C'est en pensant très personnellement à Claude Gandelman (« Za'l ») que j'ai repris ici un sujet que j'ai abordé il y a une vingtaine
d'années dans un Colloque qu'il avait organisé, avec Michel Elial, à l'Université Ben-Gourion du Néguev et qui portait sur « la Lisibilité et la
Visibilité »2. Il a activement participé, avec Louis Marin et Hubert Damisch, invités de France, au débat qui a suivi cet exposé.
Je m'y suis attaché à l'intérêt tout à fait particulier que Picasso a porté à l'oeuvre de Mallarmé depuis l'époque où il a fréquenté les cafés symbolistes de
Barcelone jusqu'à la fin de sa vie. Lorsque Maeght a demandé à Matisse d'illustrer les Poésies de Mallarmé, il en a été blessé et celui-ci lui a proposé,
pour apaiser sa rancune, d'illustrer Le Chef-d'oeuvre inconnu, de Balzac. Il a alors acheté une édition originale de ces Poésies et l'a
transformée en une sorte de journal intime et de carnet de travail où il a inscrits des faits significatifs de sa vie. Le 25 avril 1945, par exemple, il a coupé sa fameuse
mèche couleur aile-de-corbeau et il a attaché une telle importance à ce geste qu'il l'a raconté à Brassaï (1964: 174) et à André Malraux (1974: 97sq) et qu'il
l'a commémoré dans un dessin (cf. Boeck et Sabartès 1955: 247)

Figure 1: © Succession Picasso
en forme de triptyque, autrement dit de « Memento mori », où il a représenté, au centre, un portrait de Mallarmé, à gauche, l'un de ses
« Tombeaux », le « Tombeau d'Edgar Poë » (Mallarmé 1945: 70) et, à droite, une large tache noire,
représentative, selon le poème, de la mort, du cosmos et de l'infini. Il a ensuite dessiné d'autres « Portraits » de Mallarmé (Europe 1976)
et peint quelques autres oeuvres qu'il a rapportées à ses poésies (Johnson 1977).
______________
1. David Mendelson, Professeur d'Université, Département de Français, Université de Tel Aviv, 69978 Ramat Aviv, Israël, Fax 972 3 6415153.
[RETOUR]
2. Université de Beersheba, Colloque international, « Lisibilité et visibilité », 26 avril-3 mai 1981.
[RETOUR]
|