Susanne Feigenbaum : « Présentation du numéro »


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Les autres contributions se font implicitement l'écho des considérations théoriques. En traitant un ressort exploité par Claude Gandelman, ils font face au rapport pendulaire entre deux sphères de signification ou de création. Ainsi, le premier groupe s'occupe du langage. Jacqueline Michel interroge l'érotisme du poème chez Jude Stéfan, où la parole poétique toréée, déconstruite, se fait écriture. Montrant que le poème est à la fois un lieu de l'assassinat en écriture et un chantier de langage, elle entre dans le vif du renversement catastrophique existentiel et de l'ecphrasis. Dans l'article de Bernard Zelechow, traitant du thème de l'holocauste dans les films de Chantel Akerman, nous retrouvons l'écho de la métastabilité se dégageant de la mystique juive abordée dans Gandelman (1995b). L'interdiction et la nécessité de nommer oscillent dans les dialogues filmiques. On y trouve d'une part des exposés éloquents et corrects sur le plan grammatical, mais ne transmettant aucun contenu valable et d'autre part l'impossibilité de parler correctement ou de s'exprimer du tout, symbolisant une identité réduite sans-nom et sans-logis. Yishai Tobin travaille dans la linguistique textuelle. Dans ses multiples publications, il a suffisamment démontré l'intérêt de saisir le signe dans sa distribution actualisée. Ici, une telle lecture est faite de deux prépositions temporelles anglaises. Till représente l'aspect non-télique du procès ouvert, tandis qu'until désigne l'aspect résultatif du procès perfectif. Tobin argumente que till fonctionne comme arrière-plan, où des périodes temporelles prolongées sont impliquées, alors que le signe until est marqué, indiquant un tournant narratif. Ainsi, l'analyse de Tobin nous livre implicitement une vue partielle du mouvement réversible étudié par Gandelman : c'est la narration se dirigeant vers le point extrême, tout en déterminant l'incompatibilité entre le champ directionnel et l'espace périphérique.

Un deuxième groupe s'intéresse à l'ecphrasis. Efraim Sicher fait la comparaison entre la peinture et l'écriture de la figure de « l'artiste de la faim » dans les textes des poètes Baudelaire, Kafka, et Rilke de même que dans les peintures de Chagall et de Picasso. Le jeûne est la métaphore pour la condition artistique, oscillant entre la nécessité d'être affirmée par un public et le besoin de combler cet état de manque. David Mendelson met en analogie les espaces métastables de même que l'ecphrasis chez Mallarmé et chez Picasso. Chez celui-là, la langue obtient une valeur plastique et picturale, chez celui-ci, la peinture sert souvent de support pour la poésie. En utilisant les divers plans d'expression introduits par Mallarmé, Picasso ne s'est pas seulement inspiré de lui, il a participé à son oeuvre. Noam Flinker souligne la valeur scientifique de Gandelman (1984e) portant sur la poésie de Donne et les cartes anthropomorphes et il vérifie en même temps la vision alternative du canard-lapin de Wittgenstein. Selon lui, l'évocation d'un système sémiotique à côté d'un autre n'empêche pas l'entrée dans l'imaginaire de Donne, où tous les aspects sont disponibles et accessibles de manière concomitante.

En remerciant les rédacteurs de AS/SA d'avoir accepter d'intégrer ce numéro dans leurs publications, nous nous permettons d'ajouter une note plus personnelle. Feu Claude Gandelman fut un des premiers chercheurs à amener son portable pour travailler à la bibliothèque de l'Université de Haïfa et ce fut également un pionnier dans l'utilisation du e-mail. Nous croyons que cette forme de publication sur Internet lui aurait parfaitement convenu.




Référence :


Feigenbaum, Susanne (1997). « Commemorative Essay: Claude Gandelman (1936-1996) ». Semiotica, vol.117 no.1, pp.1-13.







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AS/SA Nº 8, Introduction : Page 4 / 4


© 1999, Applied Semiotics / Sémiotique appliquée

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1999.12.04