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Textes du moyen âge
Chrétien de Troyes
Yvain, le chevalier au lion
« Scène courtoise »
vers 1180


Introduction to French Studies -- Pascal Michelucci -- FRE 180Y (L0301)

| Chanson de Roland | Tristan et Iseut, « La nuit de la Saint-Jean » | Tristan et Iseut, « La mort des amants » |
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Perceval | Yvain | Le roman de Renart | « Estula » | Ovide moralisé  | La farce de Maître Pathelin |



Un mensuel canadien écrivait il y a quelque temps :
    « Historians have long insisted that love itself was a cultural invention, an emotion first conceived by the courtly poets of Europe some 800 years ago and subsequently passed on to Europe's idle rich. In time, went this thinking, the idea of romantic love percolated to the lower classes, who in turn carried it to colonies far and wide. Such views dovetailed nicely with modern anthropological thought. [...] Most anthopologists believed that human behaviour was shaped largely by culture. Children, they noted, were as impressionable as clay. "It's a view that there is basically no human nature," says David Buss, a professor of psychology at the University of Michigan in Ann Arbor, "that humans are simply a product of their environment."
    Over the past two decades, however, serious cracks have appeared in those theoretical walls. Influenced by Charles Darwin, a small but vocal group of social scientists now suggests that natural selection, not culture, has shaped certain key human behaviours. Over hundred of thousands of years, they theorize, evolution has moulded not only anatomy but the human psyche itself, favouring certain social behaviours, certain states of mind, that promote survival and reproductive success. In other words, biology lies just beneath the surface of much human psychology. Could our romances, they ask, be guided by certain evolved mechanisms ? »
  Heather Pringle, « The Way we Woo »,
Equinox, n 72 (nov-déc 1993), p. 74.


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La demoiselle par la main
Emmène Monseigneur Yvain
Là où il est très chèrement tenu.
Lui craint d'être mal reçu,
Et s'il le croit, c'est naturel.
Sur un grand coussin vermeil,
Ils trouvent la dame assise.
Grand peur, je vous l'assure,
Messire Yvain a eu à l'entrée
De la chambre où ils ont trouvé
La dame qui ne lui disait rien.
Ce silence l'effraya fort :
Il fut de peur si ébahi
Qu'il pensa bien être trahi ;
Et il se tint debout loin d'elle
Jusqu'au moment où la pucelle
Lui dit : « Qu'elle aille au diable
Celle qui apporte à une dame
Un chevalier qui ne s'en approche pas
Et qui n'a ni langue, ni bouche,
Ni esprit qui lui permette de penser
Et de commencer à parler ! »
A ces mots, elle lui tire le bras
Et elle lui dit : « Çà, avancez,
Chevalier, et n'ayez pas peur
Que ma dame aille vous mordre !...
Demandez-lui la paix et la concorde,
Je la prierai avec vous
De vous pardonner la mort
D'Esclados le Roux, son époux.
Jusqu'à ce qu'il soit tué par vous. »
Monseigneur Yvain joint aussitôt
Les mains et tombe à genoux
Et, comme un vrai ami, il dit :
« Je ne vous demanderai pas le pardon
Mais je vous dirai merci
Pour tout ce que vous me direz de faire ;
Et rien de cela ne pourrait me déplaire. »
« Non, Seigneur ? Et si je demande votre mort ? »
« Dame ! grand merci à vous,
C'est tout ce que vous entendrez de moi »
« Jamais, dit-elle, je n'ai entendu rien de tel :
Vous vous mettez sous mes ordres,
Complètement soumis à mes désirs,
Sans que je vous y force ? »
« Dame ! Il n'y a pas de force
Plus forte, sans mentir,
Que celle qui me commande à consentir
En tout à vos moindres désirs.
Je ne redoute rien du tout
De ce que vous voudrez me commander.
Et si je peux réparer cette mort,
Que j'ai provoquée par mégarde,
Je la réparerai sans discuter. »
« Comment ? dit-elle, Dites-moi donc,
Et nous serons quittes,
Si vous n'avez pas mal agi
En tuant mon époux ? »
« Dame, fait-il, par votre grâce,
Quand votre seigneur m'attaqua,
Quel tort ai-je eu de me défendre ?
Celui qui veut tuer, ou prendre,
Si l'homme qui se défend le tue,
Dites-moi quelle faute a-t-il faite ? »
« Aucune, si l'on regarde le droit.
Et je crois que cela ne servirait à rien
Que de vous faire tuer.
Mais je voudrais volontiers savoir
D'où peut bien venir cette force,
Qui vous commande d'obéir
A ma volonté sans réserve.
Des torts et des méfaits je vous fais grâce,
Mais asseyez-vous et racontez-moi
Comment vous avez été ainsi dompté. »
« Dame ! fait-il, la force vient
De mon coeur qui de vous dépend :
C'est dans cette volonté que m'a mis mon coeur. »
« Et qui vous a mis le coeur dans cette disposition, beau doux ami ? »
« Dame ! mes yeux. »
« Et vos yeux ? »
« La grande beauté que j'ai vue en vous. »
« Et la beauté qu'a-t-elle donc fait ? »
« Dame ! elle m'a fait aimer. »
« Aimer ? et qui ? »
« Vous, dame très chère. »
« Moi ? »
« Vraiment, oui. »
« De quelle manière ? »
« Si fort qu'un plus grand amour est impossible.
Si fort que mon coeur ne peut s'éloigner de vous
Et qu'il ne vous quittera jamais,
Si fort que je ne puis penser à rien d'autre,
Si fort qu'à vous entièrement je me donne,
Si fort que je vous aime plus que moi-même,
Si fort que, selon votre désir, désormais
Pour vous je veux mourir ou vivre. »




1. Étudiez la peur du chevalier au début du passage. Cette peur est-elle justifiée ? N'est-elle pas ironique, pous un chevalier armé, d'avoir peur d'une femme ?
2. Montrez comment la femme prend l'initiative et domine Yvain.
3. Quels sont les compliments que fait Yvain ? A quelles vertus de la dame s'adressent-ils ?
4. Comment l'intimité entre Yvain et sa dame grandit-elle ?


GRIMOIRE-FRE 180Y
©Pascal Michelucci
Créé le 28 juillet 1996