Illustration from an early edition of the Méditations poétiques (Bibliothèque Nationale)

A frame from Hergé’s Tintin: Trésor de Rackham le Rouge. Casterman, 1947.
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Le Lac Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges Jeter l’ancre un seul jour? O lac! l’année à peine a fini sa carrière, Et près des flots chéris qu’elle devait revoir Regarde! je viens seul m’asseoir sur cette pierre Où tu la vis s’asseoir! […] Un soir, t’en souvient-il? Nous voguions en silence; On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux. Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos; Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère Laissa tomber ces mots : «O temps, suspends ton vol! et vous, heures propices, Suspendez votre cours! Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! […] Aimons donc, aimons donc! de l’heure fugitive Hâtons-nous, jouissons! L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive; O lac! rochers muets! grottes! forêt obscure! Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir! […] Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire, Tout dise : «Ils ont aimé!» |
The Lake And so, driven on ceaselessly toward new shores, carried beyond return into eternal darkness, shall we never cast anchor for a single day in the ocean of time? O lake! the year has scarce run its course, and by the cherished waves that she was meant to see again, see now! I come alone to sit upon this stone where you saw her sit! One evening, do you remember? we were sailing in silence, hearing over the waters and beneath the heavens only the distant rhythmic beat of oarsmen on your harmonious waves. Suddenly, a voice, its strains unknown on earth, struck echoes from the enchanted shore; the waters listened, and the voice which is precious to me spoke these words: «O time, suspend your flight! and you, fortunate hours, stay your journey! Let us savour the fleeting delights of the finest of our days. Let us love, then, let us love! be quick to enjoy the fleeting hour! Mankind has no harbour, time has no shore; it flows, and we pass on!» O lake! wordless rocks! caves! dark forest! You who are untouched or made young again by time, cherish, fair nature, cherish at least the memory of that night. Let the moaning wind, the sighing reed, the gentle scents of your fragrant air, let all that is heard, seen or breathed, let all say: «They have loved!» |