Hybridation et métissage sémiotique.

L'adaptation multimédiatique




Denis Bachand

Département de communication, Université d'Ottawa







Introduction


À la fois outil et symbole de la société de l'information, l'ordinateur fait désormais partie intégrante de l'instrumentation d'un nombre grandissant de pratiques artistiques. Cette dissémination généralisée, qui hausse la machine informatique au rang emblématique de ce que Frau-Meigs (1996  :17) à la suite de Bolter (1984) appelle une « technologie de référence », impose une rationalité particulière qui influe directement sur les processus cognitifs et les modes d'expression qu'ils génèrent. Si l'on admet avec McLuhan qu'une dynamique de recyclage et d'intégration préside à l'émergence d'un nouveau média, on comprend également que ce dernier introduit des enjeux esthétiques, sémiotiques et épistémologiques inédits dans le champ culturel 1. Dernier en date à se saisir de la littérature à la suite de la presse, de la radio, du cinéma, de la bande dessinée et de la télévision, le multimédia développe un langage distinctif qui emprunte de ses prédécesseurs tout en façonnant de nouvelles modalités d'écriture et de lecture.

Il existe plusieurs types de fictions littéraires multimédiatiques. Selon le support utilisé, on distinguera par exemple les oeuvres spécifiquement créées sur la toile hypermédia (internet) de celles qui logent sur disque numérique (cédérom) ou encore de celles qui résultent de leur couplage. Les premières autoriseraient selon certains une ouverture totale (voire une sémiosis infinie au sens de Peirce) en permettant une multiplication théoriquement illimitée des hyperliens. Dans l'ouvrage fondamental qu'il consacre au concept d'hypertexte, George Landow (1992 : 5-6), s'inspirant des propos de Roland Barthes sur le « lisible et le scriptible », va jusqu'à proposer que cette nouvelle textualité électronique permet d'opérer la fusion des instances de production et de réception en un nouvel amalgame désigné sous l'appellation wreader, synthèse du writer et du reader. La technologie informatique réunirait ainsi les conditions nécessaires à la réalisation du projet littéraire consistant, selon Barthes (1970  :10), à « faire du lecteur, un producteur du texte ». Il est vrai que la description qu'il propose du « texte idéal » annonce certaines caractéristiques de l'hypertexte tel qu'il s'est développé avec la généralisation de l'ordinateur personnel :
Dans ce texte idéal, les réseaux sont multiples et jouent entre eux, sans qu'aucun puisse coiffer les autres ; ce texte est une galaxie de signifiants, non une structure de signifiés ; il n'a pas de commencement ; il est réversible ; on y accède par plusieurs entrées dont aucune ne peut à coup sûr être déclarée principale ; les codes qu'il mobilise se profilent à perte de vue [...], ayant pour mesure l'infini du langage (Barthes 1970 :12)


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1. On sait que pour McLuhan : « Le contenu d'un nouveau médium est généralement un médium plus ancien : le contenu de l'écriture est la parole ; celui de l'imprimerie, l'écriture ; celui du télégraphe, l'imprimerie ; celui du cinéma, le roman ; et celui de la télévision, le film », C. H. Cornford, Marshalling the Clues, dans Marshall McLuhan. D'oeil à oreille, traduction de Derrick de Kerckhove, Montréal, Éditions HMH, 1977, p.16. [RETOUR]


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2000.06.18