Ekaterina Averianova : « Le devenir d'un saint »

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Revenons à notre texte.
Quelques jours se sont écoulés, et le diable l'a séduit. Pendant son chant Nikita a entendu la voix de celui qui priait avec lui, et a senti un arome indicible, et, étant séduit par cela, s'est dit lui-même : « Si ce n'était pas un ange, il ne prierait pas avec moi et il n'y aurait pas ici l'arome du saint Esprit » (517-519).
Comme on voit, le Sujet a l'intention de participer au modèle transcendant de la pratique religieuse, c'est pourquoi il entreprend le programme discursif « prier. » Ayant entendu la voix et ayant senti l'odeur — les premiers signes d'un être surnaturel — le Sujet s'adresse à Dieu avec prière de lui apparaître.
Alors il y a une voix : « Je ne t'apparaîtrai pas, car tu es encore jeune et, dans ton orgueil, tu tomberas ». L'ermite répond en larmes : « Non, Seigneur, je ne serai pas séduit, car mon supérieur m'a appris à ne pas écouter les séductions du diable, tout ce que tu me commanderas, je l'accomplirai » (519).
Le Sujet prend la voix pour vraie. Il salue le diable apparu sous la forme d'un ange. Ce dernier lui a proposé un contrat : « Ne prie pas, lis seulement des livres, et de cette façon tu parleras avec Dieu, et des livres tu extrairas un mot utile pour ceux qui viendront chez toi. Moi, je prierai constamment mon créateur pour ton salut » (519). Nous sommes en présence d'une manipulation au niveau de la séduction, quand le Sujet-destinataire est conjoint au vouloir faire (Greimas & Courtés 1993 : 221). Le PN du manipulateur (la Séduction) prévoit la conjonction du Sujet avec la valeur positive — l'honneur. La structure de la manipulation peut être présentée sous la forme des modalités faire-vouloir-faire et faire-ne pas devoir faire. La persuasion a la forme du contrat injonctif : le Sujet s'oppose au manipulateur, lorsque l'axiologie est contraire. Le manipulateur substitue la prière, l'activité principale du prêtre, à une activité secondaire — la lecture. Le choix par le Sujet manipulé par son vouloir-faire signifie l'acceptation des fausses valeurs.

Le manipulateur exerce son faire persuasif en s'appuyant sur la modalité du savoir : sur la dimension cognitive il communique un jugement positif sur la compétence modale du Sujet (ibid.)

Au niveau de la compétence modale du Destinataire et ne prenant en compte que la seule modalité du pouvoir-faire, quatre positions sont prévisibles (ibid.) :












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© 2000, Applied Semiotics / Sémiotique appliquée

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2000.06.19