Ekaterina Averianova : « Le devenir d'un saint »


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Greimas et Courtés proposent de dénommer les sortes de sous-codes d'honneur que met ainsi en jeu la manipulation (du point de vue du Sujet-destinataire) dans notre univers socioculturel : codes de la « souveraineté » (liberté + indépendance), de la « soumission » (obéissance + impuissance), de la « fierté » (liberté + obéissance) et de l'« humilité » (indépendance + impuissance). Le Sujet-destinataire suit dans notre cas le code de la « soumission. » Son PN de base devient la conjonction avec l'honneur et non pas avec le savoir. Ainsi, le moine a été séduit. Il a cessé de prier et lisait beaucoup. Donc, son PN d'usage devient la conjonction avec le faux savoir.

« Nikita causait avec ceux qui venaient dans l'intérêt de l'âme et a commencé à prophétiser ; et il a eu une grande renommée, et tous s'étonnaient que ses prédictions se réalisaient » (519). La vie de Nikita précise le caractère du savoir reçu par le Sujet : « Mais le diable ne connaissait pas l'avenir, et ce qu'il faisait lui-même ou à quoi il poussait de mauvais gens -- soit tuer soit voler -- il l'annonçait » (519). Il est aussi indiqué que le Sujet a surpassé tous ses pairs en connaissance des livres de l'Ancien Testament. « Quant à l'Évangile et aux Apôtres, ces saints livres qui nous ont été transmis dans la grâce pour notre confirmation et correction, il ne voulait ni les voir ni les entendre ni les lire et ne permettait pas de causer d'eux avec soi » (519). Notons qu'une partie du savoir reçu était secrète (de l'anti-Destinateur), l'autre partie était prise de la périphérie du savoir sacré. Le vrai savoir était inaccessible au Sujet. Ses prophéties avaient le caractère de la « magie » et non pas de la merveille chrétienne, car toute la communication avec Dieu a été interrompue. L'activité du Sujet comme prophète est devenue dangereuse pour la société. Les saints pères ont compris que le Sujet avait cédé à la séduction de l'anti-Destinateur et lui sont venus en aide :
Et tous ces porteurs de Dieu sont venus chez le séduit et, ayant prié Dieu, ont chassé de lui le diable, et après cela il ne l'a plus vu. Puis ils l'ont sorti de la caverne et l'ont interrogé sur l'Ancien Testament pour entendre de lui quelque chose. Nikita jurait qu'il n'avait lu jamais ces livres, et celui qui jadis connaissait par coeur les livres juifs, ne savait pas du tout maintenant un seul mot écrit, et, à parler franchement, ne savait aucun mot écrit, ces pères-là lui ont appris à peine à lire (521).

Ainsi, le Sujet a perdu le savoir du livre, une partie intégrante de sa compétence.

Le Sujet est sorti de la communication pernicieuse avec l'anti-Destinateur à l'aide des représentants du Destinateur. De cette façon, le Sujet a essuyé une défaite dans la première épreuve.


Épreuve décisive et épreuve glorifiante

Le Sujet passe heureusement les autres examens :
Après cela Nikita s'est adonné à l'abstinence, et à l'obéissance, et à la vie pure et humble tellement qu'il a surpassé tous en vertu ; et puis il a été désigné évêque de Novgorod pour sa grande vertu. Et il a fait maintes merveilles : un jour pendant la sécheresse, ayant prié Dieu, il a fait descendre la pluie du ciel, puis a éteint l'incendie dans la ville. Et à présent on l'honore avec tous les saints, saint et bienheureux Nikita (ibid).










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AS/SA Nº 9, Article 2 : Page 6 / 8


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2000.06.19