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Textes du XVIIIe siècle.
Beaumarchais
Le barbier de Séville
« Un barbier de qualité »
1775


Introduction to French Studies -- Pascal Michelucci -- FRE 180Y (L0301)


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Acte I.

(Le Comte Almaviva, Figaro)

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LE COMTE
     Fort bien. Apprends donc que le hasard m'a fait rencontrer au Prado, il y a six mois, une jeune personne d'une beauté !... Tu viens de la voir. Je l'ai fait chercher en vain par tout Madrid. Ce n'est que depuis peu de jours que j'ai découvert qu'elle s'appelle Rosine, est d'un sang noble, orpheline et mariée à un vieux médecin de cette ville, nommé Bartholo.

FIGARO
     Joli oiseau ma foi ! dificile à dénicher ! Mais qui vous a dit qu'elle était femme du Docteur ?

LE COMTE
     Tout le monde.

FIGARO
     C'est une histoire qu'il a forgée en arrivant de Madrid, pour donner le change aux galants et les écarter ; elle n'est encore que sa pupille, mais bientôt...

LE COMTE, vivement
     Jamais. Ah quelle nouvelle ! J'étais résolu de tout oser pour lui présenter mes regrets, et je la trouve libre ! Il n'y a pas un moment à perdre ; il faut m'en faire aimer, et l'arracher à l'indigne engagement qu'on lui destine. Tu connais donc ce tuteur ?

FIGARO
     Comme ma mère.

LE COMTE
     Quel homme est-ce ?

FIGARO vivement
     C'est un beau gros, court, jeune vieillard, gris, pommelé, rusé, rasé, blasé, qui guette et furète et gronde et geint tout-à-la-fois.

LE COMTE impatienté
     Eh ! je l'ai vu. Son caractère ?

FIGARO
     Brutal, avare, amoureux et jaloux à l'excès de sa pupille, qui le hait à la mort.

LE COMTE
     Ainsi ses moyens de plaire sont...

FIGARO
     Nuls.

LE COMTE
     Tant mieux. Sa probité ?

FIGARO
     Tout juste autant qu'il en faut pour n'être point pendu.

LE COMTE
     Tant mieux. Punir un fripon en se rendant heureux...

FIGARO
     ... c'est faire à la fois le bien public et particulier : chef-d'oeuvre de morale, en vérité, Monseigneur !

LE COMTE
     Tu dis que la crainte des galants lui fait fermer sa porte ?

FIGARO
     A tout le monde : s'il pouvait la calfeutrer...

LE COMTE
     Ah ! diable, tant pis. Aurais-tu de l'accès chez lui ?

FIGARO
     Si j 'en ai ! Primo, la maison que j'occupe appartient au docteur qui m'y loge gratis.

LE COMTE
     Ah, Ah ?

FIGARO
     Oui. Et moi en reconnaissance, je lui promets dix pistoles d'or par an, gratis aussi.

LE COMTE impatienté
     Tu es son locataire ?

FIGARO
     De plus, son barbier, son chirurgien, son apothicaire ; il ne se donne pas dans sa maison un coup de rasoir, de lancette ou de piston, qui ne soit de la main de votre serviteur.

LE COMTE l'embrasse
     Ah ! Figaro, mon ami, tu seras mon ange, mon libérateur, mon dieu tutélaire.


GRIMOIRE-FRE 180Y
©Pascal Michelucci
Créé le 28 juillet 1996. Mis à jour le 27 août 1999.