pouvons maintenant tenter de dessiner le tableau de la trifonctionnalité qui différencie les rôles discursif et thématique du « roi » :



Les rôles thématiques sont représentés par les ronds numérotés et le rôle discursif du « roi » par les rectangles.
Il convient de noter ceci : les thèmes de la « souveraineté juridique » et du « gouvernement » ne se rapportent qu'au « prêtre-roi ». Si l'on admet que la première fonction est divisée en deux pratiques sémiotiques différentes __  celle de la « religion » et celle du « gouvernement »__  on regroupe les rôles discursifs et thématiques de Mythe et Épopée I dans la combinatoire suivante :

Rôles thématiques :
  1. « prêtre » ,
  2. « prêtre-roi »,
  3. « guerrier »,
  4. « producteur ».

Rôles discursifs :
  1. le brahmane, le pontife, le précepteur, le guru, les membres de la famille des « intellectuels » ;
  2. le roi-guerrier, le prince ksatriya, les ksatriya, le chef d'armée,le généralissime ; les Forts ;
  3. le roi-agriculteur, les Riches, l'artisan, le roi-vasiya, les vasiya ;
  4. (?) le roi-usurpateur, la princesse, etc.

L'opposition /prêtre-roi/ vs /roi/ est donc bien pertinente. Reste à savoir, si elle se double d'une opposition Idéal vs Réel.
En effet, Dumézil souligne à plusieurs reprises le caractère idéal, « explicatif » de la division tripartite de la société (p.479, 88, 290), ce qui semble bien mettre en cause l'élément « Idéal » comme critère pour différencier les statuts :

prêtre-roi vs roi
Idéal Réel

Cette opposition se trouve aussi surdéterminée par une opposition d'ordre thymique, la conjonction avec l'Idéal provoquant l'idyllie (euphorie), celle avec le Réel la dysphorie.
Une référence à l'ouvrage de Dumézil confirmera notre distinction entre les rôles thématiques « prêtre-roi » __ « prêtre ». L'auteur constate l'existence d'une

tension continuelle, chez Yudhisthira, entre deux idéaux : d'une part, l'accomplissement rigoureux de son devoir de ksatriya couronné et de « roi moral » ; d'autre part, le renoncement, sous toutes les formes, à la victoire, au trône, à la vie publique. Plus d'une fois on le voit aspirer à la vie d'ermite bien avant d'avoir atteint l'âge où elle devient recommandable (p.88).

Celui-ci veut renoncer à ses droits avant la guerre, puis il essaie de refuser le trône (p.124-125, 68).
Deuxièmement, Numa consent à devenir roi « avec répugnance » (p.303).
Enfin, Drona, dans sa jeunesse, ne pense qu'à devenir brahmane, les circonstances détournent cette intention (p.224-225).
Il en découle la formule suivante (dans le cadre de l'ouvrage analysé) : tous les rois moraux sont « prêtres », mais pas tous les prêtres sont rois.






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1998.06.20