Averianova, Ekaterina: "La fonction de prêtre dans le cadre sémiotique"


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Insistons sur une remarque de Dumézil : « Même s'il [Drona] se comporte ensuite en ksatriya et en roi, Drona est né brahmane, a d'abord été seulement brahmane et demeure brahmane dans sa deuxième vocation » (p.223).
Cette observation est intéressante à beaucoup d'égards. On constate tout d'abord la pertinence de l'opposition

prêtre vs guerrier + producteur

qui met en évidence la polyvalence de la fonction supérieure. On notera également que la combinatoire « prêtre-guerrier » n'attire pas l'attention de Dumézil, qui se concentre par excellence sur la première fonction. Par ailleurs, il serait important d'expliciter ce rôle. Serait-ce un rôle thématique ou discursif? La visée syntagmatique découvre des possibilités de combinaisons

prêtre ---> guerrier ---> roi (Drona),

prêtre-guerrier ---> prêtre-roi (Romulus),

guerrier ---> prêtre-guerrier ---> prêtre ---> prêtre- roi (Enée),

roi-guerrier ---> prêtre (p.561).

On pourrait détecter d'autres combinaisons notées par l'auteur au passage :

guerrier-prêtre (Arjuna),

producteur-guerrier (Nakula, l'un des jumeaux, voir p.106-107),

producteur-prêtre (Sahadeva, l'un des jumeaux, voir p.109-114).

On trouve alors dans le voisinage des oppositions fonctionnelles une palette assez large d'oppositions plus ou moins pertinentes pour le corpus de Dumézil. Reste à valider cet inventaire.


Pratique religieuse

I. Modèle pédagogique

A partir du rôle thématique de « prêtre » on précisera le thème global de la fonction supérieure comme celui de la « souveraineté magique ». Des oppositions thématiques s'imposent immédiatement. L'opposition infrafonctionnelle

souveraineté magique vs souveraineté juridique

se double d'une opposition

Tout vs Partie.

Ainsi, on déduit l'opposition

religion vs gouvernement
Tout Partie
ou

souveraineté magique vs souveraineté juridique
Tout Partie

Aussi, on démontre le dénominateur commun (souveraineté) et le caractère de la corrélation logique qui est quantitatif. 1
La « religion » est définie dans le Petit Robert comme « un ensemble d'actes rituels liés à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destiné à mettre l'þme humaine en rapport avec Dieu » (p.1654). Puisqu'il faut prendre en considération qu'il s'agit des sociétés primitives, la définition de la « magie » nous paraît aussi pertinente : « ensemble de procédés d'actions de connaissances à caractère secret, réservé » (p.1128).
Le thème religieux et magique met en valeur l'opposition entre le savoir sacré et le savoir profane. Le savoir s'avance donc comme un attribut de la souveraineté, le savoir sacré étant la base du savoir profane.
Dans le corpus de Dumézil le prêtre participe à deux contrats de niveaux différents. Dans le contrat social le prêtre domine la structure contractuelle, en s'adressant au Destinataire immanent social (c'est-à-dire à toute la société trifonctionnelle où les fonctions sont harmonisées dans le cadre du contrat). Ainsi, Romulus transforme la religion des Sabins et fonde avec leur roi, Tatius, la religion de la communauté nouvelle.
Les valeurs proposées par le Destinateur (le savoir sacré) sont indispensables, possibles et véritables pour le Destinataire représentant les autres fonctions.
La compétence modale de « prêtre » se formule comme celle du Sujet de droit et se place sur l'isotopie religieuse :

Spv : I (R) (Id),

I (R) désigne l'isotopie religieuse et (Id) l'isotopie déontique.


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1. Ce rapport quantitatif explique, du point de vue logique, le rejet qu'affiche le « prêtre » de devenir « roi » : cette transformation diminue le pouvoir. [RETURN]





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1998.06.20