Claudine Elnécavé : « Cyrano de Bergerac, ou la tragédie du nez »


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Cyrano, au fond, est la tragédie du nez, car c'est celle de l'homme au nez. Avant même l'entrée en scène de Cyrano, Ragueneau décrit le protagoniste : 

« Il promène, en sa fraise à la Pulcinella, Un nez !... Ah ! messeigneurs, quel nez que ce nez-là !... On ne peut voir passer un pareil nasigère sans s'écrier: "Oh ! non, vraiment, il exagère!"» (Rostand 1930: I,i: 25.)

Toute l'intrigue tourne autour de cet appendice planté au milieu du visage, qui, en général, n'est pas regardé, que l'on ignore par pudeur. Le nez est le fil conducteur de l'intrigue, il fait l'intrigue, il est l'intrigue. En un mot, le nez est un actant principal.

Que le nez soit actant n'a rien de nouveau, les exemples de nez actants abondent dans la littérature du personnage de Nasone au grand nez d'Ovide en passant par Gogol, des contes licencieux du XVIIIe siècle à la littérature enfantine illustrée par Pinocchio. Des personnages: le Doctor et Pantalone, de la Commedia dell'arte, dont la troupe porte sur ses masques des nez imposants jusqu'aux oeuvres d'art, telle la célèbre sculpture de nez de Giacometti. Il y a donc un retour aux mythes. Entre Cyrano et son nez se crée une symbiose où le nez est l'actant. D'objet/organe, il devient sujet /personnage ayant une âme, une personnalité propre :

« Attendu qu'un grand nez est proprement l'indice d'un homme affable, bon, courtois, spirituel, libéral courageux tel que je suis (...) » (I,iv: 43)








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AS/SA Nº 8, Article 6 : Page 4 / 7


© 1999, Applied Semiotics / Sémiotique appliquée

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1999.12.04