Table principale



Table secondaire





Textes du XVIIe siècle.
Jean de La Fontaine
Les fables
« Les Membres et l'Estomac »
1668-1693


Introduction to French Studies -- Pascal Michelucci -- FRE 180Y (L0301)

| La guirlande de Julie | Discours de la méthode | Les précieuses ridicules | L'avare | Maximes |
|
Pensées | Iphigénie | Phèdre | Les Animaux malades de la peste | Le héron | Les Membres et l'Estomac |
|
La Princesse de Clèves | L'exécution d'une empoisonneuse | Le Petit Chaperon rouge |



  Vers 1650, la France a connu la Fronde, une révolte populaire des Parisiens mécontents des abus du pouvoir royal. Quelques années plus tard, devant les exigences financières croissantes du nouveau ministre Colbert, certains personnages du royaume s'inquiétaient d'une nouvelle révolte. C'est vers cette époque que La Fontaine a écrit cette fable, qui semble soutenir le roi.

1



5




10




15




20




25




30

Je devais par la royauté
Avoir commencé mon ouvrage :
À la voir d'un certain côté,
De Monsieur Gaster elle est l'image :
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent .

De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
«  Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons , nous peinons comme bêtes de somme.
Et pour qui ? Pour lui seul : nous n'en profitons pas.
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chômons , c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre. »
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher :
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent :
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il ne se forma plus de nouveau sang au coeur.
Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu'ils croyaient oisifs et paresseux,
À l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.

Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale.
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement.
Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit le marchand, gage le magistrat,
Maintient le laboureur, donne paie au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l'État.

  1. L'hommage au roi du début est-il vraiment sincère ? Quelle pourrait être sa fonction (à part l'hommage) ? Quelle importance faut-il accorder à « devais » ?
  2. La Fontaine défend-il le principe de la royauté ou le roi lui-même ? N'est-ce pas une manière de rappeler sa fonction au roi ? Cette anecdote soutient-elle vraiment la supériorité du pouvoir royal  ?
  3. Les remarques des membres dans l'anecdote centrale sont-elles justes ?
  4. La dernière strophe ne renverse-t-elle pas un peu l'ordre naturel des choses (impôts) ?


GRIMOIRE-FRE 180Y
©Pascal Michelucci
Créé le 28 juillet 1996