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Textes du XIXe siècle
Alphonse de Lamartine
Harmonies poétiques et religieuses
« Pensée des morts »
1830


Introduction to French Studies -- Pascal Michelucci -- FRE 180Y

| René | Les Djinns | « Pensée des morts » | La mare au diable | Lorenzaccio |
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Le Colonel Chabert | Madame Bovary | L'Assommoir | « Spleen » | « Les Chercheuses de poux » |



    L'évocation de la nature est un des grands thèmes traités par les romantiques. Lamartine offre un exemple typique de cette thématique, en ce qu'elle est reliée au thème de la mort. Lamartine a écrit ce poème après la mort de plusieurs membres de sa famille : ce qui est plus important, toutefois, est la manière unique qu'il adopte pour sublimer sa douleur et la relier à l'univers, dans une vision religieuse personnelle.

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Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon ;
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon ;
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais ;
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.

L'onde n'a plus le murmure
Dont elle enchantait les bois ;
Sous des rameaux sans verdure
Les oiseaux n'ont plus de voix ;
Le soir est près de l'aurore ;
L'astre à peine vient d'éclore
Qu'il va terminer son tour ;
Il jette par intervalle
Une lueur, clarté pâle
Qu'on appelle encore un jour.

L'aube n'a plus de zéphyr
Sous ses nuages dorés ;
La pourpre du soir expire
Sur les flots décolorés ;
La mer solitaire et vide
N'est plus qu'un désert aride
Où l'oeil cherche en vain l'esquif ;
Et sur la grève plus sourde
La vague orageuse et lourde
N'a qu'un murmure plaintif.

La brebis sur les collines
Ne trouve plus le gazon ;
Son agneau laisse aux épines
Les débris de sa toison ;
La flûte aux accords champêtres
Ne réjouit plus les hêtres
Des airs de joie ou d'amour.
Toute herbe aux champs est glanée :
Ainsi finit une année,
Ainsi finissent nos jours !

C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents ;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
A l'approche des hivers.

C'est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir,
Tendres fruits qu'à la lumière
Dieu n'a pas laissé mûrir !
Quoique jeune sur la terre,
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison ;
Et quand je me dis en moi-même :
« Où sont ceux que ton coeur aime ? »
Je regarde le gazon.

Leur tombe est sur la colline,
Mon pied la sait ; la voilà !
Mais leur essence divine,
Mais eux, Seigneur, sont-ils là ?
Jusqu'à l'indien rivage
Le ramier porte un message
Qu'il rapporte à nos climats ;
La voile passe et repasse ;
Mais de son étroit espace
Leur âme ne revient pas.

Ah ! quand les vents de l'automne
Sifflent dans les rameaux morts,
Quand le brin d'herbe frissonne,
Quand le pin rend ses accords,
Quand la cloche des ténèbres
Balance ses glas funèbres,
La nuit, à travers les bois,
A chaque vent qui s'élève,
A chaque flot sur la grève,
Je dis : « N'es-tu pas leur voix ? »




1. Quels moments de changement sont évoqués dans ce poème ? Comment sont-ils reliés ?
2. Comment la nature est-elle décrite ? Relevez les images de la terre, de l'air, de l'eau et de la lumière.
3. Comment le rythme et l'accumulation créent-ils une ambiance de calme et de tristesse ?
4. Quel nouvel élément apparaît dans les trois dernières strophes ?
5. Etudiez l'effet des répétitions et du rythme dans le dernier dizain. Comment est-il relié au sens ?


GRIMOIRE-FRE 180Y
©Pascal Michelucci
Créé le 28 juillet 1996. Mis à jour le 22 septembre 1999