La Sémiotique de la métastabilité chez Claude Gandelman




Gérard Deledalle

Université de Perpignan






Claude Gandelman fut un sémioticien érudit, original et créateur. Lors de sa soutenance d'habilitation à diriger des recherches en littérature comparée, à l'Université de Limoges, le 22 septembre 1994, où j'étais membre du jury, il fut demandé au candidat, comme il est d'usage, de faire un bilan des résultats de ses recherches, de décrire les méthodes utilisées pour les mener à bien et d'exposer ses projets. Ce fut donc l'occasion pour Claude de défendre sa conception comparatiste de la sémiotique du texte et de l'image, de la littérature et des arts graphiques. S'agissant des méthodes utilisées, Claude dit qu'il a fait feu de tout bois. C'est vrai et c'est faux, car il y a une méthode Gandelman qui est un prolongement de son oeuvre trop brutalement interrompue. Il est vrai qu'il utilisa différentes méthodes au gré des sujets traités et des circonstances de publication et Claude de citer Greimas, Peirce, Austin et incidemment Jakobson et Bakhtine. Les applications des méthodes greimassienne, peircienne et performative sont exemplaires et quasiment des cas d'école, des modèles du genre:
  • la méthode greimassienne et le carré sémiotique dans « Penetrating Doors » (Reading Pictures/Viewing Texts, p.36-55)
  • la méthode peircienne et le signe triadique dans « The semiotics of artistic signatures: a Peircian study », (1985).
  • la méthode performative et la pragmatique de John Austin dans « Le geste du "montreur" », chapitre dans Le regard dans le texte (1986).
La méthode qui est propre à Claude Gandelman s'inspire d'Austin et de Peirce, autrement dit de la pragmatique et du pragmatisme. Je me souviens, comme signe avant-coureur de la dernière position de Claude, de son intervention au colloque international que j'avais organisé à Perpignan en 1983 sur le thème « Sémiotique et pragmatique » (Deledalle 1989). La communication de Claude s'intitulait « Du sens commun comme catastrophe &187;. A la fin de sa vie, Claude Gandelman faisait reposer sa méthode sur l'idée de métastabilité. Il s'avère que pour lui, la métastabilité est indiscutablement liée à l'ostension. L'ostension est partout, surtout dans ses deux livres. La question qui se pose au sémioticien est celle du rôle de l'icône dans l'ostension. Comment et pourquoi l'icône serait-elle « performative »? La réponse de Claude est quasi-peircienne : « la seule façon de communiquer directement une idée est par le moyen d'une icône et toute méthode indirecte pour communiquer une idée doit dépendre pour son établissement de l'utilisation d'une icône ». Peirce ne disait pas autre chose :

La seule façon de communiquer directement une idée [un graphe] est par le moyen d'une icône [une instance de graphe]; et toute méthode indirecte pour communiquer une idée doit dépendre pour son établissement de l'utilisation d'une icône. Par suite, toute assertion doit contenir des signes dont la signification n'est explicable que par des icônes. L'idée que signifie l'ensemble des icônes (ou l'équivalent d'un ensemble d'icônes) contenues dans une assertion peut être appelée le prédicat de l'assertion). (1935: 2.278), notre traduction

Une deuxième question centrale est la suivante: La métastabilité est-elle une sorte de structure objective dialectique? Rappelons que Claude fait allusion à la Gestalt et à Wittgenstein (1953) à propos du « canard-lapin ». Pour mieux comprendre, il faut se rappeler que Wittgenstein a emprunté le canard-lapin à Joseph Jastrow qui fut un étudiant de Peirce à l'Université Johns Hopkins. Ce point de détail n'est pas négligeable, car Jastrow écrivit avec Peirce des articles sur la psychologie et, entre autres, sur les petites sensations et les images « à disposition », pour reprendre l'expression de Wittgenstein. Si la « Gestalt » n'est pas une propriété des choses, comment cette stabilité peut-elle s'expliquer? Soit l'image du lapin-canard de Jastrow.



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© 1999, Applied Semiotics / Sémiotique appliquée

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1999.12.04